Réforme du bac : comme prévu, tout échoue

Emmanuel Macron voit dans « la réforme » du lycée sa grande réforme du quinquennat. Nous sommes bien loin du compte.

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Réforme du bac : comme prévu, tout échoue

Publié le 21 janvier 2020
- A +

Par Jean-Baptiste Noé.

La réforme du bac et du lycée défendue par Jean-Marie Blanquer est en train d’échouer, comme cela était prévu. Dans un article publié dans Contrepoints le 16 mars 2019 j’expliquais que le contrôle continu n’en était pas un. C’est en réalité une forme de partiels, avec deux épreuves en Première et une en Terminale. Ce qui multiplie le bac par trois, avec un accroissement des coûts et des contraintes. Surtout, les professeurs doivent choisir les sujets dans une banque d’épreuves.

Et je posais donc la question : les professeurs peuvent-ils communiquer les sujets à leurs élèves ? La réponse est bien évidemment oui et beaucoup l’ont fait, ce qui est bien normal.

Une usine incontrôlable

Cette immense usine à gaz explose de partout. La Banque nationale des sujets devait ouvrir en octobre. Finalement, son ouverture a été repoussée à novembre puis est devenue effective une semaine avant les vacances de Noël, pour des épreuves qui doivent se dérouler la semaine du 20 janvier, tous les lycées devant organiser leurs épreuves en même temps. Les professeurs ont dû préparer leurs élèves à des examens dont ils ne connaissaient pas les modalités d’évaluation.

Les sujets sont choisis par les professeurs et les épreuves se déroulent dans les lycées, mais les copies sont corrigées par d’autres. Le tarif est de 50 euros pour 35 copies. C’est une misère pour les professeurs car il faut environ 4 heures pour bien corriger 35 copies, mais une somme énorme à l’échelle du ministère, compte tenu des millions de copies à corriger. Opération répétées trois fois.

Des scanners qui ne fonctionnent pas

Les copies ne seront pas corrigées sur papier mais sur écran, ce qui est beaucoup plus difficile et fatiguant. Elles doivent toutes être scannées pour la correction, ce qui a fait l’objet d’un nouveau drame : les scanners achetés (on ignore pour quel coût) ne permettent pas de reproduire les couleurs claires. Les copies des élèves à l’encre bleu pâle sont ainsi peu lisibles, ainsi que les cartes et les croquis, ce qui est fort ennuyeux pour les épreuves de géographie et de biologie.

Comment une telle aberration est-elle possible ? Ces scanners professionnels fonctionnent moins bien qu’un scanner domestique…

Les professeurs communiquent les sujets à leurs élèves

Et ce qui était prévu arriva : enseignants, voire même proviseurs, ont donné les sujets à l’avance à leurs élèves. Pourquoi ne l’auraient-ils pas fait d’ailleurs, tant le système est absurde ? Ainsi, dans un lycée de l’académie de Tours, un proviseur a envoyé le courriel suivant aux élèves de Première :

L’inspectrice d’histoire-géographie me demande de vous préciser que l’épreuve d’E3C de lundi 20 portera sur le chapitre 1, thème 1 d’histoire et sur le thème 1 de géographie.

Les thèmes de révision sont tellement précis que l’on voit très bien quel sujet sera donné. Comme le dit Daniel, un professeur d’histoire-géographie interrogé indique au Figaro le samedi 18 janvier :

Tout le monde fait ça. Afin de ne pas désavantager ma classe, j’ai également donné à mes élèves les thèmes à réviser. À partir du moment où le ministère dit qu’on peut orienter nos élèves dans leurs révisions, je ne vois pas pourquoi je m’en priverai, car sinon je risque d’instaurer une rupture d’égalité entre mes élèves et les autres candidats, qui eux auront été aiguillés par leurs professeurs.

Éviter « la rupture d’égalité », un beau moyen de se dédouaner de tricher.

Donner les sujets en avance aux élèves : une belle façon de faire gonfler les statistiques et de permettre aux lycées faibles d’avoir de bons scores au bac.

Et en effet, si « tout le monde le fait », le professeur qui ne le fait pas pénalise ses élèves.

Nous n’en avons pas fini avec l’absurdité de la réforme. L’année prochaine, il y aura les cours qui s’arrêteront en avril et le grand oral prévu pour juin, dont on ne connait pas encore les modalités. Emmanuel Macron voit dans « la réforme » du lycée sa grande réforme du quinquennat. Nous sommes bien loin du compte.

Voir les commentaires (38)

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  • coût d’un scanner : environ 900 euros …..payé par le ministère ….il est conseillé aux élèves d’écrire à l’encre noire , sinon , ce n’est pas visible effectivement …..parait que tout ça c’est pour faire des économies…..je me marre…..

    • C’était pour vendre des scanners…de mauvaise qualité ,donc , il faudra en racheter….comme ‘si nos etudiants ne pouvaient avoir un pc tablette voir téléphone portable au lieu d’un bic et une feuille de papier

    • @VERA, juste le double du prix d’un homard géant.
      Mince!!!

