Législatives au Royaume-Uni : Corbyn plus dangereux que le Brexit ?

Jeremy Corbyn by Garry Knight-domaine public — Garry Knight, CC0

Si l’incertitude créée par le Brexit a ralenti l’économie anglaise, la peur d’une victoire des travaillistes de Corbyn est une perspective qui fait fuir un certain nombre d’acteurs économiques du Royaume-Uni.

Par Alexandre Massaux.

Dans le cas d’une victoire des travaillistes, le risque d’une fuite des riches aurait des retombées négatives pour les classes moyennes qui devraient payer directement ou indirectement les politiques de la gauche britannique. Néanmoins, du fait de la prééminence de la question du Brexit, Boris Johnson a de fortes chances de gagner les élections.

Le 12 décembre, les élections législatives ont lieu au Royaume-Uni. Voulues par le Premier ministre conservateur Boris Johnson afin d’obtenir la majorité au parlement, elles revêtent une dimension cruciale de par les enjeux liés aux Brexit mais aussi de la personnalité des dirigeants des deux grands partis.

Du côté de la gauche anglaise avec les travaillistes, Jeremy Corbyn prône une politique plus socialiste que ses prédécesseurs tandis que les conservateurs sont désormais réunis autour du libéral-conservateur et pro-Brexit Boris Johnson.

Comme le souligne le Wall Street Journal, le Royaume-Uni n’a pas connu deux candidats aux idées aussi opposées depuis l’élection de Margaret Thatcher en 1979.

L’économie anglaise plus inquiète de Jeremy Corbyn que du Brexit

Issu de l’aile gauche du parti travailliste, Jeremy Corbyn a poussé la gauche britannique vers une politique socialiste. Plus comparable à Jean-Luc Mélenchon qu’à François Hollande, l’adversaire de Boris Johnson inquiète les milieux économiques.

À l’instar des candidats socialistes américains, il préconise un rôle accru de l’État dans l’économie. L’idée d’un « Green New Deal » est l’un des axes principaux du manifeste du parti. Contrepartie de ces investissements massifs, la hausse des taxes est évidemment au rendez-vous pour financer ces dépenses.

Craignant les nationalisations prévues dans ce dernier, les compagnies énergétiques National Grid et SSE ont déjà transféré une grande partie de leurs opérations financières dans des compagnies étrangères installées au Luxembourg et à Hong Kong (territoire pourtant sous pression de la Chine).

Le journal The Guardian, connu pour ses sympathies envers la gauche anglaise, note que les très riches s’apprêtent à quitter le Royaume-Uni « dans les minutes qui suivraient une victoire des travaillistes ». Certes, les effets d’annonces sont à prendre avec des pincettes mais l’exemple de la France montre qu’une fuite des millionnaires est possible.

Si Jeremy Corbyn a annoncé que la hausse de taxes ne toucherait pas 95 % de la population, il apparait évident que la fuite des riches aurait des retombées négatives pour la classe moyenne qui devrait payer directement ou indirectement les politiques des travaillistes. Ainsi, la volonté de Jeremy Corbyn de taxer les entreprises pétrolières et gazières n’aboutirait qu’à pénaliser les consommateurs (phénomène à l’origine du mouvement des Gilets jaunes en France).

Si l’incertitude créée par le Brexit a ralenti l’économie anglaise, la peur d’une victoire des travaillistes de Corbyn est une perspective qui fait fuir un certain nombre d’acteurs économiques au Royaume-Uni.

Une victoire probable de Boris Johnson

La question qui va déterminer le vote des électeurs est néanmoins liée au Brexit.

En effet, en octobre 2019, pour 63 % d’entre eux ce sont les relations avec l’Union européenne qui vont motiver leur choix. Les questions concernant le National Health Service ne touchent que 36 % des électeurs et l’immigration 11 %.

Cette situation avantage Boris Johnson car contrairement à Corbyn, il propose d’assurer la sortie du Royaume-Uni de l’UE, là où Jeremy Corbyn souhaite « Renégocier l’accord actuel sur le Brexit pour rester proche de l’Union européenne après le Brexit, puis soumettre cet accord à un deuxième référendum avec l’autre option pour rester. »

Si la position du candidat travailliste peut plaire aux partisans du maintien dans l’UE, son programme interne reste un facteur bloquant majeur. De plus, cette position sur l’UE est partagée par le parti libéral-démocrate qui refuse de s’allier avec les travaillistes, là encore à cause du programme socialiste.

L’opposition aux conservateurs de Boris Johnson est donc divisée là où ce dernier semble désormais avoir le contrôle de la droite britannique. Une situation qui n’est pas sans rappeler la situation actuelle américaine où Donald Trump est le seul maître de la droite américaine alors que les démocrates sont divisés entre les centristes et les socialistes.

 

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