Coronavirus : le principe de précaution ne nous aide pas

Un test facilement accessible permettrait à chacun de se comporter de façon utile et vertueuse pour la collectivité. Mais en France, les tests sont réservés à un petit nombre de personnes, sélectionnées de façon centralisée selon une logique de rationnement.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Photo by Macau Photo Agency on Unsplash - https://unsplash.com/photos/-xrAADPPU4M

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Coronavirus : le principe de précaution ne nous aide pas

Publié le 13 mars 2020
- A +

Par Cécile Philippe.
Un article de l’Institut Économique Molinari

La France a inscrit dans sa constitution le principe de précaution, souvent invoqué pour prévenir voire interdire certaines recherches, par exemple celle sur les OGM. Or, paradoxalement, dans le cas concret de l’épidémie du coronavirus, ce principe censé nous protéger se révèle sans portée.

En 2004, la France inscrit le principe de précaution dans sa constitution. Il a été appliqué de façon plus ou moins judicieuse à toutes sortes de domaines dépassant largement l’environnement. Force est de constater que dans le cas du coronavirus son esprit n’a pas été compris.

En effet, plutôt que de favoriser de façon décentralisée l’émergence d’informations cruciales sur ce nouveau virus, nos pouvoirs publics cantonnent les citoyens à des mesures individuelles approximatives, au risque d’entretenir les peurs et les fantasmes dont on sait qu’elles peuvent être mauvaises conseillères.

L’article 5 de la charte environnementale à valeur constitutionnelle affirme que :

Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution, à l’adoption de mesure provisoires et proportionnées afin d’éviter la réalisation du dommage ainsi qu’à la mise en œuvre de procédure d’évaluation des risques encourus.

De multiples dommages

Les dommages du coronavirus sont avant tout humains, puisqu’il peut tuer. Ils sont aussi économiques puisqu’il nécessite des moyens pour lutter contre sa propagation et sa prise en charge et peut stopper l’activité économique. Les dommages sont aussi psychologiques, du fait du stress suscité par l’incertitude autour de ce nouveau virus.

La capacité à identifier les cas de coronavirus permettrait de minimiser ces dommages. En effet, elle permettrait d’identifier les personnes porteuses des autres, de recourir au confinement des premières pour éviter la contagion des secondes, de suivre les cas et de prendre en charge les plus graves.

Globalement, cela permettrait d’apprécier plus précisément la prévalence de la maladie et donc de sa mortalité potentielle. Pour cela, il faudrait augmenter de façon drastique la capacité française de tester les personnes qui le souhaitent.

Or concrètement, les choses ne se passent pas comme cela.

J’ai dû récemment récupérer ma fille à l’école car elle toussait et avait de la fièvre. La question du coronavirus s’est immédiatement posée sans qu’en bout de ligne je puisse y répondre. Suivant les conseils trouvés sur le site du gouvernement, je ne me rends pas chez notre médecin généraliste. Ma fille n’ayant pas séjourné dans des pays à risque ni fréquenté (à notre connaissance) de personnes y ayant séjourné, n’entre pas dans la cible des personnes testées.

Par conséquent, j’ignore complètement ce à quoi j’ai affaire et la démarche à suivre pour les prochains jours. Dois-je la retirer de l’école pendant 14 jours pour éviter toute contamination ? Sera-ce suffisant ? Dois-je aussi retirer sa petite sœur ? Dois-je en informer ses amies ? Dois-je cesser de bouger ?

Autant de questions qui trouveraient réponse avec un test, permettant à chacun de se comporter de façon utile et vertueuse pour la collectivité. Seulement, en France, les tests sont réservés à un très petit nombre de personnes, sélectionnées de façon centralisée selon une logique de rationnement.

Certes, un arrêté du 7 mars prévoit que des tests vont être disponibles en laboratoire de ville. Mais, comme le précise le Figaro, faute de moyens les tests restent réservés aux « cas graves ainsi que les personnes hospitalisées pour une autre raison mais présentant des symptômes ». L’accessibilité aux tests reste limitée.