    • Le problème de qualité de la numérisation a surtout à voir avec un mauvais réglage des paramètres. Les personnes qui s’occupent de la tâche de numérisation ont, ou du moins devraient, avoir la responsabilité de vérifier la qualité de ce qu’ils numérisent. Si problème il y a, ils se doivent de modifier les paramètres, si ils ne savent pas comment faire, ils doivent appeler le service client, si on ne leur a pas donné de numéro ils doivent appeler le ministère. Ce dernier n’est à mettre en cause que si le scanner choisi et le programme d’exploitation associé ne sont pas capables, comme mon petit scanner personnel, de proposer des modifications de paramètres suffisamment avancées. Au vu de l’exemple donné par le ministère sur le site Eduscol, il semblerait bien que les scanners soient capables d’effectuer la numérisation de manière satisfaisante. De là à ce que les personnels soient capables de gérer un truc aussi simple…..

  • C’est trop drôle, le champion , Blanquer , c’est fait écraser par le mammouth…comme prévu. Au suivant….

  • on donne le bac a tout le monde.. aussi pourquoi ce foin?
    c’est l’EN qui est foireuse.. pire que la SNCF
    privatisons!
    revenons a a un bac sélectif.. et tout rentrera dans l’ordre

    • Un bac sélectif..vert jaune marron ?

    • Soit on revient au bac sélectif, soit on donne une attestation de fin d’études secondaires et on laisse l’enseignement supérieur pratiquer une sélection adéquate pour les etudes envisagées.

      • C’est le cas actuellement, le bac n’est en gros qu’«une attestation de fin d’études secondaires» et c’est l’enseignement supérieur qui pratique la sélection !
        Et l’organisation de ce BAC Bonux, distribué à tous (sauf aux Hyper Nuls, coûte un fortune aux contribuables alors que ce fric pourrait être utilisé à améliorer les méthodes d’enseignement des langues, par exemple, ou augmenter les salaires des meilleurs profs ou encore à augmenter les bourses des élèves méritants de familles peu aisées.
        Et peut-être faut-il avant tout se poser la question suivante : Faut-il avait un BAC+X pour postuler à tous ces postes proposés par exemple dans les diverses administrations?… Avant un simple Certificat d’Études Primaires suffisait… Et la France ne vivait pas plus mal et n’était pas spécialement désorganisée.
        Aujourd’hui, BAC+5 incapable de faire un calcul sans un ordinateur alors qu’un AT2 le faisait (il y a encore 40 ans) avec un crayon un un bout de papier. Études supérieures, vous dites? Moi je dit Écriture illisible pour masquer un orthographe déplorable mais sortie de l’École avec un diplôme de Directeur de ??? non ! de Roi des Incompétences notoires.

        • « Avant un simple Certificat d’Études Primaires suffisait »
          Au cas où vous l’ignoreriez, le certificat d’étude était significativement plus exigeant et difficile que ne l’est le bac d’aujourd’hui. Le certificat d’étude, ça vaut facilement le niveau intellectuel d’un bac+3 aujourd’hui!

      • Le bac’ permet aux enseignants, avec la correction des copies, de toucher une de leurs très rares simili primes. Pour une profession si mal payée, ça met un peu de beurre dans les épinards 😀

        • C’est un peu mélanger les problèmes…
          Et pour les enseignants, je pense que, ce n’est pas qu’une question de salaire c’est aussi et surtout une histoire de reconnaissance ; non respectés par les élèves et aucune considération par les parents.
          Une certaine désespérance qui engendre de la résistance aux changements proposés par un ministère lointain et non à l’écoute… Et comme les parents d’élèves sans considération de ses « petits » collaborateurs (qui ne peuvent, a priori, pas avoir de bonnes idées pour organiser différemment le BAC afin qu’il soit plus juste et moins coûteux).

        • À l’époque dans mon lycée (et aussi les 2 dernières années de collège) des examens blancs était organisés chaque trimestre, une sorte de super interro. C’était un entraînement et les copies étaient corrigées par deux profs différents, leurs commentaires et remarques étaient sur des feuilles séparées (pas d’ordi à cette époque). Les sujets étaient simplement décalés d’un trimestre le premier «examen» portait donc sur des sujets normalement acquis l’année précédente.
          Il me semble donc que dans mon bled « ON » avait inventé le contrôle continu ?… il y a presque 60 ans. (Le « ON » c’est les profs et le Dirlo) …. Et autre chose, « NOUS » (les élèves) nous étions entre 32 et 38 par classes… et une année 44 dans la classe MAIS les profs étaient respectés.

          • C’est bien gentil ces rengaines sur autrefois c’était bien, mais la réalité, c’est qu’autrefois c’était médiocre et aujourd’hui, cela devient débilitant sur tous les plans…

  • J’ajoute que dans certains lycées (celui de ma fille par exemple), les épreuves E3C auront lieu en février.

  • On critiquait le bac comme une usine à gaz et on le remplace par une super-usine à gaz ! ! ! !
    Il fallait le faire ! ! !

