Agribashing : renouons avec le progrès

Cow — @debjam, 2013, CC BY 2.0

Salon de l’Agriculture : plutôt que d’opposer agriculture et science comme le font les idéologues, la solution passe par l’entente bien comprise entre les deux domaines.

Par Frédéric Mas et Justine Colinet.

Lundi 24, la Confédération paysanne et « les Amis de la Terre » envahissent le stand du ministère de l’Agriculture sur le salon de l’Agriculture pour protester symboliquement contre le « greenwashing » et « l’agriculture industrielle ». Un jour plus tôt, la Confédération paysanne, associée à des ONG comme Oxfam, avait exigé qu’on coupe les aides publiques à « l’agriculture industrielle » afin de bâtir « une transition sociale et écologique » de l’agriculture, ce qui signifie aussi réorienter l’aide publique vers les filières jugées plus « écolo-friendly ».

Dans les deux cas, les militants issus de la gauche de la gauche désignent clairement l’ennemi, quitte à alimenter l’agribashing, très présent dans l’opinion publique française.

Le monde agricole moderne serait inadapté aux nouvelles normes morales écologiques, et pour se réformer, devrait renoncer au progrès scientifique qui est jugé néfaste et polluant. Ce discours n’est pas nouveau, et fait écho à un discours assez convenu dans le milieu franco-français de l’agriculture.

Un modèle agricole à revoir

Comme le rappelle Max Falque, consultant, et spécialiste des problèmes d’environnement, le modèle agricole français est à revoir : « tout le Code rural a été conçu en 1946 par les communistes pour favoriser la petite exploitation familiale, qui n’est plus viable aujourd’hui. Il y a toute une reprise de la réglementation à laquelle nous devrions procéder pour permettre à l’agriculture d’être plus compétitive, notamment vis à vis de l’Allemagne. L’Allemagne a hérité, en Allemagne de l’Est, des immenses structures foncières, elles-mêmes héritées du régime communiste, qui avait nationalisé les terres qui appartenaient aux grands seigneurs allemands. Il n’est donc pas exceptionnel de voir des fermes de 1000 hectares en Allemagne, contrairement à ce que l’on peut observer en France. »

Plutôt que de miser sur l’innovation et la compétition pour réformer le secteur agricole, un certain courant écolo « réactionnaire » mise sur la connivence avec les pouvoirs publics pour interdire et réglementer les pratiques jugées incompatibles avec leur vision nostalgique du monde paysan.

L’exemple des OGM est typiquement le genre de contrainte sur l’agriculture qui pénalise la compétitivité des entreprises françaises dans le domaine et participe de l’agribashing. Pour Jean-Paul Oury, directeur de publication de European Scientist, le problème est ancien : « C’est un problème qui remonte à 1996, quand la querelle des OGM a commencé, lors de la première exportation de soja OGM. Tout a commencé avec la philosophie de la peur et le principe de précaution, qui ont joué un rôle déterminant dans le cadre de la querelle des OGM. L’Europe s’est fait spécialiste de l’industrie de la peur, et se retrouve à devoir importer les OGM, puisqu’elle n’en produit pas, à part en Espagne et au Portugal. »

Ne pas freiner l’innovation et la recherche

Le modèle agricole français est en crise, car la majorité des exploitations agricoles ne sont pas viables sans subventions publiques, mais se priver de l’innovation et de la technique pour se réformer, c’est condamner le secteur à une mort certaine.

Pour Jean-Paul Oury, l’innovation passe aussi par les OGM, dont l’utilisation permet d’utiliser moins d’eau, moins d’intrants, etc. mais aussi par la levée de l’obstacle idéologique sur les OGM : « Ce qui nous empêche d’appliquer des solutions, c’est une querelle idéologique. Les écologistes se sont appropriés le concept de nature par rapport aux OGM et au transfert de l’information génétique. Les chercheurs en biotechnologie ne font que copier un procédé qui existe déjà à l’état naturel, pour arriver à la transgenèse. Mais les agriculteurs bio, les anti-OGM, font une réduction idéologique et n’acceptent que le transfert horizontal de l’information génétique. Ils excluent toutes les autres formes de vie. »

Dans le domaine, la législation français s’aligne sur l’Union européenne, qui freine des quatre fers devant les solutions possibles pour éliminer l’obstacle idéologique. « Cette nouvelle technologie aurait dû faire disparaître ce débat idéologique, mais au contraire, la cour européenne de justice exige que l’on se réfère à la directive 2001/18, à l’origine de tous les blocages sur les OGM » continue Jean-Paul Oury.

Plutôt que d’opposer agriculture et science comme le font les idéologues, la solution passe par l’entente bien comprise entre les deux domaines.

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