Réforme des retraites : vers 43 régimes ?

edouard philippe by Jacques Paquier (CC BY 2.0) — Jacques Paquier, CC-BY

Alors que tout n’a pas encore été dévoilé, que les hostilités n’ont pas vraiment commencé, le gouvernement commence à reculer. La réforme entre impuissance et échec ?

Par Gérard Maudrux.

Alors que tout n’a pas encore été dévoilé, que les hostilités n’ont pas vraiment commencé, le gouvernement commence à reculer. Soit la France est impossible à réformer, ce que je pense et qui n’augure rien de bon, soit la réforme est mauvaise, ce que je pense encore plus, car une réforme était possible.

Vers 43 régimes ?

Que nous propose-t-on aujourd’hui ? D’étaler encore plus dans le temps, voire carrément de faire cohabiter deux systèmes : l’actuel avec ses 42 régimes, et le régime universel, soit pendant plus d’une génération… 43 régimes !

Le résultat pratique de ce qu’on nous propose aujourd’hui est très simple à deviner, et ne présente que des inconvénients avec un échec total et l’augmentation des inégalités que l’on prétend vouloir gommer aujourd’hui.

Tout d’abord si on ne touche pas à l’acquis, l’extinction des droits d’un régime, c’est 65 à 70 ans. Pourquoi ? Celui qui a 20 ans, a commencé son activité il y a 2 ans, va encore travailler 43 ans, sans doute plus, et bénéficier pendant 22-23 ans de sa retraite ancien régime. Total 65 à 70 ans (davantage pour les centenaires !).

L’ancien et le nouveau persisteront indéfiniment, car si aujourd’hui le gouvernement recule pour intégrer certaines catégories, que feront les gouvernements de demain face aux mêmes menaces ? La même chose, et ils remettront à plus tard. Les 42 régimes actuels cohabiteront indéfiniment avec un nouveau régime qui va passer du statut d’universel à celui de 43ème régime.

Une réforme obsolète avant qu’elle soit née

Si ce nouveau régime prend plus d’une génération pour se mettre en place, il est déjà totalement obsolète. En effet les auteurs de la réforme n’ont pas été capables à ce jour de fournir des projections afin de savoir quelles seront retraites et cotisation dans peu de temps, avec 1,7 cotisant pour un retraité. Or maintenant il faut raisonner avec 1,3 cotisant par retraité (baisse de 23 % de ceux qui financent le régime), avec une tendance inéluctable vers le un pour un.

Avant de mettre les citoyens dans un système qui sera leur source de revenu pendant le tiers de leur vie d’adulte, il faudrait peut-être leur en dire plus. Alors que le monde entier fait évoluer les systèmes en répartition vers des systèmes mixtes, la France enfonce ses citoyens dans un système dont les politiques savent très bien qu’il n’est pas tenable, encore moins demain qu’aujourd’hui.

Une réforme profondément inégalitaire

Les jeunes qui vont commencer leur vie active demain vont entrer dans le nouveau régime. Ils vont cohabiter pendant des décennies avec des collègues qui pourront partir à 55 ans, alors que pour eux ce sera 70, et avec beaucoup moins financièrement.

Vous pensez qu’ils vont l’accepter longtemps ? On voudrait planter les germes d’une guerre civile entre actifs qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Les Français sont déjà assez jaloux les uns des autres pour ne pas remettre des braises dans le feu, attitude irresponsable.

Un échec prévisible mais pas inéluctable

Une fois de plus, comme toujours, nos dirigeants vont arriver à un résultat inverse de ce qui est souhaitable. Pourquoi ? Parce qu’ils n’écoutent qu’eux-mêmes. Depuis le début on leur dit 1P et non 3P1, depuis le début ils n’écoutent pas. Résultat ils vont arriver à un exploit sans précédent : robes noires, blouses blanches, commerçants, artisans, agriculteurs, actifs, retraités, côte à côte avec la CGT dans la rue.

C’est pour cela qu’ils commencent à reculer, mais leurs propositions montrent qu’ils n’ont pas encore compris l’erreur de stratégie, car sur le fond, le diagnostic et l’exposé des motifs de cette réforme sont bons.

Il fallait procéder par étapes, ne pas mettre la charrue avant les bœufs. Un régime de base universel, à 1P, personne n’aurait rien trouvé à redire. Et jusqu’à 3P, créer des caisses complémentaires pour ceux qui n’en ont pas (régimes spéciaux et fonctionnaires), avec des règles communes, et gérées par les intéressés, avec leurs propres cotisations.

La réforme proposée n’était pas bonne, le bricolage que l’on nous propose sera pire. Il n’est pas encore trop tard pour rectifier le tir.

  1. P = plafond de Sécurité sociale.
Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.