Agribashing : renouons avec le progrès

Salon de l’Agriculture : plutôt que d’opposer agriculture et science comme le font les idéologues, la solution passe par l’entente bien comprise entre les deux domaines.

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Agribashing : renouons avec le progrès

Publié le 25 février 2020
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Par Frédéric Mas et Justine Colinet.

Lundi 24, la Confédération paysanne et « les Amis de la Terre » envahissent le stand du ministère de l’Agriculture sur le salon de l’Agriculture pour protester symboliquement contre le « greenwashing » et « l’agriculture industrielle ». Un jour plus tôt, la Confédération paysanne, associée à des ONG comme Oxfam, avait exigé qu’on coupe les aides publiques à « l’agriculture industrielle » afin de bâtir « une transition sociale et écologique » de l’agriculture, ce qui signifie aussi réorienter l’aide publique vers les filières jugées plus « écolo-friendly ».

Dans les deux cas, les militants issus de la gauche de la gauche désignent clairement l’ennemi, quitte à alimenter l’agribashing, très présent dans l’opinion publique française.

Le monde agricole moderne serait inadapté aux nouvelles normes morales écologiques, et pour se réformer, devrait renoncer au progrès scientifique qui est jugé néfaste et polluant. Ce discours n’est pas nouveau, et fait écho à un discours assez convenu dans le milieu franco-français de l’agriculture.

Un modèle agricole à revoir

Comme le rappelle Max Falque, consultant, et spécialiste des problèmes d’environnement, le modèle agricole français est à revoir : « tout le Code rural a été conçu en 1946 par les communistes pour favoriser la petite exploitation familiale, qui n’est plus viable aujourd’hui. Il y a toute une reprise de la réglementation à laquelle nous devrions procéder pour permettre à l’agriculture d’être plus compétitive, notamment vis à vis de l’Allemagne. L’Allemagne a hérité, en Allemagne de l’Est, des immenses structures foncières, elles-mêmes héritées du régime communiste, qui avait nationalisé les terres qui appartenaient aux grands seigneurs allemands. Il n’est donc pas exceptionnel de voir des fermes de 1000 hectares en Allemagne, contrairement à ce que l’on peut observer en France. »

Plutôt que de miser sur l’innovation et la compétition pour réformer le secteur agricole, un certain courant écolo « réactionnaire » mise sur la connivence avec les pouvoirs publics pour interdire et réglementer les pratiques jugées incompatibles avec leur vision nostalgique du monde paysan.

L’exemple des OGM est typiquement le genre de contrainte sur l’agriculture qui pénalise la compétitivité des entreprises françaises dans le domaine et participe de l’agribashing. Pour Jean-Paul Oury, directeur de publication de European Scientist, le problème est ancien : « C’est un problème qui remonte à 1996, quand la querelle des OGM a commencé, lors de la première exportation de soja OGM. Tout a commencé avec la philosophie de la peur et le principe de précaution, qui ont joué un rôle déterminant dans le cadre de la querelle des OGM. L’Europe s’est fait spécialiste de l’industrie de la peur, et se retrouve à devoir importer les OGM, puisqu’elle n’en produit pas, à part en Espagne et au Portugal. »

Ne pas freiner l’innovation et la recherche

Le modèle agricole français est en crise, car la majorité des exploitations agricoles ne sont pas viables sans subventions publiques, mais se priver de l’innovation et de la technique pour se réformer, c’est condamner le secteur à une mort certaine.

Pour Jean-Paul Oury, l’innovation passe aussi par les OGM, dont l’utilisation permet d’utiliser moins d’eau, moins d’intrants, etc. mais aussi par la levée de l’obstacle idéologique sur les OGM : « Ce qui nous empêche d’appliquer des solutions, c’est une querelle idéologique. Les écologistes se sont appropriés le concept de nature par rapport aux OGM et au transfert de l’information génétique. Les chercheurs en biotechnologie ne font que copier un procédé qui existe déjà à l’état naturel, pour arriver à la transgenèse. Mais les agriculteurs bio, les anti-OGM, font une réduction idéologique et n’acceptent que le transfert horizontal de l’information génétique. Ils excluent toutes les autres formes de vie. »

Dans le domaine, la législation français s’aligne sur l’Union européenne, qui freine des quatre fers devant les solutions possibles pour éliminer l’obstacle idéologique. « Cette nouvelle technologie aurait dû faire disparaître ce débat idéologique, mais au contraire, la cour européenne de justice exige que l’on se réfère à la directive 2001/18, à l’origine de tous les blocages sur les OGM » continue Jean-Paul Oury.

Plutôt que d’opposer agriculture et science comme le font les idéologues, la solution passe par l’entente bien comprise entre les deux domaines.

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  • A quoi bon s’acharner, la production de matières premières ne permet jamais de s’enrichir, autant abandonner définitivement l’agriculture en France sauf pour modeler le paysage, mettre quelques vaches dans les prés….

  • La France est foutue.

