Un « argus des communes » : comparez avant d’aller voter aux municipales !

Capture d'écran Contribuables associés

Un entretien avec Eudes Beaufreton, directeur de Contribuables associés, qui nous parle de l’ « Argus de communes ».

Un entretien conduit par Frédéric Mas.

Bonjour Eudes Baufreton. Qu’est-ce que L’argus des communes ? Quelle méthode utilisez-vous pour juger des finances des communes françaises ?

Eudes Baufreton : L’argus des communes est un outil d’analyse de la situation financière de chaque commune de France. Chaque internaute peut librement avoir accès à la fiche de n’importe quelle commune, à commencer par la sienne en saisissant un code postal sur le site.

Sur la fiche de chaque commune est indiqué le montant par habitant des dépenses de fonctionnement, de la dette et des prélèvements obligatoires, de 2014 à 2018 (les comptes 2019 ne sont pas encore connus). Ces chiffres sont officiels, puisque validés par Bercy.

Vous y trouverez également ville par ville une note sur 20. Elle est calculée sur le niveau de dépenses par habitant de la commune, comparé à la médiane du niveau de dépenses par habitant des communes de même strate du département.

Dit autrement, si la commune fait mieux que ses voisines, elle a entre 10 et 20/20, et si elle fait moins bien elle a entre 0 et 9/20. C’est un outil de comparaison qui permet de se forger une opinion sur les dépenses publiques et les impôts locaux de sa commune et de (se) poser les bonnes questions avant d’aller voter.

Les municipales sont-elles un enjeu important dans le combat pour la baisse des dépenses publiques ? À entendre par exemple les candidats à la mairie de Paris, les priorités des citoyens semblent pencher des sujets plus sociétaux comme l’écologie ou la sécurité. La fiscalité ne pourrait-elle pas être un moyen de responsabiliser les citoyens pour les enjeux locaux ?

Eudes Baufreton : La baisse des dépenses publiques est rarement un sujet pour les candidats, ceux-ci préférant faire des promesses électorales et parler de projets. En revanche, c’est un sujet pour les citoyens. C’est donc la mission de Contribuables Associés de mettre ce sujet au cœur de la campagne municipale, ville par ville.

C’est d’autant plus important que la récente suppression de la taxe d’habitation est une très mauvaise nouvelle contrairement à ce que l’on peut imaginer. Nombre d’électeurs qui ne paieront plus les dépenses locales, en demanderont davantage. Et cela financés par les autres, c’est-à-dire les propriétaires à travers les taxes foncières, et les entreprises.

L’État déresponsabilise en permanence les citoyens, ce qui est un poison dangereux voire mortel pour notre démocratie. Au contraire, il faudrait que chacun paie de l’impôt, au niveau local et national, mais par contre dans des proportions nettement moindres que pratiquées avec le système fiscal progressif actuel (IR, IFI, etc.).

Sur le plan fiscal, Contribuables Associés milite pour l’impôt proportionnel, payé par tous. Mais sur le fond le seul moyen de réduire les impôts, qui sont excessifs puisque la France détient le triste record de champion du niveau d’impôt des pays de l’OCDE, c’est de réduire le niveau de dépenses publiques (clientélisme, subventions aux associations, syndicats politisés et gavés d’argents publics, doublons de compétence, technocratie contreproductive, haute administration et pantouflage, mille-feuille territorial, effectifs pléthoriques dans la fonction publique, gouffre de la politique de la ville à fond perdu, etc.).

Je rappelle que l’argent public est bel et bien collecté auprès des Français (impôts et dette), puisqu’il représente 57 % du PIB, ce qui est bien supérieur au niveau de dépenses publiques des pays voisins. C’est donc qu’il est trop souvent mal utilisé en France.

La démocratie locale a-t-elle besoin d’être simplifiée pour plus de transparence ? La rationalisation du « mille-feuille territorial » français doit-elle passer par une diminution radicale du nombre de communes, ou de tout autre échelon ?

Eudes Baufreton : La démocratie locale n’est pas vraiment transparente. D’ailleurs même pour les élus locaux des petites communes, l’environnement juridique et administratif d’une commune est difficile à comprendre. Ça l’est encore plus par le citoyen. Je pense que c’est le résultat d’une hyper administration et de la technocratie dont la démocratie française souffre trop. Il est temps que l’on puisse se réapproprier nos institutions, notre pratique de la démocratie.

À cet égard, les référendums d’initiative citoyenne au niveau local sont un excellent moyen pour les citoyens de participer directement aux décisions qui les concernent. C’est un bon moyen de redevenir un acteur de la démocratie locale et pas seulement un électeur ou un spectateur. Quant au mille-feuilles territorial, il faut bien sûr faire sauter un échelon.

Le regroupement de certaines communes qui le désirent est une possibilité, comme aux Sables d’Olonne. Ce qui est certain, c’est qu’à l’heure actuelle l’État a moins de difficultés à ajouter des couches qu’à en supprimer, comme avec les groupements de communes qui se traduisent par des dépenses supplémentaires au lieu d’économies, tout comme pour la fusion des régions.

Il y a une réflexion beaucoup plus complexe et générale à mener sur la réorganisation territoriale. Je pense qu’il faut renforcer la proximité en renforçant l’autonomie locale et supprimer les trop nombreux intermédiaires avec l’État au niveau national.

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