L’exemple de la Corée du Sud

Tel n’est pas le choix de la Corée du Sud. Ce pays semble être en capacité de faire face à la crise de façon tout à fait différente puisqu’en l’espace de quelques semaines, ses moyens de tester les individus sur base volontaire et a priori anonyme est passée à 10 000 par jour.

À titre de comparaison, l’Institut Pasteur réaliserait une centaine de tests par jour. À ce stade, au 9 mars, près de 170 000 personnes auraient été testées en Corée du Sud, environ 7400 auraient le coronavirus et 51 seraient mortes. En utilisant la même base de calcul que celle de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), on arrive à un taux de mortalité de 0,7 %. Le 5 mars, cet organisme annonçait dans un communiqué, en se basant sur les chiffres globaux, un taux de mortalité de 3,4 %.

Grâce à des moyens ingénieux comme les drive-thru donnant en une dizaine de minutes – après prélèvement au fond des narines et crachat  – un résultat apparemment fiable, La Corée du Sud apporte des informations précieuses sur la vitesse de propagation du virus, sa prévalence, sa dangerosité.

Plus encore, elle offre à ses citoyens le moyen de se comporter de façon vertueuse face au virus, en s’isolant en cas de résultat positif ou en vaquant à ses occupations habituelles dans le cas contraire. Ces tests individuels à grande échelle sont une réponse à un problème collectif. Ils sont plus vertueux que les solutions binaires consistant à laisser dans l’incertitude le plus grand nombre, ce qui limite l’efficacité des démarches individuelles et rend d’autant plus probable le passage au stade 3 et à la fermeture de nombre de structures collectives.

Comme quoi, il ne suffit pas d’inscrire le principe de précaution dans la constitution pour le pratiquer à bon escient. Régulièrement appliqué en France à toute une série de domaines où il n’est pas évident que son usage soit clairvoyant ou indispensable (OGM, huile de palme…), ce principe se révèle sans portée aujourd’hui.

Pourquoi pas nous ?

Au contraire, la gestion coréenne du coronavirus, en plus de nous donner de nouvelles informations utiles et plutôt réconfortantes, pourrait se révéler un véritable cas d’école, source d’inspiration dans la gestion des crises sanitaires. Si ce pays – dont le PIB est inférieur à celui de la France – est vraiment capable d’une telle mobilisation, pourquoi pas nous et comment font-ils ?

En tout cas, la diversité des approches existantes au niveau international est de nature à générer un processus de découverte indispensable.

Sur le web

Voir les commentaires (25)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (25)
  • L’état français est composé de gens qui ont quelques lacunes pour ne pas être méchant !

  • les médias ne manquent jamais de dire que la « gestion de la crise » est catastrophique aux usa..

    pas encore entendu dans les médias de critiques sur notre propre gestion de la crise…
    macron vient d’affirmer que c’est une folie que de donner au marché le soin de satisfaire à l’alimentation l’éducation etc..

  • A part attendre que l’orage passe en se mettant à l’abri, on ne peut rien faire avec un virus amélioré, pas assez mortel pour supprimer la chaîne de contamination… Et avec ces 4h de vie aérienne….. Y échapper tient au miracle.

  • Je me fausais la réflexion que l’instrumentalisation médiatique de la peur (climat, OGM, pesticides, nucléaire, maladies…), opérée par les médias depuis des années, a bien préparé la crise actuelle en ce qu’elle a d’irrationnel chez beaucoup de personnes, une majorité sans doute.
    Si la calacite de résilience d’un peuple est dans son mental, nous sommes mal partis…

  • le principe de précaution est scandaleusement applicable à TOUT ce est « gros » et il est obscur au possible.. »adopter une réponse proportionnée »…
    c’est juste un outil pour bloquer toute innovation dérangeante..

    • voyez vous l’évaluation classique risque bénéfice, certes circonstancielle qui a prévalu dans la définition du progrès..??
      non quand on évalues un truc nouveau on regarde juste ses défauts…
      tandis que quand on regarde un truc ancien on ignore les problèmes et on met en avant que le risque est acceptable car accepté ..

