Oui, il existe toujours des libertariens par temps de pandémie

Oui, il y a des libertariens en pleine pandémie. C’est nous qui sommes prêts à reconnaître combien tout cela serait encore plus pourri si le marché n’existait pas.

Par Eric Boehm, depuis les États-Unis.
Un article de Reason.com

C’est rarement malin de profiter d’une crise de santé publique pour marquer des points contre vos adversaires politiques. Et si vous comptez le faire, vous devez vraiment vous efforcer de décrire la situation avec la plus grande justesse.

En fait, ce dernier point s’applique même lorsqu’il n’y a pas de crise de santé publique.

Mais il est de bon ton pour certains internautes de gauche d’utiliser l’actuelle épidémie de coronavirus comme preuve que les libertariens ont disparu, ou du moins que nous abandonnons rapidement nos principes face à une pandémie. Ces récentes attaques – qui ne sont guère plus pertinentes que les allégations de certains membres de droite selon lesquelles les libertariens dirigeraient secrètement toutes les opérations à Washington ou bien encore comploteraient pour rendre vos enfants accros au porno – semblent avoir commencé le 3 mars dernier avec un tweet piquant de Derek Thompson, chroniqueur du magazine culturel The Atlantic. Mais l’affaire s’est réellement propagée dimanche après-midi, lorsque Noah Smith, éditorialiste de Bloomberg, s’est connecté sur son compte twitter.

L’attaque portée a peut-être atteint sa forme définitive – du moins l’espérons-nous – avec la publication mardi par The Atlantic d’un article de Peter Nicholas intitulé (soupir) « There Are No Libertarians in a Pandemic ».

Fatigant ? Oui.
Imprécis ? Aussi.

L’article de Nicholas débute par une petite présentation de la CPAC – réunion politique organisée par les conservateurs américains – puis détaille toutes les mesures prises par l’administration Trump pour saboter la réponse fédérale au COVID-19. Vous savez, cette même administration Trump qui est envahie par les libertariens.

Trump libertarien ? Et puis quoi encore ?

Oui, cette même administration qui dresse des obstacles au libre-échange, qui rend plus difficile la circulation des personnes aux États-Unis, qui accorde des fonds aux industries les plus favorables sur le plan politique, qui envisage de subventionner d’autres industries tout aussi favorables sur ce même plan, qui tente de contrôler la liberté d’expression en ligne, qui engage des poursuites contre des médias pour tenter de faire échec au premier amendement et qui lance des missiles dans des pays étrangers sans l’autorisation du Congrès.

Cette administration ? C’est celle qui est libertarienne ?

Nicholas tente de se défaire de ce non-sens en introduisant une fausse équivalence. Trump fait campagne contre le socialisme voyez-vous (America Vs Socialism), et les libertariens n’aiment pas non plus le socialisme – c’est pourquoi l’administration de Trump doit être libertarienne. N’est-ce pas ?

Par conséquent, lorsque Trump se met à parler comme un socialiste lui-même – en promettant des plans de sauvetage contre le coronavirus et le redéploiement des fonds de secours pour couvrir les personnes victimes du COVID-19 – c’est la preuve que le mouvement libertarien a abandonné ses principes en faveur d’un État plus modeste. Eh voilà !

Peut-être la rédaction de The Atlantic s’est-elle décidée à confiner ses propres responsabilités : comment expliquer dès lors qu’une publication aussi sérieuse puisse permettre un titre qui confond le libertarianisme avec tout ce que fait l’administration Trump ? Allez savoir, Smith et Thompson pensent peut-être qu’une armée d’hommes de paille est une défense efficace contre le COVID-19.

En tant que libertarien pris dans une pandémie, permettez-moi d’abord de vous assurer que nous existons toujours.

En fait, c’est le marché libre – et, dans une moindre mesure, ses défenseurs – qui vous aidera à surmonter ce nouveau coronavirus. Toutes ces provisions que vous faites dans l’attente de l’effondrement imminent de la civilisation ? Elles ne se sont pas retrouvées dans les rayons des supermarchés parce que des fonctionnaires de l’État l’ont ordonné, ou parce que quelqu’un se sentait d’humeur particulièrement solidaire aujourd’hui.

Cette solution de gel hydroalcoolique livrée à votre domicile moins de 48 heures après que vous l’avez commandée en ligne ? Elle n’est pas apparue parce que Trump l’a tweetée ou parce qu’un médecin généraliste conduit un camion de livraison dans tout le pays.

Les masques ? Ils sont disponibles parce que quelqu’un en tire profit en les fabriquant et en les vendant. Les premiers gants en latex ont été inventés dans les années 1880, mais les jetables, si utiles aujourd’hui, ne sont « disponibles que depuis 1964, suite à l’innovation d’une société privée, Ansell, fondée par Eric Ansell à Melbourne, en Australie. Merci le commerce international », note Jeffrey Tucker, directeur de l’Institut américain de recherche économique.

Le mauvais procès de la mondialisation

Bien sûr, une planète interconnectée, qui permet à quelque chose comme le COVID-19 de se répandre plus rapidement que cela n’aurait été possible dans le passé, est l’une des conséquences du succès de l’entreprise privée dans la reconfiguration du monde. Mais la technologie moderne a également permis aux médecins, aux entreprises privées et aux autorités (oui) de réagir plus rapidement que jamais.

Cela signifie également que vous aurez accès à presque tous les films, séries et musiques jamais enregistrés par des êtres humains si vous devez vous mettre en quarantaine pendant une semaine ou deux. Cela signifie que les êtres humains ont la possibilité de vivre en bien meilleure santé qu’en 1918, lorsqu’une pandémie de grippe mondiale a tué 50 millions de personnes.

Les personnes qui survivent à l’actuelle épidémie de coronavirus grâce à un meilleur système immunitaire, rendu possible par une alimentation régulière, n’apparaîtront sur aucune liste de statistiques après le passage du virus, mais le capitalisme est au moins en partie responsable de leur survie.

En bref, si vous deviez choisir n’importe quel moment de l’histoire de l’humanité pour assister à une pandémie mondiale, vous seriez incroyablement stupide de ne pas choisir le moment actuel. Et la raison pour laquelle vous choisiriez ce moment de l’Histoire a probablement moins à voir avec la personne qui dirige la Maison Blanche, les centres pour le contrôle et la prévention des maladies ou l’Organisation Mondiale de la Santé, qu’avec les avancées technologiques et médicales rendues possibles par la libre entreprise :

« Quelle est la formidable contribution des États en ce moment ? », demande Tucker. « Décréter des quarantaines, mais certainement pas vous dire si vous pouvez sortir, comment vous allez faire vos courses, combien de temps cela va durer, qui vous pouvez inviter à entrer et quand tout cela va se terminer. Ne cherchez  pas à vous adresser aux autorités. Elles ont de meilleures et de plus importantes préoccupations que votre triste sort qui vous cause des nuits blanches et des soucis sans fin. Dieu merci, la technologie numérique vous permet de communiquer avec vos amis et votre famille. »

Oui, il y a des libertariens en pleine pandémie. C’est nous qui sommes prêts à reconnaître combien tout cela serait encore plus pourri si le marché n’existait pas.

Traduction Contrepoints.

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