Les États déficitaires plus lents à réagir face au Covid-19

La meilleure solution – pour limiter les effets de la récession économique à venir – serait de maitriser rapidement la crise sanitaire pour rendre possible un retour de l’activité économique en toute sécurité.

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Les États déficitaires plus lents à réagir face au Covid-19

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 1 avril 2020
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Par Gabriel A. Giménez-Roche.
Un article de l’Institut économique Molinari

La situation économique s’assombrit au fur et à mesure que la pandémie avance. Si l’imminence d’une récession économique mondiale n’est plus à démontrer, cela ne veut pas dire que les pays affectés ont un choix à faire entre l’économique et le sanitaire.

En effet, c’est en réussissant à maîtriser rapidement la crise sanitaire que l’économie pourra repartir sur des bases solides. Or, cette maîtrise implique de pouvoir orienter les forces économiques actives pour s’assurer de cette réussite rapide.

L’État en France a multiplié les mesures de soutien à l’activité économique tels les rallongements des délais fiscaux et sociaux, les reports des loyers et paiements des services publics (eau, gaz, électricité), et la garantie d’accès à des lignes de trésorerie bancaires. Ces mesures visent à permettre aux entreprises de vivre plus longtemps sur leurs réserves de trésorerie. Mais elles seront peu efficaces pour celles dont les réserves étaient déjà faibles.

Selon une étude de 2016, la durée médiane des réserves de trésorerie des petites entreprises aux États-Unis était de 27 jours. Tous les secteurs de la consommation et de la construction étaient en dessous de cette médiane, les secteurs industriels et intermédiaires ayant entre 28 et 47 jours de réserves. Si on se base sur ces données pour analyser le cas de la France, dans le cadre d’un confinement qui pourrait être de huit semaines (56 jours), il est à craindre que les mesures annoncées ne soient pas suffisantes. On constate, par ailleurs, que les demandes de chômage partiel, après 10 jours seulement de confinement, concerneraient déjà 100 000 entreprises et 1,2 million d’employés.

Par conséquent, la meilleure solution – pour limiter les effets de la récession économique à venir – serait de maitriser rapidement la crise sanitaire pour rendre possible un retour de l’activité économique en toute sécurité.

Pour ce faire, il faut que les moyens de prévenir, identifier, suivre et isoler très tôt les cas de contamination soient disponibles. Pour augmenter l’efficacité des mesures visant à limiter la contagion, la France a besoin de plus de masques, gants et désinfectants. Il faut aussi étendre le dépistage le plus largement possible au-delà des seules personnes pour lesquelles on craint un état de contamination avancée.

L’expérience coréenne montre aussi l’intérêt d’une surveillance matérielle (caméras, antennes), numérique (applications, logiciels) capable de détecter les concentrations d’infection, d’en alerter la population pour optimiser l’évitement social. Ces moyens permettent un ciblage précis des endroits à confiner, pour limiter l’impact sur le quotidien de la population.

Enfin, il faut bien sûr orienter les dépenses publiques vers les laboratoires et centres de soins, publics et privés, capables d’offrir un dépistage rapide et un traitement adéquat des malades dont l’état se dégrade.

Nécessité de dépenses considérables et immédiates

À la différence des mesures de soutien aux entreprises, ces moyens exigent des dépenses considérables et immédiates.

C’est ce qu’ont pu faire, à plus ou moins grande échelle, les pays servant de modèle de gestion de la pandémie, comme la Corée du Sud, Taïwan, Singapour, l’Allemagne et les pays scandinaves. C’est ce que peinent à faire les pays proportionnellement les plus affectés, comme l’Italie, l’Espagne et la France (Tableau 1).

Il est intéressant de remarquer que ces pays submergés par la crise sanitaire font partie de ceux ayant les finances publiques les moins bien gérées (Tableau 2).

Leurs gouvernements ont moins de marges de manœuvre pour agir de façon directe et immédiate contre la pandémie. Ils doivent peser plus longuement leurs décisions pour évaluer leur capacité de surendettement auprès des créanciers, mais aussi auprès de leurs partenaires au sein de l’Union européenne.

C’est tout le contraire des pays ayant des finances publiques saines, voire très saines. Ayant accumulé des surplus au fil des années, ces pays peuvent facilement et sans attendre décider de dépenser davantage. Ils n’ont pas à se soucier, pour le moment, d’un surendettement et d’éventuelles inquiétudes de créanciers ou partenaires.

Autrement dit, des finances publiques saines se traduisent par une marge de manœuvre plus grande en cas d’urgence. La responsabilité budgétaire a du bon.

