Privatisation de la Française des jeux : rien ne va plus !

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Privatisation de la Française des jeux : rien ne va plus !

Publié le 20 novembre 2019
- A +

Par Laurent Pahpy.
Un article de l’Iref-Europe

D’ordinaire, privatisation rime avec réduction du périmètre de l’État et gains de productivité. Une excellente nouvelle en ces temps d’omnipotence administrative et de dépenses publiques record.

Ne faudrait-il donc pas se réjouir que le gouvernement se sépare des capitaux qu’il détient au sein de la Française des jeux (FDJ) ? Tout le monde s’accordera pour dire que ce n’est probablement pas le rôle de fonctionnaires que de s’occuper de loteries, de jeux de grattage et autres paris sportifs.

L’IREF l’avait déjà annoncé il y a un an, cette privatisation souffre de nombreux défauts qui risquent de lui faire perdre tout son intérêt.

1. La privatisation d’une rente monopolistique

Pourquoi privatiser ? Responsabiliser les actionnaires, inciter à la compétitivité grâce à la menace de la concurrence, favoriser l’innovation et la qualité du service pour rester dans la course, les avantages de l’économie de marché sont nombreux pour les consommateurs. Aucun Français ne souhaite d’ailleurs revenir aux monopoles de France Telecom ou d’Air Inter.

Une bonne privatisation implique une ouverture à la concurrence. Or la FDJ détient un monopole sur la loterie et les jeux de grattage ainsi que sur les paris sportifs en distribution physique. Un privilège qui n’est pas près de disparaître. Bien au contraire, l’entreprise devra le payer 380 millions d’euros à l’État. La loi Pacte vient de le garantir pour un quart de siècle, jusqu’en 2044. Pour le faire respecter, il existe même une police spéciale, le service central des courses et jeux.

Le maintien de barrières réglementaires contre les nouveaux entrants risque d’entretenir une rente légale pour tous ceux qui tirent profit des activités de la FDJ, au détriment des consommateurs de jeux d’argent.

2. Une privatisation partielle pour un État qui reste aux commandes

Le gouvernement veut diminuer sa participation de 72 % à environ 20 % dans la FDJ. Il s’agit donc d’une privatisation très partielle puisque l’État restera le premier actionnaire.

20 % des actions, mais près de 30 % des droits de vote, de quoi peser dans les assemblées générales. Bercy, le ministère de tutelle, restera aux manettes grâce à un cahier des charges contraignant, imposé par l’État à la FDJ. Il agréera toujours les dirigeants de l’entreprise et contrôlera les prises de participations éventuelles de plus de 10 %. Une nouvelle autorité nationale des jeux sera créée à cette occasion. Celle-ci contrôlera que le taux de retour aux joueurs ne dépasse pas les 75 % pour les jeux de loterie.

La dernière controverse en date avec la nomination de Raphaële Rabatel, épouse du chef de file des députés LREM Gilles Le Gendre, comme directrice de la communication de la FDJ, juste après le vote pour la privatisation en avril dernier, illustre le risque de corruption et de capitalisme de connivence.

La FDJ est aussi un instrument électoraliste puissant. Le financement des activités sportives pèse près de 90 millions d’euros chaque année grâce à un prélèvement sur les mises et jeux à destination de l’agence nationale du sport. La FDJ revendique avoir investi 5 milliards d’euros dans les infrastructures sportives depuis 40 ans et a soutenu la candidature de la ville de Paris pour les Jeux olympiques de 2024.

La FDJ finance aussi, pour près de 785 millions d’euros chaque année le réseau très dense des 30 000 détaillants de ses billets. Avec le puissant lobby des buralistes et la désertification des campagnes, le maillage territorial de la FDJ, source d’activité et de vie rurale dans les villages de France, pourra être difficilement remis en question dans la stratégie de l’entreprise.

Avec un État qui reste aux commandes, la privatisation perd de son avantage. La FDJ continuera de subir les pressions électoralistes du gouvernement, des connivences politiques et des groupes d’intérêt plutôt que de se concentrer sur sa compétitivité et sa rentabilité.

