Age pivot pour les retraites : le recul de Macron

macron_president_louvre by French Embassy in the U.S(CC BY-NC 2.0) — French Embassy in the U.S, CC-BY

Une sortie de crise par un recul sur cet âge pivot serait un formidable échec pour le pays car les équilibres financiers de la réforme et la pérennité du nouveau système ne seraient pas assurés.

Par Peter Libtank.

Notre jeune Président vient de faire savoir qu’il était prêt à des « améliorations sur l’âge pivot ».

Cette ouverture est d’autant plus inquiétante que l’instauration d’un âge pivot est la seule mesure qui semble pouvoir assurer efficacement – sans diminuer les pensions, ni augmenter les cotisations – un équilibre économique durable pour quelque système de retraite que ce soit, en particulier par répartition.

La réforme prévoit une disparition partielle des régimes spéciaux et de plusieurs caisses de retraite autonomes mais ces mesures semblent insuffisantes pour équilibrer et pérenniser le système actuel.

Sans âge pivot à 64 ans, l’équilibre du nouveau système qui va devoir financer de nouveaux droits pour les familles monoparentales, les agriculteurs, les artisans, les carrières fragmentées… et revaloriser certaines catégories de fonctionnaires, comme les enseignants, semble bien fragile.

Dans un pays vieillissant, qui bénéficie de l’un des régimes les plus généreux au monde, qui n’a jamais voulu lisser son système par répartition avec de la capitalisation, où les actifs peuvent partir plus tôt, travailler plus tard est pourtant incontournable. Nous ne pouvons pas continuer à refuser la réalité démographique.

Une sortie de crise par un recul sur cet âge pivot (par exemple son indexation sur des critères laxistes de pénibilité) serait donc un formidable échec pour le pays car les équilibres financiers de la réforme et la pérennité du nouveau système ne seraient pas assurés.

Dans le bilan du quinquennat, la « mère de toutes les réformes » deviendrait alors bien désuète, voire contreproductive, puisqu’elle reviendrait à accorder de nouveaux droits sans les avoir financés, sachant que, pour notre pays, les dépenses publiques de retraites pèsent déjà 14 points de PIB (40 % de plus que l’Allemagne ou la Suède).

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Pourquoi le pays se retrouve t-il dans une telle impasse : une réforme systémique aussi complexe et aussi difficile à financer, un débat aussi éloigné des réalités, une crise aussi profonde ?

Aux racines de cette situation se trouve la posture « ni gauche ni droite » de la startup bien-pensante qui s’est fait élire en 2017, par hasard et par défaut, aux manettes du pays.

Le dégagisme macroniste a substitué une réformite mi-gauche mi-droite (le nouveau monde) à l’alternance gauche droite (l’ancien monde).

La méthode est inchangée depuis le début du quinquennat. Quel que soit le sujet – suppression de l’ISF, droit du travail, assurance chômage, formation, SNCF, service national, fonction publique, retraites… – chaque « réforme » s’habille des vertus de la bien-pensance : ruissellement, équité, justice, progressisme, responsabilité… mais, surtout, mélange subtilement des mesures de gauche à d’autres de droite.

Séduire la droite sans déplaire à la gauche

La méthode macroniste met ainsi chacun des deux blocs d’opposition dans l’impossibilité de s’opposer (ou de contribuer) à chaque « réforme » puisqu’elle contient par construction des dimensions chères (ou inacceptables) à chaque bloc.

Au jeu d’échecs, cette situation s’appelle le pat, une position dans laquelle le camp ayant le trait et n’étant pas sous le coup d’un échec, ne peut plus jouer de coup légal sans mettre son propre roi en échec…

La méthode macroniste – faut il évoquer une pensée complexe ?  – a aussi l’avantage de contraindre les plus déterminées ou les plus éclairées de ces oppositions à une forme de radicalisation qui au final les marginalise et sert l’intérêt de la « réforme » puisque, au fur et à mesure de leur radicalisation, celle-ci apparaît d’autant plus raisonnable, sécurisante et garantie d’apaisement.

Mais, au niveau de la communication et de l’image, l’idée de « réforme » subsiste.

A court terme, les « réformistes » gagnent sur plusieurs tableaux. Ils peuvent faire croire :

  • qu’ils tiennent leurs engagements
  • qu’ils transforment le pays
  • qu’ils représentent une synthèse innovante des meilleures valeurs de la gauche et de la droite

Pourtant, chaque « réforme » macroniste est un subtil patchwork de mesures de droite et de gauche : supprimer l’ ISF pour la droite mais conserver l’IFI pour la gauche, resserrer les droits de l’assurance-chômage mais les ouvrir aux démissionnaires, mettre fin au statut de cheminot pour les nouveaux entrants mais reprendre la dette de la SNCF…

Par essence même, la réformite mi-gauche mi-droite conduit à des solutions complexes, difficiles à comprendre et à mettre en œuvre, souvent illisibles. Le plus grand nombre ne parvient plus à déchiffrer la finalité des réformes, la logique du programme.

Les macronistes se reprochent souvent de manquer de pédagogie. Mais c’est dans l’ADN de leur posture ni gauche ni droite qu’il convient de chercher la cause originelle de ces difficultés.

Pire, la trop grande complexité et les incohérences structurelles de ces solutions nuisent à leur efficacité réelle. Et leur mise en œuvre requiert toujours davantage de ressources et de moyens.

La méthode du « en même temps » finit par coûter cher

La réforme des retraites pourrait être l’ultime démonstration des limites de la méthode : compliquée à expliquer, difficile à comprendre, complexe à mettre en œuvre, impossible à financer.

Pour preuve, dans le débat public, les grands équilibres de la réforme demeurent toujours inconnus : pas de simulateur sur la valeur du point ou sur les pensions à venir, pas de chiffrage prévisionnel sur le coût d’ensemble du système, ni sur son financement (par exemple selon différents âges pivots), pas de projection sur les dépenses publiques de la nation selon différents scénarii…

La méthode du « en même temps, tout tout de suite » ne coûte t-elle pas trop cher au pays, en demi-mesures, en crises à répétition, en aggravation des déficits publics, en débats stériles, en dommages pour la démocratie ? Le rapport coût/bénéfice de la réformite mi-gauche mi-droite est-il vraiment meilleur que celui de l’alternance gauche droite ?

Notre jeune Président semble en avoir pris conscience. En 2017, il défendait « le respect de nos engagements européens en restant dans l’épure des 3 % de déficit ». Il juge désormais « d’un autre siècle » le débat autour de cette règle.

Si tel est le cas, la République macroniste n’est plus en marche et n’avance pas sur deux jambes pour transformer le pays. Elle piétine sur ses deux pieds pour tenter de rester debout sans pour autant réaliser de vraies avancées, ni améliorer les comptes de la nation, ni désendetter les générations futures.

Une fausse bonne idée.

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