Grève du 5 décembre : la démagogie politique renforcera le rôle de l’État

Biarritz SNCF By: Andy Wright - CC BY 2.0

La grève du 5 décembre ressemble à celles du passé. L’addition de revendications catégorielles permet de rassembler largement, chacun ne pensant qu’à ses propres intérêts et considérant que la collectivité doit les reconnaître comme légitimes.

Par Patrick Aulnas.

La grève du 5 décembre 2019 est une grève politique, comme tous les mouvements qui cherchent à rassembler largement. Le droit de grève permet en principe d’appuyer des revendications professionnelles en instaurant un rapport de force avec l’employeur. La notion de revendications professionnelles peut évidemment être interprétée plus ou moins extensivement. La jurisprudence en fixe les limites. Mais les organisations syndicales ont une propension à étendre le champ du professionnel dans le but de contester des décisions politiques. C’est le cas le 5 décembre prochain.

Principal motif : la future réforme des retraites

Le principal motif de la grève est la réforme des retraites, que souhaite proposer bientôt le gouvernement.

Il n’est pas question de se prononcer ici sur la pertinence ou non d’une réforme visant à uniformiser complètement à l’échelle du pays les multiples systèmes actuels. Mais toute personne de bonne foi, ayant conscience de la dimension macro-économique et démographique du problème, ne pourra que reconnaître la nécessité de réformer en totalité ou partiellement.

Les politiciens des générations antérieures avaient retenu une vision extrêmement optimiste de l’avenir économique et démographique, qui leur permettait de promettre des retraites élevées. Ils ont gravement failli à leur mission de défense de l’intérêt général par lâcheté politique ou, ce qui revient au même, par courtermisme électoraliste.

Nous sommes désormais au pied d’une paroi très difficile à escalader.

Ne pas dire la vérité

Tous ceux qui ont contesté les réformes antérieures, à caractère paramétrique, l’ont fait avec l’hypocrisie habituelle qui règne dans le milieu politique et syndical. Il ne faut jamais dire la vérité et rester si possible dans l’ambiguïté.

Il s’agissait pour les contestataires de défendre des intérêts catégoriels, voire des privilèges présentés comme des acquis, en feignant d’être les hérauts de la justice sociale. Par exemple, comment pouvait-on défendre le régime de retraite des conducteurs de train, adopté à l’époque des locomotives à vapeur ? Seule la capacité de nuisance de cette petite catégorie de salariés lui a permis de conserver ses privilèges, d’ailleurs payés largement par les contribuables.

Une  grève démagogique

On pourrait multiplier les exemples. La grève du 5 décembre ressemble à celles du passé. Elle est démagogique. L’addition de revendications catégorielles permet de rassembler largement, chacun ne pensant qu’à ses propres intérêts et considérant que la collectivité tout entière doit les reconnaître comme légitimes.

Autrement dit, « mes avantages particuliers doivent être financés par les autres, c’est-à-dire par l’État au sens large ». On pourrait écrire un dialogue de théâtre en parodiant Molière.

« Qui a creusé les déséquilibres financiers ?
– L’État.
– Et qui doit traiter les problèmes démographiques à moyen terme ?
– L’État, vous dis-je.
– Mais vous, de quoi êtes-vous responsable ?
– Mais de rien, je ne gouverne pas, je revendique.
– Qui est responsable alors ?
– Mais l’État, je ne cesse de vous le répéter. »

Quoi de plus politique ?

L’époque des tergiversations

Historiquement, les Français ont toujours eu l’art du blocage, suivi de révolutions ou de révoltes populaires. L’immobilisme jusqu’à l’explosion. Ce tempérament très politique leur permet de promouvoir systématiquement le rôle de l’État.

Le processus est bien connu.

Dans un premier temps, la demande porte sur le maintien des avantages ou l’octroi par l’État de nouveaux avantages financés sur fonds publics. Les politiciens cèdent par démagogie. Il faut bien se faire élire !

Dans un second temps, les déficits s’accumulent et le financement n’est plus assuré. Les politiciens tergiversent. Ils ont peur de réformer.

Dans un troisième temps, la cocotte-minute explose. Enfin, un homme fort émerge et l’autoritarisme règne. L’État en sort renforcé.

L’avenir n’est pas écrit. Mais nous sommes au moment des tergiversations.

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