  • Sur la taille des exploitation, pourquoi pas. Mais il faut etre clair sur l impact. Si vous passez de 10 paysans a 1, ca va aussi dire que certains villages vont se depeupler, l ecole fermer …

    Sur les OGM, je pense que l auteur fait fausse route. Tout simplement parce que le client n en veut pas. Si vous etes liberal, vous devez d abord penser ce que le client est pret a payer et combien. La demande est faible pour les OGM (avez vous vu un produit quelconque avec un sticker affichant fiererement « avec OGM » ?) Au contraire, vous voyez des produits qui sont vendu plus cher car ils ne contiennent pas d OGM…
    donc si vous voulez aller sur un marcher porteur, faites du bio, pas des OGM. Sinon vous allez avoir le sort des fabriquants de poulets pas cher. Un jour les bresiliens ont appris a faire la meme mer… et les francais se sont retrouve avec un concurrent redoutable qui a d ailleur smitz pas mal d entre eux sur la paille

    • Vous pouvez aussi retourner à la houe tirée par un boeuf à la place du tracteur, ça va créer encore pus d’emplois à la campagne. Est-ce que c’est vraiment ce dont on a besoin ? Des gens employés à creuser des trous un jour et à les reboucher le lendemain ? En Chine il y a peu de chômage. Mais il y a des gens qui passent le balai sur l’autoroute.

      Pour les OGM c’est en théorie plutôt simple, d’un point de vue libéral : à partir du moment où le consommateur est informé qu’un produit contient des OGM il peut choisir de l’acheter, ou non. Question idiote : vous refuseriez d’acheter de l’essence pour votre voiture au prétexte qu’elle contient une huilde issue d’un colza transgénique ? Reste tout de même la grande question sur le sujet : comment définit-on un OGM ? Parce-qu’en pratique, 100% des produits issus de l’agriculture le sont aujourd’hui, aucun ne serait apparu si on avait laissé faire la seule nature.

    • D’accord avec Anagrys :

      1. La hausse de la taille moyenne des exploitations, c’est la loi de l’économie, dans tous les domaines. Sinon, on retourne à l’âge de pierre.
      Et comme bien dit dans l’article, le code rural actuel, et son fumeux « contrôle des structures », sont des mesures typiquement communistes, liberticides.

      2. Laissez aux Français la liberté de choix : ceux qui veulent acheter OGM, laissez-les ; et ceux qui ne veulent pas d’OGM, il se trouvera toujours des producteurs pour satisfaire leur demande (plus chère).
      Quant au bio, marché soi-disant porteur, j’ai connu des dizaines, peut-être des centaines de producteurs, et je vous assure qu’au moins 90% d’entre eux « tirent le diable par la queue » au niveau financier ; et cela, malgré les aides publiques énormes qu’ils reçoivent. Moralité, la grande majorité des Français n’en veulent pas, malgré le matraquage médiatique en faveur du bio. Ils préfèrent acheter ce que vous appelez de la m*** ; après tout c’est leur liberté, non ?

    • si les clients n’en veulent pas ok, n’interdisez pas la recherche et arrêtez de diffamer..
      sur le reste agriculture est une activité économique..

      IL SUFFIT d’arrêter de réglementer ou de subventionner en ayant en tète un modèle..

      JUSTEMENT pas de modèle!!!

  • Mon expérience personnelle est que l’industrie n’est pas particulièrement scientifique. Elle applique des processus et des procédures sans les mettre en cause, sans même les examiner.
    En effet dans un système concurrentiel une pression extérieure pousse à des remises en cause des croyances et des connaissances, mais pas toujours. Cette pression extérieure n’est pas liée au système industriel, le marché libre permet cette bonne pression mais il existe très naturellement des boucles de rétroaction concurrentes sur plusieurs échelles, surtout que le marché est toujours biaisé par tout un tas d’acteurs économiques (pas seulement les états).
    Les subventions publiques faussent particulièrement le marché. Cependant de nombreuses exploitations, qu’elles se disent « bio », « paysanne » ou « responsable » ou je ne sais quoi, ne touchent pas forcément ces subventions et s’en remettent au contraire au marché avec des modèles économiques locaux et personnalisés… ce n’est peut-être pas généralisable à grande échelle, mais les acteurs économiques en question ne se posent pas cette question : leur modèle économique fait système pour eux. Évidemment il est possible d’utiliser des leviers financiers et administratifs pour les étouffer, ce serait dommage.
    Globalement je crois que le modèle de l’entreprise est en crise et qu’elle va devoir effectivement intégrer des processus réellement scientifiques plutôt que de se contenter de la reproduction technique (dont la valeur ne fait que s’affaiblir). Mais enfin je me trompe peut-être.

    Au niveau du « progrès » il faut voir combien le modèle industriel et salarial n’est justement plus considéré comme intéressant par beaucoup de travailleurs, dans le secteur agricole, où certains se veulent se dire paysans, comme dans d’autres. En fait si je ne remets pas en cause les questions de fond de l’article (la relation au marché et la crise du modèle de la fin du millénaire précédent), je trouve que proposer en réponse le modèle industriel d’encore avant comme « progrès » est justement complètement arriéré. Ça me fait penser au film « Tomorrowland » où on voit des jeunes adhérer à la vision futuriste standardisée des années 60 ; le film est bon, mais l’idée déplaisante tout en étant édifiante des tensions de nos sociétés. Les rêves des vieux de quand ils étaient jeunes (voire qu’ils répètent de leurs parents) ne doivent pas être considérés comme une projection sérieuse vers l’avenir.

  • L’agriculture artisanale est en perpetuelle crise car l’agriculture est une activité qui exige des fonds propres importants et elle n’en a pas.
    Il n’y a pas de solution.

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