    • Faut-il arrêter les matières «à la …» comme BAC Surf et pourquoi pas un BAC Tarot ou Échecs… Et puis les langues régionales, certes c’est culturel mais c’est surtout personnel Quelle en est l’utilité pour un négociateur d’affaires ou un futur techniciens, j’écris mes rapport et je fais mes propositions commerciales en Corse, en Basque ou en Breton pour mes clients péruviens, allemands ou encore kényans. Il y a des langues utiles professionnellement pour la BAC…
      Je me souviens de jeunes de familles d’origines portugaises ou espagnoles qui souhaitaient étudier la langue familiale… et bien c’était le jeudi (mercredi maintenant) et le samedi après-midi dans les locaux des écoles (avec accord municipal) mais par des instructeurs de langue du pays pas nécessairement Éducation Nationale. Pourquoi n’est pas le même principe pour les langues régionales ? Et pour le BAC il est préférable de prévoir (et financer par le contribuable) des cours et des épreuves de Russe, de Coréen ou d’Arabe que de Saintongeais ou de Picard…
      Et intégrer dans les notes du BAC la lisibilité du «cahier de brouillon» (utile pour récupérer des informations industrielles en cas de maladie par un collègue de travail) des textes rédigés lors des épreuves (ça permet de rendre plus aisées les corrections et plus rapide l’analyse des copies !).

    • Le savoir-faire français en matière d’usines à gaz est connu et apprécié dans le monde entier…
      L’expertise française est régulièrement sollicitée quand il s’agit de déterminer ce qu’il ne faut surtout pas faire.
      🙂

  • Jusqu’où ira-t-on dans l’absurde?
    Comment un ministre peut-il penser que cette usine à gaz peut fonctionner?
    Les profs ont bien raison de saboter ce système. Le problème est sans doute qu’ils ne le font pas tous.

  • Rendre le BAC sélectif entre 15% et 25% des postulants mais parallèlement valoriser la formation continue !
    C’est n’est pas dire non à la culture mais simplement ne pouvoir devenir directeur que quand « ON » a acquis une vrai expérience en entreprise.

    • @JEAN-M question culture…. tous le monde sait qu’il manque tant de bras dans « les historiques mamelles, de la répoublique ».

  • La réponse de ce professeur est logique et pragmatique, on ne peut pas lui en vouloir, malheureusement…

    • « Rupture d’égalité », quelle pitié quand même !
      Comme l’a écrit un jour H16, la seule et véritable égalité, c’est lorsque tout le monde échoue de la même manière.

      • Oui, mais dans ce cas, s’il ne donne pas le sujet, ses élèves seront désavantagé par rapport aux autres, ce qui provoquera peut être des moins bonnes notes dans son lycée, donc peut être un déclassement, etc, etc, etc. Les joies du système éducatif français en somme 🙂

  • De toute façon, le problème n’est pas vraiment de la manière dont le bac est organisé mais plutôt ce que l’on veut en faire.
    On estime que 90% de la population dispose d’un Q.I. supérieur à 80.
    Comme il y a 90 % de reçus au bac en 2019, on peut considérer avec une faible marge d’erreur, que le Q.I. nécessaire pour décrocher le bac est de 80.
    Un Q.I. de 80 est considéré pudiquement comme « lenteur d’esprit ».
    Donc, quelle que soit la manière dont le bac est organisé, la question est de savoir si on veut en faire un passeport vers des études intellectuelles (et je précise que je suis un fervent défenseur des formations dites « manuelles ») ou une vaste pantalonnade dont les élèves sont les premières victimes en produisant des bataillons de frustrés qui auront perdu leur temps.
    Apparemment, c’est la seconde solution qui est choisie…

  • Il y a peut-être une échappatoire: le Baccalauréat International (BI).

    A mon avis, de plus en plus de lycées privés vont s’y intéresser.
    Et comme à la France a reconnu le BI, je ne vois pas comment ils pourront empêcher des lycées privés de préparer leur élèves à ce diplôme. En plus du Bac national bien sûr pour ne pas s’attirer les foudres du Ministère, mais Bac national qui perdra alors bcp de son importance…
    La définition du contenu de ce BI ainsi que l’organisation des épreuves et la notation échappent à la bienpensance et à l’égalitarisme franchouillard ce qui devrait préserver son niveau d’enseignement et son caractère sélectif.
    Évidemment,le développement d’un tel diplôme dans le paysage éducatif français ne sera pas très « vivre-ensemble » car tout le monde n’aura pas accès aux lycées ad hoc.
    Mais on aura in fine une belle image des résultats de l’égalitarisme forcené: un sous-bac « égalitaire » qui n’aura aucune valeur hors de France et une faible valeur sur le territoire national, et un BI sélectif et très valorisant même pour ceux qui l’auront avec des notes faibles.
    Le BI sera de plus la clé d’accès aux études à l’étranger…

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Baccalaur%C3%A9at_international

  •  » comme prévu, tout échoue  »

    J’adooore quand un plan se déroule sans accrocs …
    (H.Smith)

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