Évidemment, la marge de manœuvre rendue possible par des finances publiques saines n’est pas le seul facteur expliquant une meilleure réactivité des pays « modèles ». Certains d’entre eux sont très endettés (Japon, Singapour).

N’oublions pas que l’effort et le succès ne sont pas uniquement publics et que l’articulation public-privé est déterminante. Les kits de dépistage, les équipements et les traitements médicaux, la technologie de surveillance et de traçage sont largement développés et fournis par le secteur privé, dont l’État n’est qu’un client.

Des finances publiques saines permettent justement aux gouvernements budgétairement responsables de mieux faire usage de ce secteur privé innovant. Il est également essentiel que ce secteur privé dispose d’une flexibilité adéquate pour continuer à innover, développer et fournir rapidement ce qui est nécessaire pour combattre la pandémie. Et c’est encore un autre aspect du succès des pays « modèles », les entreprises y subissent moins de contraintes que les pays « submergés » (Tableau 3).

Une bonne réactivité face à la pandémie actuelle n’implique pas d’être bon sur tous ces facteurs. La Corée du Sud réglemente davantage que d’autres pays, mais elle reste plutôt libre sur le plan économique et ses finances publiques sont saines. Singapour est surendetté, mais compense largement ce problème par des marchés très libres et flexibles.

Au global, on peut penser qu’un mauvais positionnement dans ce type d’indicateur explique en partie la mauvaise gestion des crises sanitaires qu’on y constate.

Monétiser le surendettement grâce à la souveraineté monétaire

D’autres pays, comme les États-Unis et le Japon, comptent sur leur souveraineté monétaire pour monétiser leur surendettement. Ces pays ne rechignent ainsi pas à prendre des mesures immédiates et parfois spectaculaires.

Ils savent que leurs banque centrales respectives peuvent tout simplement racheter leurs dettes. La situation de l’Espagne, de l’Italie et de la France est radicalement différente. Leur souveraineté monétaire est partagée avec celles d’autres pays de la zone euro et ils ne peuvent donc pas compter sur une monétisation immédiate de leur surendettement. Contrairement à la Réserve fédérale américaine ou la Banque du Japon, la Banque centrale européenne privilégie les opérations de refinancement, y compris dans le cadre de politiques d’assouplissement quantitatif et autres politiques monétaires non-conventionnelles. Elle se prête rarement à des opérations de rachat définitif de dette publique.

Pour ce faire, une concertation préalable entre les membres de la zone euro sera nécessaire. Les rumeurs sur les euro-obligations constituent un signal fort en faveur de ce scénario. Néanmoins, on peut s’attendre à ce que les pays aux finances saines ne cèdent pas sans avoir des garanties de bonne conduite des pays financièrement déficitaires.

En conclusion, un budget en règle, des marchés flexibles et une souveraineté monétaire responsable auraient pu faire la différence pour la France pendant cette pandémie. À défaut, nous en sommes réduits à confiner et prendre notre mal en patience, un remède coûteux.

Sur le web

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  • Démonstration qu’un pays ruiné (qui plus est qui a perdu sa souveraineté) ne peut pas faire grand chose.

    Crise des gilets jaunes : on fait « sauter » le verrou budgétaire,

    Réforme de la retraite non anticipée et mal « ficelée » : budget retraite augmenté (effet inverse de celui recherché, sans même faire disparaître les régimes spéciaux-> »spécifiques »). Aucune analyse depuis d’ailleurs ?

    Armée engagée sur des théâtres extérieurs avec du matériel usé jusqu’à la corde, ne protégeant pas des IED etc…

    Sécurité intérieure: mise à mal, voitures au bout du rouleau, caillassées, incendiées, entraînement au tir négligé et interdiction d’aller « provoquer » les populations « sensibles » habitant dans des quartiers ou la loi de la république n’est plus respectée (si elle ne l’a jamais étée).
    Engagement massif de forces de l’ordre pour « sauver la république » (ou plutôt LREM ?) en 2019. Epuisement. Là encore primes pour mettre un pansement sur les plaies…restées ouvertes.

    Justice toujours laxiste et « idéologique ». On condamne « à peine », à minima, lecture et application très « sociale » des lois, une grande part des peines ne sont pas effectuées faute de places dans les prisons (ce qui majore le laxisme). Prisons non construites (pays ruiné)

    Infrastructures routières (ouvrages d’arts : pont etc …) vieillissantes, dont l’entretien est de plus en plus délégué aux collectivités territoriales qui dépensent souvent plutôt pour faire de l’ « électoralisme » (plus « payant » de faire un salle de spectacle que de refaire un pont)

    Tout cela (liste non exhaustive bien sûr) demande de l’argent.

