Quotas d’immigration : l’État est-il le mieux placé pour décider ?

Photo by Luis Quintero on Unsplash — Luis Quintero,

L’État qui ne sait pas comment créer de la croissance, se propose de gérer des quotas d’immigrants.

Par Olivier Maurice.

À peine sorti péniblement du marigot du voile, le gouvernement n’a pas trouvé mieux que d’aller s’embourber dans les sables mouvants des quotas d’immigration. Décidément, la course effrénée à l’électeur Michu (celui que la gauche place à droite car réactionnaire, que la droite place à gauche car populaire et qui lui-même se définit comme ni de droite, ni de gauche) bat son plein en préparation des prochaines échéances électorales.

Ah, cet électeur tellement recherché qui dénigre en permanence la politique (parce que les politiciens ne font que se mettre en valeur et ne parlent jamais des vrais problèmes) et qui passe son temps sur les réseaux sociaux à expliquer que lui connait la solution à tous les vrais problèmes et qu’il ne cherche absolument pas à se mettre en valeur…

Tout le monde lorgne sur cette illustre ménagère de moins de 50 ans du Paysage Électoral Français. En l’occurrence, ce serait d’ailleurs plutôt un homme, ouvrier au chômage, vivant dans une commune rurale et âgé de 40 ans qui représenterait selon les instituts de sondage « l’archétype du noyau dur de l’électorat du Rassemblement National », cette France silencieuse et oubliée dont personne à Paris ou ailleurs n’est supposé rien comprendre et qui ne sort de sa boîte que quelques mois avant chaque élection. Le Nessie de la vie politique. Tout le monde le connait, mais personne ne l’a jamais vu.

Tout le monde, enfin pas vraiment. Pour avoir oublié que ces électeurs invisibles existent vraiment, la gauche s’est retrouvée totalement ratiboisée, tout comme la droite, pour leur avoir fait la cour avec l’extrême délicatesse de Jean-Pierre dans une désormais célèbre version pré-numérique de Tinder.

Démagogie et électoralisme

Il y a un an, le gouvernement a réalisé brutalement que la cocotte-minute pouvait vite se transformer en catastrophe quand il y avait un petit défaut d’étanchéité dans le dispositif. Il a donc décidé de changer son fusil d’épaule et s’est replié de toute urgence vers la nouvelle cuisine : électeur poêlé à l’unilatéral, mayonnaise politicienne revisitée et promesses du jardin.

Les quotas sont l’Eldorado des immigratiophobes, le Graal des cocardiers persuadés que la France est le plus beau pays du monde et qu’il faut absolument ériger des murailles tout autour pour empêcher que des hordes d’horribles envahisseurs viennent nous voler notre chômage chronique, notre croissance inexistante, notre fiscalité confiscatoire, notre système éducatif et social défaillant, notre déficit budgétaire, nos lourdeurs administratives, nos politiques irresponsables et infantilisantes… des fois que cette invasion pourrait nous faire perdre notre place de leader mondial de la consommation de psychotropes et d’antidépresseurs.

Comme toujours, l’État s’est tourné vers la seule solution qu’il connaisse quand un problème réel ou imaginaire surgit : lui-même. Il est défaillant dans la mise en place d’une politique économique qui permette aux entrepreneurs et autres travailleurs de créer de la richesse et de l’emploi ? Vite, il nous faut davantage d’État pour répondre aux problèmes de manque de liberté dans le domaine économique en supprimant les libertés dans le domaine migratoire.

Dirigisme et tropisme

Il est clair que l’État connait parfaitement les besoins de l’économie française, étant donné la façon dont il la régule, la subventionne et la taxe depuis des années. C’est une véritable science de saigner la bête jusqu’à la dernière goutte sans la faire mourir !

L’État français a acquis au fil du temps une expérience précieuse dans l’art de gérer la pénurie, avec certes quelques ratés de temps en temps. Il arrive que la bête couine un peu quand on lui serre le collier un peu trop fort.

