La folie en prison : la détention plutôt que les soins pour une question de coût ?

Témoignant du délabrement de la justice de notre pays, Pierre Farge, avocat en droit pénal, confirme l’aggravation de l’état de santé des détenus en prison, et partage son inquiétude sur les conséquences à long terme sur la société.

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La folie en prison : la détention plutôt que les soins pour une question de coût ?

Publié le 30 novembre 2019
- A +

Par Pierre Farge et Francisca Russo1.

« Accablant », voilà l’avis publié sur les prisons françaises la semaine dernière par la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL).

Selon la dernière étude sur la santé mentale dans les prisons françaises, huit détenus sur dix souffrent d’au moins un trouble psychiatrique. Autrement dit, les personnes atteintes de troubles mentaux sont surreprésentées dans la population carcérale. Un état de fait laissant donc espérer que la prison soit d’abord un lieu de soins.

La réalité est pourtant tout autre puisque l’accompagnement psychothérapeutique individuel reste l’exception pour les cas seulement les plus graves. De telle sorte que les détenus ne sont pris en charge que dans le cadre d’urgences ambulatoires, et par l’administration de médicaments seulement, en général les assommants, sans jamais tenter de résoudre la cause du mal.

Des pathologies aggravées

En conséquence, il n’est pas surprenant que l’incarcération conduise à une détérioration de la santé mentale des détenus, allant même souvent jusqu’à développer de nouveaux troubles psychiatriques.

En conséquence encore, il n’est pas surprenant que le taux de suicide soit six fois plus élevé dans les prisons (un suicide tous les trois jours en moyenne). Tant et si bien que la Cour européenne des droits de l’Homme a même déjà condamné la France à plusieurs reprises.

Les alternatives à la prison

Dès lors que l’expérience témoigne que l’incarcération se révèle inadaptée aux personnes atteintes de troubles psychiques, dont l’état ne fait que s’aggraver, au point de compromettre sérieusement toute chance de réinsertion à leur sortie, si elles ne se sont pas suicidées avant, il n’est pas insolent de penser que la peine privative de liberté devrait avoir lieu au sein d’établissements adaptés.

À défaut de donner les moyens suffisants aux prisons, et afin de redonner à la sanction pénale tout son sens, il faudrait par exemple disposer de parties d’hôpitaux sécurisés, ou de centre de détention dits « légers » permettant un suivi psychiatrique en extérieur la journée.

Le développement de mesures alternatives à l’incarcération est donc indispensable. À commencer par la création de places spéciales dans les hôpitaux, vouées à accueillir les condamnés souffrant de pathologies psychiatriques pendant la durée de leur peine. Un dispositif qui pourrait être ensuite complété par leur transfert dans des centres de semi-liberté, avec injonction thérapeutique, vers la fin de la peine et en fonction des améliorations constatées.

Juger autrement

Enfin, encore revient-il de changer les mentalités des magistrats pour orienter autrement qu’en prison ceux dont on constate, dès le procès, dans le cadre des expertises psychiatriques par exemple, qu’ils souffrent de pathologies particulières, et qu’ils ont à ce titre besoin de soins.

La prison ne doit plus être la facilité des magistrats, qui en général par impératifs politiques, remplissent les prisons au prétexte qu’une place coûte une centaine d’euros, et une chambre d’hôpital cinq fois plus.

  1. Avocat-stagiaire chez
    Farge Associés.
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  • Bonjour,
    Oui mais on a fermé des dizaines de milliers de lits de psychiatrie depuis 40 ans. La nature a horreur du vide, ils se retrouvent en prison ..
    Mais à vrai dire, je ne sais pas lequel est le mieux, la prison ou l’asile psychiatrique ?

  • en fait , notre société ne sait pas quoi faire de tout ces gens malades ; en France , 27% de la population est touché par des troubles psychiatriques plus ou moins grave ; soit on les laisse hors des prisons en les gavant comme des oies d’antidépresseurs et de psychotropes ( je le sais , j’ai un cas dans ma famille ) , soit ils sont en asile ou en prison ; et comme il n’y a pas d’argent pour ouvrir des centres spécialisés pour ces gens là , leur avenir est tout assuré ……

  • Monde de bisounours ou il ne vient même plus à l’idée des belles âmes que les détenus simulent les troubles mentaux pour échapper à la prison. ou d’avoir un traitement préférentiel.