    Les impôts sont pour le moins « présents » : où va l’argent ?
    J’attendais de macron ou de tout autre politique « aux manettes » de faire une gestion drastique. Plus de déficit du tout, voir un peu de marge budgétaire pour créer des marges de manoeuvre.
    Faire « sauter » toutes les dépenses inutiles, accessoires : bref une « gestion de père de famille »…
    Comme depuis 1973 globalement : déceptions sur déceptions, sur déceptions.

    Un pays ruiné n’a pas de marge de manœuvre sauf à augmenter sa dette (tant qu’on lui prête et que les taux ne montent pas grâce à la « caution » des pays à bonne gestion) ce qui par définition lui ôte ce qui lui reste de souveraineté. Nos créanciers nous « tiennent ».

    CPEF: Chaos en vue…

  • état déficitaires au point que Darmanin lance un appel à la solidarité nationale avec la mise en place d’une plate forme de dons en ligne pour permettre aux particuliers et aux entreprises d’apporter leur contribution à l’effet de solidarité de la nation envers les plus touchés….ça permettra au gouvernement de voir s’il y a encore du pognon à pomper dans l’éventualité d’un futur impôt corona ?….

  • Quelle surprise !
    Sans aller bien loin, celui qui n’a pas fini de payer le crédit de sa bagnole.
    Hésite a en prendre un autre pour un écran géant 4K. Nul doute que la science arrivera a percer ces mystères.

  • L’injection de monnaie va-t-elle nous aider ?

    Voici ce que dit l’article cité en lien :

    « Herein, it is explained how the market‐maker of last resort role is as counterproductive as its predecessor in putting the economy back on track. We show that the main problem of both conventional and unconventional monetary policies is that they distort price signals, particularly asset prices, in their attempt to reignite economic growth. Instead of correcting cyclical fluctuations, the policies of the market‐maker of last resort prevent the cyclical divergences between financial and goods sectors from readjusting »

    Autrement dit les mesures monétaires, qu’elles soient « conventionnelles » ou non, ne feraient que prolonger ou aggraver le chaos.

  • Conclusion tout à fait pertinente!
    Il faut ajouter que, pour nitre lalheur, de sombres conflits d’intérêts empêchent de soigner les gens tant qu’il en est temps…

  • Personnellement je trouve que les dirigeants des états déficitaires font preuve de logique.
    Incompétents pour gérer un budget => Incompétents pour gérer une crise sanitaire.

    L’incompétence est le maître mot et ceci dans tous les domaines.
    Donc, c’est l’inverse qui me semblerait curieux

    Lorsque que l’on fonde sa carrière sur:
    Je prendrai de l’argent à tous ceux qui ont voté contre moi pour le donner à tous ceux qui ont voté pour moi, et s’il n’y en a pas assez, j’emprunterai et les autres paieront une fois de plus.

    Que peut-on attendre ?
    Si ce n’est que la tyrannie et le désastre…

  • Comme vos tabeaux ne sont pas du tout à jour, vos conclusions sont elles-aussi caduques. Les USA vont très vite être les plus touchés.

    • Oui, mais les USA dépistent de façon plus importante…
      Le nombre de cas critiques sur le nombre total de cas est de 10,6% en France et 2,1% aux Etats-Unis.
      Le nombre de cas critiques me semble être un meilleur indicateur que le nombre total de cas (mis en avant parcles médias en ce qui concerne les Etats-Unis)

      • Comme on ne dépiste en France que les malades déjà très atteints, pas étonnant que le taux de mortalité soit plus élevé! Les seuls chiffres à peu près honnêtes sont ceux de la Corée du sud qui dépiste à tour de bras depuis le début, car, eux, il étaient préparés. De plus, ils n’ont pas ét obligés de mettre leur économie par tetrre.

      • Les états les plus mal gérés sont aussi ceux qui dépistent le moins…

  • Ben, on ne s’attendait pas vraiment à autre chose, que les pays à la rue n’ont pas la capacité de s’en sortir rapidement. Quand on a des gens capables de considérer que les stocks d’Etat passent en stocks quasi individuels, avec la responsabilité qui va avec, on est sûr de ne pas aller loin. Surtout quand on ne ferme pas les frontières du pays alors que l’on exige de mettre des frontières à la porte de sa maison.

  • Bachelot a même sorti que jeter les masques en stock avait été une connerie, car il faut surtout réparer les élastiques qui lâchent en premier. Forcément on se dit qu’un système à pince aurait été plus malin et sans doute plus confortable, mais on aime tellement le jetable.

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