Comme lorsque les quotas de médecins aboutissent à des files d’attente de plusieurs mois et des services d’urgences ressemblant à s’y méprendre à des camps de réfugiés, ou lorsque les tentatives de rationnement de l’essence se traduisent non pas par l’explosion du marché des gazogènes électrifiés, mais par plusieurs mois de pétaudière sur les Champs-Élysées, ou encore quand certains petits malins se rendent compte que l’on peut tout à fait conduire des passagers en voiture d’un point à un autre sans s’endetter à vie pour acheter une licence de taxi.

Mais bon, globalement nous n’avons pas à nous plaindre, il y a bien plus malheureux que nous. Et ils sont si nombreux…

C’est d’ailleurs là tout le paradoxe de cette mesure qui ne servira absolument à rien. La France subit depuis des années un manque cruel d’attractivité pour les étrangers voulant émigrer, les migrants économiques, les personnes qualifiées désirant s’installer, prendre la nationalité, faire leur vie et faire fortune si possible.

Même les migrants fuyant en masse la Syrie en guerre en 2015 ne voulaient pas s’installer chez nous. Ils préféraient s’entasser par milliers dans des baraques en carton noyées sous la pluie calaisienne en attendant de traverser le tunnel sur l’essieu d’un camion au risque de se faire broyer plutôt que se retrouver dans le paradis du meilleur système social que le monde entier nous envie.

Intégration et immigration

En plus de répondre à un problème par un autre, l’État cible le mauvais problème. La France n’a jamais été un pays d’immigration. Même si il y a eu un pic d’immigration majoritairement européenne entre les deux guerres, la France n’est ni les États-Unis, ni l’Australie, pays qui certes pratiquent des quotas mais qui se sont construits par l’immigration.

Par contre, le pays a toujours été un pays d’intégration, laquelle se fait de plus en plus difficilement depuis les années 1960 et la décolonisation, car il s’agit d’intégrer majoritairement des populations en provenance d’anciennes colonies, ce qui pose encore davantage de problèmes.

Le taux de naturalisation chez les immigrés d’origine européenne, asiatique ou américaine est de moins de 20 %. Il est par contre bien plus élevé, soit plus de 60 %, pour la population originaire d’Afrique qui représente 43 % de l’immigration légale et dont les visas sont largement attribués pour des raisons autres qu’économiques : familiales, humanitaires, scolaires et universitaires…

Les problèmes mal nommés trouvent moins de solutions.

Un flou qui arrange tout le monde

Le débat sur l’immigration est devenu au fil du temps un cloaque nauséabond carce s’y cachent jalousies, ressentiments et bêtises que permet l’usage de mots couverts et où se cachent pêle-mêle complexe de supériorité, nostalgie du temps béni de l’oisiveté et du luxe permis par l’exploitation des populations et des ressources, peur de la vengeance d’un côté et miroir négatif de ces ressentiments de l’autre.

De nombreux pays ont eu à gérer cette difficile intégration post-coloniale. Il demeure de nombreuses braises dans tous ces lieux sous domination de l’Europe impériale de la fin du XIXe siècle, en particulier le Moyen Orient et l’Afrique septentrionale, mettant la France en première ligne de par son passé avec ces populations.

Mais quels sont les vrais chiffres de cette immigration ? Que connait-on de ces populations, exceptés les pays d’origine et les raisons d’attribution des visas ? Rien. Pas plus que l’État ne connait les besoins réels de l’économie, à l’inverse de ce qu’il ne cesse de prétendre, mais comme le prouvent clairement les résultats désastreux de ces incessantes interventions.

Voici maintenant bientôt un siècle que la décolonisation a commencé, un demi-siècle qu’elle s’est achevée. Un demi-siècle que le radeau s’enlise dans le bayou des ressentiments, des peurs et des instrumentalisations politiciennes en tout genre. Un demi-siècle que faute de vrais chiffres, de vrais mots, d’une vraie connaissance de la réalité, en l’absence d’un vrai débat factuel, le pays tout entier regarde le doigt parce que cela lui permet de dire tout et n’importe quoi sur la Lune et de se complaire dans un combat rhétorique entre le Camp du Bien et celui du Mal qui arrange beaucoup de monde.

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