    • @Gérard
      Bonjour,
      « les détenus simulent les troubles mentaux pour échapper à la prison. ou d’avoir un traitement préférentiel. »
      … traitement préférentiel en prétendant s’identifier en tant que femme alors qu’on est un violeur et/ou tueur de femmes, pour être enfermé dans les prisons pour femmes, ce que dans l’ambiance « inclusive » actuelle est tout à fait normal.
      Quand je vois le nombre d’enfants avec des désordres psychologiques de comportement, je me demande ce qu’il va advenir d’eux après leur majorité (que l’Etat pousse de temps en temps à abaisser à 16 ans). L’Ecole dans son ensemble est très tolérante envers ces élèves qu’elle désire de tout son être acueillir. Les profs ne sont pas formés aux soins psychiatriques.
      De plus, la Justice (sociale évidemment) laxiste, a pour but de réinsérer les délinquants et les criminels dans la Société. Les cas psy, non traités en prison, puisque ce n’est pas un lieu médical, seront donc remis en liberté avec un état mental plus dégradé qu’à l’entrée.
      C.P.E.F

  • Vaste sujet ! Je pense que l’absence de discipline depuis 1968, ou plus exactement son application trop tardive, remplit les prisons d’êtres qui ont trop longtemps manqué de garde-fous moraux. À cet égard, le service (réellement) militaire donnait au moins à certains l’idée d’une vie structurée. Aujourd’hui on ne punit plus dans l’éducation nationale, tandis qu’une culture importée laisse tout faire à ses jeunes mâles. Quand après des années d' »incivilités » et de petite délinquance, ils se retrouvent en prison (pourquoi le sursis aurait-il servi à quelque chose ?), et il faut déjà en avoir fait… ils sont tout étonnés, et trouvent que c’est le monde qui n’est pas normal. Quatre heures de colle à 12 ans leur auraient peut-être évité 3 ans de taule à 25…
    Aucun psychiatre ne peut combler à l’âge adulte toutes les lacunes de l’enfance. Et quand bien même cela se pourrait, plus personne ne veut faire ce métier. Quand au système hospitalier, où on attend déjà 2 jours d’être opéré pour une fracture ouverte, il y a peu de chances qu’il en ait un jour les moyens…

    • @orldiabolo
      Bonjour,
      « Quatre heures de colle à 12 ans leur auraient peut-être évité 3 ans de taule à 25… »
      Pour certains élèves les heures de colle ont un effet pédagogique. Certains parents ne le voient pas. Les heures de colle du mercredi après-midi servaient à faire prendre conscience à l’élève qu’il perdait son temps en grattant du papier pendant que ses copains/copines s’amusaient.
      Dans l’établissement où je travaille, les colles du mercredi avaient été supprimées. Elles ont fait leur retour lors de l’année scolaire précédente. Les élèves sont en priorité collés sur leurs heures de permanence (d’étude), ensuite entre 17 et 18 heures, et en dernier recours le mercredi après-midi. Or, le mercredi après-midi n’étant plus affecté aux heures de colle, le budget avait été supprimé. Les profs, les surveillants et les CPE devant surveiller les élèves collés ce jour de semaine, ils ne le faisaient pas gratuitement.
      Cependant, pour certains élèves, de plus en plus d’ailleurs, les heures de colle n’ont aucun effet, parce qu’ils sont dans un autre registe de punition : celui du rapport de force. Ces élèves sont au-delà des limites de sanction qu’offre l’EdNat. Pour avoir évoqué ce type d’élèves et prévenu de la sanction qu’ils cherchent, j’ai eu droit à un « Quand on a qu’un marteau tous les problèmes sont des clous. » de la part d’un responsable d’établissement, qui ne se rend pas compte que quand il a des « clous », lui, n’a pas de marteau. Un élève transféré en début d’année, violent avéré, qui en trois semaine n’avait fait que 10 heures de cours, à son bon vouloir, a tout simplement menacé le dit responsable. Responsable qui n’a eu que de répondre par la menace de la loi.
      L’établisssement se voit une responsabilité étendue en dehors des limites de l’établissement, pour des faits qui relèveraient d’une procédure policière à minima.

