Allocution de Macron sur le Coronavirus : le collectif au dessus de tout

Renew Europe pre-summit 2019 by ALDE Party (CC BY-NC-ND 2.0) — ALDE Party, CC-BY

Non contente d’être devenue en quelques semaines le troisième foyer d’infection actif au monde, la France s’est mis en tête de sauver l’Europe de la crise économique.

Par Olivier Maurice.

Cela devient désormais une habitude : à chaque crise, à chaque problème, nous avons droit exactement au même discours, aux mêmes analyses et à la même conclusion qui se résume dans cette phrase introductive du discours d’Emmanuel Macron de ce jeudi 12 mars : il faut « placer l’intérêt collectif au-dessus de tout ». (2’30 de la vidéo)

Et pour cela, la méthode est encore et toujours la même : il faut écouter ceux qui savent (les scientifiques), leur faire intégralement confiance, puis suivre aveuglement ceux qui peuvent (les pouvoirs publics). (3’30 de la vidéo), surtout que nous possédons les meilleurs spécialistes du monde.

Une fois avalé ce petit rappel sur les règles du jeu grâce à une bonne gorgée d’arrogance cocardière que l’on pourrait résumer par : « Nous sommes les meilleurs du monde. Nous nous savons, nous, nous faisons et nous, nous décidons. Donc taisez-vous et faites ce qu’on vous dit », s’ensuit la liste à laquelle tout le monde s’attendait : un édifiant florifère d’excuses, de constats d’échec, d’approximations, de coups de menton, de désignations de coupables et de boucs émissaires…

On frôle même le dantesque, quand le président de la République avoue qu’il (a priori le gouvernement) savait que tout ce qu’il entreprenait ne servirait absolument à rien : « Les spécialistes […] nous ont dit que, malgré nos efforts, le virus continuait à se propager et était en train de s’accélérer… Nous le savions, nous le redoutions » (4’10 de la vidéo)

Aveu d’échec et d’impuissance

En l’occurrence, « placer l’intérêt collectif au-dessus de tout » signifie plusieurs choses.

D’abord que notre système de santé (le meilleur au monde et que le monde entier nous envie) sera totalement incapable de gérer la crise, et que pour tenter de mitiger le désastre annoncé, il faut gagner du temps « coûte que coûte » : mettre des milliers d’élèves en vacances, des milliers de salariés au chômage, des milliers de personnes âgées en isolement et des milliers d’entreprises en faillite…

Ensuite, l’école publique sera remplacée par des garderies publiques, les aînés sont confinés, mais doivent aller voter, le télétravail est une initiative gouvernementale, les malades ont besoin des transports publics, les rassemblements sont interdits mais autorisés, les réservistes et les étudiants seront mobilisés, l’État ira même jusqu’à déterminer et codifier quels cas nécessiteront une hospitalisation…

Grand discours et interventionnisme

La mobilisation générale est décrétée (11’50 de la vidéo)
Elle permettra dans quelques jours, quelques semaines, quelques mois, de faire ce que les Coréens et les Allemands (entre autres) ont mis en place dès le tout début de l’épidémie, c’est-à-dire un dépistage massif des personnes infectées, afin de confiner les malades, les prendre en charge et de libérer les personnes en bonne santé.

Elle permettra aussi de fabriquer un antidote et un vaccin, qui seront, si tout va bien, disponibles lorsque l’épidémie sera passée.

Elle permettra surtout d’augmenter encore et encore l’État nounou, l’État dépensier et interventionniste par la mise en place d’un énième « plan de relance national et international » (16’10 de la vidéo), qui permettra d’augmenter à volonté dettes, impôts et fragilité monétaire.

Car non contente d’être devenue en quelques semaines le troisième foyer d’infection actif au monde, la France s’est mis en tête de sauver l’Europe de la crise économique. De sauver le monde entier même, en mobilisant le G7 et le G20 (17’30 de la vidéo).

Le collectivisme ne fonctionne pas…

Parce que le grand risque, vous savez, c’est l’individualisme !

« De telles épreuves ne se surmontent pas en solitaire » (20’00 de la vidéo) : ce ne sont pas les individus qui sont malades. Ce ne sont pas les individus qui risquent de perdre un parent, un proche, leur emploi, leur santé, leur liberté.

Ce ne sont pas les individus qui en faisant attention, en restant attentifs éviteront la propagation de la maladie. Ce ne sont pas les individus qui devront reconstruire l’économie une fois la crise passée, qui devront payer la gabegie financière des mesures de relances inutiles et inefficaces. Ce ne sont pas des individus qui passeront des nuits blanches à bosser aux urgences et dans les services de réanimation… c’est L’État et rien que l’État.

Si le collectivisme ne fonctionne pas, c’est à cause de l’individualisme. Et donc, il faut donc encore plus de collectivisme !

Emmanuel Macron a fait ce jeudi un immense aveu d’impuissance.

« Le gouvernement ne peut pas tout » (20’26 de la vidéo), aveu qui ne rassurera personne. Il a fait une magnifique démonstration d’arrogance, allant même jusqu’à gronder les Français de ne pas se laver les mains (21’20 de la vidéo).
Et ?

Mais concrètement ? Concrètement, aucune, absolument aucune réponse concrète que l’ensemble des Français attendait :

Quel est le plan pour qu’en France, se reproduise ce qui s’est passé dans les pays asiatiques, c’est-à-dire l’endiguement de l’épidémie en quelques semaines ? Même si la France n’est pas capable de mettre ce plan en exécution, n’est-ce pas là l’objectif vers lequel nous devons aller ?

Qui est en charge de s’occuper de la montée en charge des hôpitaux ? Quel est le plan prévu, combien de lits, de respirateurs ? Quelle est la capacité nécessaire, existante, celle prévue ?

Qui est en charge de la mise en place des mesures prophylactiques ? Quand les tests seront-ils accessibles, à défaut d’être généralisés ?

Qui est en charge de la coordination des fournitures de matériels, masques, gants, respirateurs, etc. auprès des divers industriels ?

Qui est en charge de la collecte quotidienne des données et de l’information factuelle, avec des données réelles et fiables et ainsi faire cesser la panique et l’escalade d’approximations et de rumeurs ?

Qui ? Personne et tout le monde. Les cerfa et le principe de précaution. Les grandes phrases et les mots creux.

Entre dire et faire, entre mots et actions, entre collectivisme centralisateur et faire confiance aux individus, entre collectivisme déresponsabilisant et déshumanisant, entre discours infantilisants et creux, entre tout cela et autre chose, il faudra un jour choisir.

Qui a dit un jour qu’Emmanuel Macron était un libéral ?

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