3. La FDJ, vache à lait de l’État depuis cinq siècles

Anciennement loterie nationale, le monopole de la FDJ trouve ses origines dans un édit du roi François Ier du 21 mai 1539. Depuis toujours, la loterie et les jeux d’argent sont une manne pour l’État qui y voit une excellente forme de taxation particulièrement indolore.

Privatisation ou non, cela ne devrait pas changer. La FDJ reverse 22 % des mises à l’État, soit 3,5 milliards d’euros en 2018. À titre de comparaison, ce montant annuel est bien plus élevé que les 2 milliards d’euros que le gouvernement compte empocher après l’opération de cession de ses parts. Une taxation élevée dont l’incidence affecte le prix des jeux pour les consommateurs et le montant des dividendes pour les actionnaires.

4. L’héritage reconnaissant des privilèges des salariés

L’État n’est pas le seul bénéficiaire de la rente du monopole de la FDJ. Les 2219 salariés ne sont pas en reste. 5 % du capital leur est déjà réservé dans un fonds commun de placement d’entreprise qui leur offre des dividendes, une participation et un intéressement très avantageux (près de 15 000 euros en moyenne par salarié en 2017, d’après Jérôme Caby, professeur à l’IEA Paris). Ils pourront acheter jusqu’à 10 % des actions cédées à des conditions privilégiées : 25 % de décote sur l’offre à prix ouvert, dans la limite de 7000 euros par personne.

5. Une privatisation pour rien

Habituellement, une privatisation sert à réduire le périmètre de l’État et de facto, augmenter la compétitivité de l’économie. Avec le plus haut niveau de dépense publique de l’OCDE, un endettement qui avoisine 100 % du PIB, le taux de taxation le plus élevé du monde, un taux de chômage de 8,4 %, privatiser la FDJ est un bon début pour dégraisser le mammouth administratif.
Or les 2 milliards de cessions des capitaux ne serviront que très partiellement à réduire la dette, et certainement pas à baisser les impôts, car ils seront utilisés pour abonder un « fonds pour l’innovation de rupture ». Ce dernier servira des investissements dans des projets tels que le calcul quantique ou l’intelligence artificielle. Le poids de l’État ne sera donc pas réduit dans cette opération.

Dans les conditions de cette privatisation, le gouvernement pourrait réussir l’exploit du supprimer une bonne partie de l’utilité de l’opération pour les consommateurs, le contribuable et les actionnaires.

L’État privatise en réalité une rente légale dans laquelle il continuera de se servir allègrement tout en en gardant le contrôle. Le fruit de la cession ne sera pas utilisé pour diminuer le fardeau fiscal ou rétablir l’équilibre des comptes des administrations, mais risque plutôt d’être gaspillé dans des projets sans lendemain. Décidément, les dés de cette privatisation semblent bel et bien pipés.

L’achat d’actions est ouvert à l’épargne populaire. À vous de voir cher lecteur si vous êtes suffisamment joueur pour y miser quelques jetons.

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  • claude henry de chasne
    20 novembre 2019 at 6 h 27 min

     » Un privilège qui n’est pas près de disparaître. »
    sauf si l’europe impose une concurrence a l’échelle europeenne (c’est deja dans les tuyaux) et hop voila la raison de la « privatisation » a la française…
    Achetez des actions!…et rappelez vous la chute des actions france Telecom , quand les fonds n’ont plus étés obligés d’en inclure dans leurs paniers..
    un conseil? jouez « gardtonpez » dans la deuxième et achetez de l’or métal

    • Il faut mieux acheter des bijoux c’est exonere de taxes a la vente et ca fait plaisir a madame ….

      • claude henry de chasne
        20 novembre 2019 at 8 h 33 min

        oui mais a l’achat les bijoux incluent la plus value travail (50% de la valeur au moins) et a la revente on ne va considérer que la valeur métal et pierres
        donc c’est perdant

        • Je me souviens qu’au cours d’un voyage en turquie les bijoux etaient vendus au poids quelque soit la dextérité de l’artiste..et puis un ouvrier turc ,ca vaut pas grand chose..financierement biensur ,tres sympas sinon.