  • J’adore ces belles âmes pétries d’humanisme qui, d’un côté, se drapent dans leurs grands principes, parfois très estimables, en criant au scandale que la collectivité n’applique pas ces grands principes au nom de vulgaires et basses questions d’argent, et de l’autre, manifestent pour garder leur petit trésor de surplus de caisse de retraite pour éviter que ce trésor n’aille abonder le gouffre sans fond de cette même collectivité…

  • J’ai failli verser une larme il y a des fous a enfermer l’aspect thérapeutique est secondaire..sans importance reelle sur le devenir de ces individus non frequentables..quand on est fou ,on reste fou .

  • les choses en prison n’ont sans doute pas beaucoup changé depuis le livre de Véronique Vasseur (« médecin chef à la santé »).

    C’est aussi un indicateur de la paupérisation de notre pays.

    par ailleurs, difficile de rattraper ce que des parents n’ont jamais apporté à leurs enfants :
    https://www.lefigaro.fr/vox/societe/maurice-berger-non-la-violence-gratuite-n-est-pas-due-a-la-ghettoisation-20191115

    • @breitz et en conséquence quand l’enfant ignorera qui est son « père » au sens œdipien, bonjour et formez de toutes urgence des contingents entiers de psychiatres pour les générations qui viennent.

  • Peut-être bien, mais d’un autre côté on a des tonnes de multirécidivistes en liberté, du fait du manque de places en prison – j’ai même cru comprendre que les peines de moins de deux ans ferme sont systématiquement « commuées » en liberté surveillée, et que des magistrats font systématiquement preuve de mansuétude dans leurs jugements pour éviter d’encombrer des prisons effectivement surpeuplées – ,
    multirécidivistes dont un certain nombre voire beaucoup pourrissent la vie des gens quand ils ne les assassinent pas (cf le djihadiste abattu hier à Londres après avoir tué deux passants), tant leur sentiment d’impunité est grand…

    Je suis par ailleurs d’accord avec l’intervenant citant le manque de garde-fous moraux, en gros depuis Mai-68, et une ce qu’il faut bien appeler une démission chez beaucoup de parents (la fessée interdite, quelle avancée !), et une permissivité qui ne pouvait conduire, à la fois à un ensauvagement des jeunes générations, et à des problèmes « psy » (-chologiques, pas forcément -chiatriques), car l’un va avec l’autre.
    La réponse n’est certainement pas seulement de psychiatriser massivement, loin de là.

    Par ailleurs, les droits des détenus c’est bien (Hugo serait ravi), mais les droits des victimes, c’est mieux.

    • je pense que le début des désordres familiaux a débuté après les années 50 et l’arrivé du féminisme en métropole, où à chaque naissance les mères s’estimaient devenue Nobélisable avec pour première conséquence l’enfant roi l’enfant objet.

      • Ah, c’est la faute des mères !! Ça faisait longtemps que je ne l’avais plus entendue, celle là !…

      • J’y vois la main des socialistes pour ma part et ça n’a pas de genre. La déconstruction de la famille, de l’école, de la discipline, de la responsabilité, la mise à mort de l’entrepreneuriat, du mérite, de la propriété c’est 100% de socialisme.
        Le féminisme des années 50 voulait l’égalité des droits et c’était juste et libéral. Le 2.0 est juste un coup d’état misandre et totalitaire.

  • Je me permets un avis quant au placlement en prison des déséquilibrés.
    Lorsqu’un accusé est « responsable de ses actes », il passe devant un jury et un juge. Le juge y aura toute la lattitude pour faire montre de grandeur en allégeant la peine du pauvre condamné prévue par le livre rouge dépassant le kilogramme.
    Or, si l’accusé est « non-responsable de ses actes », il sera alors soumis à l’expertise d’un psychiatre qui tentera de le garder au frais sous la main, dans son établissement de préférence, le plus longtemps possible. Dans ce cas , ni un juge ni un jury ne peuvent juger un accusé. La magistrature et la politique n’y ont pas la main aussi étendue.

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