  • Oui la comparaison avec la Corée du sud est sans appel, surtout dans notre pays qui dépense autant pour la santé. Cette histoire donne un bon état des lieux de notre pays et de l’Europe .On ne sait pas qui est malade et bientôt nous ne saurons pas non plus combien de morts… On se dirige lentement vers le sous développement …

  • Non seulement les tests sont réservés à certains cas graves mais et surtout les ministres et les politiques eux (voir Mme Belloubet) y ont droit systématiquement et sans condition comme à Marseille tout le staff de Renaud Muselier ! Et nous ?

    • Dans un pays où on nous ressasse indéfiniment les notions de solidarité et d’égalité, on a du mal à voir la cohérence et la pertinence des mesures préconisées! CPEF

  • Coluche avait bien raison, en FRANCE, certains sont plus égaux que d’autres!

  • Je pense que les Coréens ont raison en rendant les tests accessibles.
    Puisqu’ils ont l’air d’être plus malins que nous, je me demande s’ils ont fermé les écoles, mesure qui me paraît excessive.

    • surtout ils ont des tests disponibles… à la différence d’un pays pauvre comme la France

      • Pas si pauvre que cela.
        C’est simplement une conception différentes des priorités dans l’allocation des ressources. 🙂 La santé des français n’en fait pas partie.
        Certains français commencent à se rendre compte qu’ils ne font pas et ne feront jamais partie des priorités de l’Etat mais ils sont encore peu nombreux malheureusement.

  • Le principe de précaution est une grossière connerie a virer de la constitution. L’analyse, l’intelligence, l’observation, la réflexion, la sagesse, le bon-sens, la synthèse, les projections, les lois du vivant, etc … OUI !
    Le Négationisme du réel de la gochiasserie et principe de précaution chez les incultes rétrogrades sont a combattre juste après l’idéologie mortifère islamique.

    • Le principe de précaution est une démarche de « réaction » (face aux entreprises, usages, …).
      Face aux « unknown unkonwn », il faut appliquer la démarche de mémoire et des cycles, choses que les média ignorent tant ils sont tournés vers le progrès qui ne peut que résoudre les problèmes d’antan, d’autant (!) que le RCA est notre pire problème à venir ….

      • Je n’ai pas compris grand chose. Malgré tout, les progrès d’antan, ont contribué a l’avenir de nos parents, en serions nous coupables ?
        Le suicide reste une solution …
        Pas pour moi, mais pour les précautionneux c’est une idée.

  • Diamond Princess, confinement et promiscuité, population particulière, densité de population très élevée : 3700 personnes, 700 cas positif, 7 morts. 20% de prévalence, 1% de mortalité spécifique, 0,2% de mortalité générale, ratio exagéré par les conditions particulières d’une quarantaine sur un navire.

    Corée du Sud : 52 millions d’habitants, densité de 516 habitants au km², 170000 tests réalisés, 7900 cas positifs, 66 morts.

    En France, 61 morts et 2900 cas positifs dans une population de 67 millions d’habitants, pour une densité de 117 habitants au km². Les tests sont rares. Le nombre de cas positifs peut être estimé à plus de 7000, la majorité des personnes infectées ignorant qu’elles le sont par manque de test disponible.

    En Italie, 1000 morts pour 15000 cas confirmés. Par comparaison avec les données coréennes, environ 120000 personnes infectées essentiellement non testées (88%), pour 60 millions d’habitants, soit un taux provisoire de contamination de 0,2% dans la population générale.

    Malgré le manque de robustesse habituel des chiffres officiels chinois (notamment la sous-estimation du nombre réel de décès par un facteur 5 à 6 selon certaines sources), il est possible à partir des données précédentes d’estimer à près de 4 millions le nombre de personnes infectées en Chine (146 habitants au km²), pour un taux de contamination de l’ordre de 0,3%.

