Emmanuel Macron, jacobin européen

La vision de Macron est jacobine et anti-fédéraliste. Elle est une transposition de la formation de l’État français du temps des Rois de France à un État Européen centralisé tel que les Français le conçoivent depuis l’après-guerre.

Par Bertrand Lemennicier.

Dans son discours à la Sorbonne, Macron dévoile ses conceptions pour la formation d’un nouvel État européen. Il nous faut les comprendre pour mesurer combien cet homme est incapable de penser le déclin des États-nations dans notre monde contemporain.

L’Europe est un cartel d’États-nations. Comme beaucoup de cartels, il est dans sa phase où il se brise. Deux forces, au demeurant classiques pour des économistes qui étudient les cartels, sont en effet à l’œuvre : l’une interne qui incite chaque État-nation à tricher avec les accords du cartel (dont les gouvernants français sont coutumiers au moment même où Macron fait son discours à la Sorbonne) et une externe exercée par les États concurrents, non-membres du cartel, qui, dans tous les domaines y compris dans le domaine fiscal, le nerf de la guerre pour tout pouvoir politique, offrent des alternatives très compétitives.

Vers un État national européen

Que propose Macron ? Il nous propose  d’enrayer ce processus. Comment ? En créant un État national européen et s’il le faut réduit à la zone euro. C’est-à-dire en intégrant verticalement les États européens.

Sa vision est jacobine et anti-fédéraliste. Elle est une transposition de la formation de l’État français du temps des Rois de France à un État européen centralisé tel que les Français le conçoivent depuis le gouvernement provisoire « dictatorial » issu de la résistance du 3 juin 1944 au 16 janvier 1947 à l’avènement de la IVe république complété par des vagues d’étatisation sous la Ve république (1958 avec le couple De Gaulle-Debré, 1981 avec Mitterrand) qui a redessiné l’État français sous forme d’une bureaucratie planificatrice dans toutes les dimensions de la vie économique et sociale.

Les gouvernants français se veulent protecteurs des « sans dents » et égalitaristes en concentrant l’impôt sur le revenu sur les contribuables les plus riches. C’est ce modèle que Macron voudrait exporter en Europe. On souhaite bien du plaisir à ceux qui vont l’écouter lors de ses pérégrinations hors de France.

Le modèle égalitariste à échelle continentale

1- Créer une force armée européenne permanente (le mot est oublié par Macron mais implicite dans sa pensée) et un budget européen avec la levée d’impôts qui va de pair avec la création du budget européen.

C’est la première étape d’une centralisation du pouvoir au niveau européen, étape indispensable pour passer de l’option cartel à un État central qui concentre le pouvoir dans les mains de quelques-uns.

Il n’y a rien de nouveau dans la formation des États, rappelons-nous Louis XI avec la création d’une armée permanente ne reposant plus sur un contrat entre le Roi et ses pairs ; c’est par ce biais que l’État moderne initié par les Rois français va se constituer.

2- Créer un budget européen et une levée des impôts au niveau européen pour financer les actions de l’État européen. Macron n’est pas un fédéraliste comme en témoigne son désir d’harmonisation de la fiscalité et des modèles sociaux des pays de l’Europe.

L’harmonisation fiscale comme celle des modèles sociaux ne peut être réalisée que par une intégration verticale des États avec des modèles bâtards de fiscalité et de protection sociale.

Les deux dernières propositions sont très révélatrices d’une conception de la notion d’État-nation une et indivisible aux antipodes d’une cartellisation des États ou d’un État fédéral.

3- Créer un sentiment national européen en incitant chaque jeune à parler deux langues européennes.

Ce qui nous rappelle les belles heures de la république française du XIXe avec l’apprentissage du français obligatoire contre les langues locales.

4- Créer un sentiment démocratique européen par des conventions démocratiques organisées dans toute l’Europe pour favoriser des listes transnationales pour qu’en 2019 la moitié des sièges au parlement européen proviennent de ces listes.

Un patriotisme européen ?

En fait il veut substituer au sentiment national français un sentiment national européen.

Il est amusant de le voir vilipender le sentiment national des « patriotes » français et simultanément inciter les Français à avoir un sentiment national européen, bien entendu avec l’argent des États volontaires pour le développer en attendant l’intégration forcée des populations à sa conception de l’État Européen. Il a pourtant sous les yeux l’exemple de la Catalogne, de l’Écosse et du Brexit. Cela devrait le faire réfléchir à sa vision de l’Europe.

L’accent mis par Macron sur le programme Erasmus, comme exemple de processus de coopération pour atteindre cet objectif, est bien mal venu.

Ce programme dispendieux de redistribution a toujours été un moyen pour les étudiants français ou étrangers venant en France d’obtenir un diplôme à moindre effort (ou tout au moins avec des examens spéciaux) pour court-circuiter les examens nationaux qu’ils ne peuvent réussir chez eux ou à l’étranger et non pas de développer un sentiment national européen.

Reconnaître les diplômes étrangers

Sans doute, par un effet collatéral, l’apprentissage d’une autre langue et les mariages inter-européens sont-ils favorisés par ces programmes, mais l’expérience montre aussi que ces mariages se dissolvent bien vite et créent des divorces douloureux. S’il y a bien une chose qu’il ne faut pas encourager c’est bien ce programme.

En revanche, la reconnaissance des diplômes étrangers en France apparaît bien plus efficace pour l’Europe que ces programmes publics d’incitation à voyager dans les universités étrangères à moindre frais.

La contrepartie de cette reconnaissance des diplômes étrangers est la fin du monopole des grades des universités françaises et des professions qui les exigent pour exercer le métier : juristes, médecins, vétérinaires etc. ! 

Il va de soi que le gouvernement français n’est pas prêt à déréglementer et dénationaliser l’université française, ce qui voudrait dire : fin de la gratuité et sélection des étudiants. Il n’y a rien à espérer de ceux qui nous gouvernent aujourd’hui, ni des factions politiques qui les soutiennent.

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