          • claude henry de chasne
            20 novembre 2019 at 8 h 48 min

            oui , les bijoux en Turquie ne coûtent pas très cher, puisque la valeur travail est négligeable.. ceci dit attention a la composition métal , et a la qualité des pierres…

  • L’auteur aurait pu rappeler les magnifiques opérations de ceux qui ont souscris aux privatisations de Orange, TF1, Air-FranceEDF affiche une performance totale annualisée (depuis le 18 novembre 2005) de -3,8 % contre 5,3 % pour le CAC. TF1 (depuis le 2 octobre 1989) fait mieux avec 5,1 %, mais toujours moins que le CAC sur la même période (6,5 %).

    Avec une performance totale négative (toujours annualisée) de 20,3 % depuis le 2 novembre 1999, Technicolor est sans surprise l’un des pires bouillons de l’histoire des privatisations. Suivi par Air France-KLM : -4,3 % par an depuis le 9 février 1995 (+7,8 % pour le CAC 40). Orange, enfin, depuis le 20 octobre 1997, ne rapporte en moyenne que 2 % par an (toujours en incluant les dividendes) contre 6,1 % pour le CAC.

    • @le Suisse vous oubliez Vallourec dont le PDG est un copain de promo de flamby.

      • Deux choses :
        1. Vallourec n’avait pas, à ma connaissance, l’état à son capital, et c’est tout seuls que les actionnaires ont choisi un président qui n’a pas fait performer l’entreprise. Si on n’avait pas été en France, la formation sciences-po ENA n’aurait sans doute pas eu autant leurs faveurs, mais ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes.
        2. Ca n’est pas parce qu’on a fait la même école vers le même moment qu’on est copains de promo. En l’occurrence, j’ai cru comprendre que les deux personnes se connaissaient par la femme de l’un qui était devenue la secrétaire de l’autre… Les amitiés et les rivalités sont fatales quand les plus brillants d’une génération se retrouvent dans les mêmes amphithéâtres estudiantins : là encore, ça n’est que la coutume étatique qui transforme ça en connivences malsaines.
        Une bonne privatisation libérerait totalement l’entreprise de l’Etat. Un bon Etat n’aurait pas besoin de privatiser parce qu’il n’aurait jamais contrôlé ces boites. Une bonne boite choisirait ses dirigeants avec des formations des grandes écoles d’ingénieurs et de commerçants, et non de « sciences » politiques et d’administration.

  • Le cours des deux principales privatisées :
    EDF : 32 € lors de l’émission en novembre 2005, 9 € en ce début novembre
    France Telecom (devenue Orange) : 27 € en octobre 1997, 4 € début novembre 2019
    Les salariés de FDJ feraient bien de se méfier …

    • Il ne faut pas oublier les dividendes versés. Dans le cas de FT, plus de 23 euros de dividendes ont été versés depuis 97. Pour faire une comparaison historique, l’addition du cours et des dividendes versés, soit 27 euros, peu ou prou le cours d’introduction (30 euros moins l’action gratuite), montre une performance globalement nulle. Pas si mal pour un ancien monopole public hyper-endetté soumis à concurrence. Pour un particulier, il fallait participer à l’introduction, attendre l’action gratuite et revendre le tout sans hésitation, alors que le titre progressait jusqu’à 7 fois au-dessus de sa valeur d’introduction dans l’euphorie de l’année 2000, avant de chuter lourdement.

      Il s’agit d’une leçon historique que les nouveaux actionnaires de la FDJ feraient bien de méditer. A l’introduction en 1997, FT était valorisée un peu plus d’un an de CA (24% du capital privatisé rapportant 6,5 milliards pour un CA de 23 milliards en 96). Par la suite, le CA passera à 43 milliards en 2001, justifiant partiellement la hausse du titre. Dans le cas de la FDJ, la valorisation du monopole est comparativement beaucoup plus élevée à l’introduction, en ligne avec les valorisations actuelles des marchés. Les déçus risquent d’être nombreux quand tout ceci va corriger. Si elle était introduite dans les même conditions que FT, la valeur de l’action FDJ proposée au public ne dépasserait pas 8 euros.