    Il convient de noter la situation exceptionnelle de Taïwan (24 millions d’habitants, densité de 650 habitants au km²) avec 50 cas confirmés (120 cas de contamination estimés) et 1 décès seulement, malgré sa proximité avec la Chine. On note également que Taïwan est exclu de l’OMS du fait de l’opposition de la Chine, preuve supplémentaire que l’OMS est d’abord une organisation politicienne bien avant de se préoccuper de santé.

    Pour revenir à la France, les fermetures des écoles et l’interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes sont pertinentes compte tenu des ratios visés plus haut. En revanche, l’absence d’interdiction des transports en commun est incompréhensible alors qu’il s’agit d’un des principaux vecteurs de propagation de l’épidémie. A minima, il aurait fallu conseiller l’usage prioritaires des véhicules personnels, rendre les parkings gratuits sur l’ensemble du territoire, dégager les axes encombrés par les travaux inutiles, supprimer les voies de bus, démanteler les dispositifs limitant artificiellement la circulation, goudronner en urgence les rails des tramways… Une fois encore, l’écologie pathologique des politiciens franchouillards tue plus sûrement que n’importe quelle maladie.

    • « l’absence d’interdiction des transports en commun est incompréhensible »
      Depuis 30 ans, nos politiques ont fait des transports collectifs l’horizon indépassable de l’écocitoyenneté, de la justice sociale, de l’égalitarisme… et j’en passe. 🙂
      Ils ne peuvent revenir en arrière sous peine de devoir reconnaitre que les transports collectif ne sont pas la panacée et surtout que la limitation du transport individuel est un des éléments qui a favorisé la dissémination du virus.
      Je n’ai encore jamais vu un politicien reconnaitre avoir tors et/ou avoir soutenu des projets délétères…

  • La gestion de covid 19 par le pouvoir politique en place me semble révèler un peu plus l’inconséquence de la Macronie.
    Ce qui est par ailleurs surprenant c’est la façon dont l’épidémie est abordée et commentée sur Contrepoints.
    On en arrive même à critiquer le principe de précaution!
    Contrairement à la façon dont la crise est gérée dans des gouvernants responsables – pour ne citer que la Suisse, l’Autriche, la Corée – on pourrait se demander si la connerie ne serait pas finalement le meilleur rempart contre la maladie…

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Yves Bourdillon.

Imaginez.

Imaginez qu’une pandémie démarre à Vert-le-Petit (Essonne), siège d’un des trois labos P4 français. Qui croirait les explications de Paris selon lesquelles ce virus aurait été transmis naturellement à l’Homme par une perdrix ?

C’est pourtant l’exploit qu’a réussi Pékin en imposant depuis un an au monde entier le récit selon lequel le SARS Cov 2 qui provoque la maladie Covid-19 proviendrait d’une chauve-souris vendue sur le marché de Wuhan, dont le hasard voulait qu’il se trouvât à proximité ... Poursuivre la lecture

masques
3
Sauvegarder cet article

Covid, covid, deux années à répéter ce mot, chaque jour, cent fois, à tout propos…

Alors que l’épidémie prend fin, comme les huit précédentes après deux années, je n’aurais jamais pensé l’écrire mais il se dégage un poil de rationalité des recommandations gouvernementales concernant la gestion sanitaire à l'occasion des prochaines élections. Impensable : nos médiocres commencent à réaliser. Deux à trois années, c’est donc le temps nécessaire à l’éclosion d’une immunité efficace et à l’émergence d’une pensée gouvernementale cohérente. N... Poursuivre la lecture

Par Christophe de Brouwer.

Il m’a été demandé d’aborder la problématique du port de masque dans des lieux non clos, en extérieur.

Je ne traiterai pas ici des autres gestes barrières (lavage des mains, distanciation, confinement, etc.).

Je voudrais aborder la question sous l’angle du risque.

Le risque se définit, sur le plan international, comme la probabilité d’un effet. En effet, le risque est la probabilité de contracter le covid, et le masque est un facteur du risque qui modifie, en la diminuant, la relation Sar... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles