Lille : François Hollande censuré par l’extrême gauche

La liberté d’expression n’a pas seulement mauvaise presse auprès de nos dirigeants. Elle est aussi la cible des groupuscules radicaux, identitaires ou gauchistes qui ne supportent pas le pluralisme démocratique.

Par Frédéric Mas.

François Hollande devait s’exprimer mardi 12 novembre à l’université de Lille 2 sur la crise de la démocratie. La conférence n’a cependant pas pu commencer. En cause, l’irruption d’une cinquantaine de militants d’ultra-gauche qui a dégradé la salle et détruit les exemplaires du dernier livre que l’ancien président de la République venait présenter.

Si l’objectif des manifestants était d’illustrer le propos de l’intervenant, c’est une réussite totale. Comment la foule déchaînée en est-elle venue à considérer le placide et très social-démocrate François Hollande comme un héraut de l’ultralibéralisme du capitalisme le plus débridé1, une sorte de monstre à qui il fallait à tout prix interdire la parole ?

La liberté d’expression ciblée par les groupuscules radicaux

La liberté d’expression n’a pas seulement mauvaise presse auprès de nos dirigeants, qui depuis des décennies ne font que revenir sur cette liberté fondamentale au nom de la guerre contre le terrorisme et du tout sécuritaire. Elle est aussi la cible des groupuscules radicaux, identitaires ou gauchistes qui ne supportent pas le pluralisme démocratique et cherchent à caporaliser les universités, parfois avec la lâche complicité du personnel universitaire.

Ici, il semblerait que les censeurs soient des syndicalistes, visiblement assez peu versés dans le dialogue, qu’il soit social ou non. Parce qu’ils sont défaits dans les urnes et incapables de justifier leurs privilèges sociaux, bon nombre d’entre eux en sont réduits aux techniques fascisantes du blocage, de l’émeute et de l’intimidation.

Au nom de l’émotion suscitée par le suicide par immolation d’un étudiant à Lyon en face d’un CROUS (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires), les manifestants légitiment la violence et la pression pour interdire tout débat au sein même de l’université, lieu par excellence du savoir et des échanges.

Dictature des émotions

Cette dictature des émotions, qui prend le pas sur le règne de la raison, est un signe de l’époque. Comme le rappelait Jonathan Haidt et Greg Lukianoff dans The Coddling of American Mind, c’est même un trait propre à la dégradation du débat public contemporain. Les émotions ont toujours raison sur les émotions – ou les passions – quel que soit le contenu cognitif du message opposé. La dictature émotionnelle est au cœur de la polarisation des clivages idéologiques et de l’étiolement de la discussion rationnelle.

La démonstration bruyante des manifestants n’est pas seulement le signe du déclin de la liberté d’expression et de la raison dans notre pays : elle a aussi pénalisé très concrètement un entrepreneur méritant, la librairie universitaire Meura, bien connue des Lillois. Comme toujours dans les happenings gauchistes, ceux qui trinquent ne sont pas forcément les plus médiatisés.

En effet, dans leur rage totalitaire, les manifestants ont détruit les exemplaires du livre que François Hollande devait dédicacer. Ces exemplaires étaient vendus par une librairie indépendante qui ne méritait certainement pas l’autodafé. J’ai moi-même été étudiant en droit à Lille 2 et fréquenté la Librairie Meura, que ce soit pour acheter mes manuels ou pour le plaisir.

S’il y a bien une entreprise qui ne méritait pas ce genre de dégradation, c’est bien l’équipe de la librairie Meura. On espère que les syndicats impliqués dans cette opération de destruction honteuse auront la décence de rembourser ce qui s’apparente à un acte de barbarie. S’en prendre aux livres rappelle malheureusement des temps moins glorieux.

 

  1. En France, le libéralisme est nécessairement ultra, et le capitalisme nécessairement débridé.
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