      Les nouveaux actionnaires devront également garder à l’esprit, d’une part que le bénéfice futur de l’entreprise dépendra essentiellement de décisions arbitraires de la puissance publique et non d’une quelconque performance économique, d’autre part qu’il n’y aura pas de deuxième vague de privatisation comme ce fut le cas avec FT. L’Etat n’aura donc pas de raison de maintenir un bénéfice élevé pour séduire une deuxième vague d’actionnaires. Enfin, le potentiel de croissance de l’activité semble faible. Rien à voir avec la dynamique exceptionnelle des télécoms dans les années 90. Bref, il n’y a rien de vraiment enthousiasmant dans cette privatisation.

      • En fait de 8 euros, l’action FDJ a été introduite à un cours surréaliste de 19,90€, 19,50€ en tenant compte du rabais (sic) pour les particuliers. En deux jours de cotation, le titre a fait un bond à 23€ sous l’effet des achats compulsifs des institutionnels mal servis. Ainsi, le particulier avisé a pu vendre le titre avec une marge confortable de 3,5€ (18%) avant même d’avoir été débité de son achat… Mieux que le loto.

        A suivre.

  • Désolé , une erreur de frappe. Le cours d’Orange est de 14 €, non de 4 €.

  • Quand tous les médias s’y mettent pour flécher l’épargne, il y a lieu d’y regarder à deux fois.
    On notera que la propagande pour investir dans la FDJ contraste singulièrement avec le silence sur le référendum concernant ADP…

    • Bah , adp est une affaire en or contrairement a l’autre donc reservé aux institutionnels comme’pour les autoroutes et en plus deja sur le marche..debile cette petition !

  • Bon , avec 5 ou 6 actions les pertes futures lorsque tout le monde revendra seront negligeables..pour qu’elles se valorisent il faudrait que la societe s’internationalise..ce qu’elle ne fera pas et meme pas la chance d’une opa avec les 20% de l’etat..et si en plus ils font une nouvelle emission pour investir….

  • Et que dire de la pub de cette privatisation qui fait appel à la mémoire de 14/18 avec les gueules cassées afin de mieux attirer les gogos,aucun de nos politiques depuis plus de 40 ans n’a la moindre once du courage qu’ont eu les combattants de cette guerre !

  • Cette entreprise est un monopole,
    dont la profitabilité dépend entièrement de l’Etat,
    On a en a vu les conséquences avec EDF
    Les dés sont donc pipés ce qui est embêtant quand il s’agit de jeux

  • je ne sais trop pourquoi le couple le gendre m’en rappel un autre celui du bon docteur Kouchner nommer pendant deux ou trois ans ambassadeur de la Croatie en Croatie et obligation de ne pas revenir sans ordre, si je ne m’abuse et de la reine christine, qui elle admirait les plafond au palais avec qui vous savez!!!. Ceci étant, je me marre déjà en pensant à la tête que feront tous ceux qui se seront précipité pour acheter des actions de la FDJ dont le cours est au plus haut …. Il en ira exactement comme avec le tunnel sous la manche ainsi qu’avec les emprunts russe ou Natixis. En une semaine x 200% et soudain pineutse plus rien.

  • Pour moi l’action vaut 0€. Je m’explique:
    L’état vend des parts, donc en théorie une partie du bénéfice. Sauf qu’il peut taxer à loisir ce bénéfice, et il maintient l’entreprise totalement sous sa coupe.
    Donc il est totalement possible que le revenu tiré par l’état de la française des jeux soit exactement le même qu’avant la privatisation (et car sinon, que ferait on du manque à gagner?).
    Sachant que le vendeur ne s’aliène pas une partie des bénéfices et donc de valeur, ce qu’il vend ne vaut rien.

    • Ceci est tout à fait exact, cette entreprise reste totalement sous l’emprise de l’état, elle ne devrait pas en toute logique rentrer en bourse. L’état , se faisant, montre réellement comment il considère les investisseurs en bourse : comme des contribuables. Ni plus ni moins.

  • Les commentaires sont fermés.

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