Halle : l’ex-Allemagne de l’Est face à l’extrême droite

Compte tenu de l’histoire du pays, il est facile de penser que l’extrême droite allemande, et particulièrement sa frange violente a disparu. Pourtant, il n’en est rien.

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Halle : l’ex-Allemagne de l’Est face à l’extrême droite

Publié le 16 octobre 2019
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Par Jonathan Frickert.

« Loup solitaire », tel est le mot utilisé par de nombreux médias occidentaux depuis ce 9 octobre, jour de l’attaque d’un restaurant kebab et d’un cimetière israélite par un négationniste de 27 ans. Une attaque qui survient quatre mois après l’assassinat de Walter Lübcke, homme politique du Land de Hesse assassiné chez lui le 2 juin 2019 et connu pour ses positions pro-migrants.

L’attentat a été commis un peu plus d’un mois après le scrutin régional du Land de Saxe qui a vu l’Alternative für Deutschland faire une nouvelle percée et où se trouve la petite ville de Halle-sur-Saale, théâtre de la tuerie qui fera deux morts et deux blessés. Filmé et diffusé en ligne, à l’instar du terroriste de Christchurch, cet attentat braque les projecteurs sur un terrorisme qui, contrairement aux idées reçues, n’a jamais disparu d’Allemagne et qui nous plonge dans un contexte historique et économique spécifique à l’Allemagne de l’Est.

L’extrême droite allemande n’a jamais disparu

Compte tenu de l’histoire du pays, il est facile de penser que l’extrême droite allemande, et particulièrement sa frange violente a disparu. Pourtant, il n’en est rien.

Les plus anciens se souviendront par exemple de l’attentat de la Oktoberfest du 26 octobre 1980 qui fera 13 morts et 211 blessés, mais les attaques sont loin d’être isolées. Ainsi, Die Zeit et le Tagespiegel ont sorti à la fin de l’année dernière une enquête chiffrant à 169 le nombre d’assassinats commis par ou au nom de l’extrême droite en Allemagne entre 1990 et 2017. Un nombre à rapprocher des 188 morts recensés par la Fondation allemande antifasciste Amadeu Antonio depuis la fin de la Guerre froide.

Au début des années 2000, le Nationalsozialistischer Untergrund (NSU, Parti national-socialiste souterrain) a commis une quinzaine d’attaques de banques et autres crimes racistes dont l’assassinat de neufs immigrés turcs et grecs dans un kebab. Le groupuscule a également provoqué la mort d’une policière et a été accusé d’avoir mené deux attentats à la bombe ; mais il est possible de remonter à la fin des années 1950 quand, moins de quinze ans après la fin de la guerre, le pays connaît une vague d’attaques antisémites.

En soi, la frange violente de l’extrême voire de l’ultra-droite n’a jamais réellement disparu, à l’inverse des urnes, où le NPD comme Die Republikaner dépassaient péniblement les 2 % jusqu’à l’émergence de l’AfD en 2013.

Si cette prégnance de l’extrême droite ne remonte donc pas aux récents changements de politique migratoire de la chancelière Angela Merkel, la volonté d’accueil de réfugiés aura provoqué une forte augmentation du nombre d’actions. Ainsi, mi-août, les chiffres ont parlé. Avec 8605 infractions attribuées à l’extrême droite au premier semestre, les délits et crimes d’individus issus de cette mouvance ont augmenté de plus de 10 % par rapport à la même période en 2018.

Une hausse surtout visible en Allemagne de l’Est, où le mouvement PEGIDA (pour Patriotische Europäer Gegen die Islamisierung Des Abendlandes, comprenez Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident) manifeste chaque lundi soir depuis octobre 2014 contre « l’islamisation de l’Allemagne ». Un mouvement capable de réunir 20 000 personnes au début de son lancement.

Une annexion qui ne passe pas

Le 1er septembre dernier se sont déroulés deux scrutins régionaux majeurs dans deux Länder observés de près par les commentateurs. Un intérêt confirmé, aussi bien dans le Brandebourg qu’en Saxe où l’AfD, dont les cadres sont pourtant largement issus d’Allemagne de l’Ouest, a respectivement fait 23 et 27 %. Des scores obtenus majoritairement au détriment de la gauche radicale et ce à l’aide d’un discours allant jusqu’au révisionnisme pour le chef de Der Flügel, l’aile radicale du parti, surveillée par les services de renseignement.

Entre radicalité et sabordage de l’extrême gauche, ces résultats font suite à de nombreux autres dans l’ex-RDA. Cette situation n’est pas sans poser la question du contexte historique de cette partie du pays.

En effet, depuis la réunification l’ex-Allemagne de l’Est connaît un déclassement. Cette partie du pays est connue pour avoir dans les années 1950 profité de la mort de Staline pour mener des manifestations réclamant une hausse des salaires et des élections libres, au point que le 17 juin soit devenu un jour de fête nationale de l’autre côté du pays. Certains Allemands de l’Est ont vu en 1989 une annexion à la République fédérale capitaliste et victorieuse.

Un sentiment qui n’a fait que se confirmer, comme avec le projet initial d’union monétaire destiné à faciliter la réunification. Le concept était simple : poser une parité parfaite entre les deux monnaies allemandes. Il a été cependant abandonné, créant une surévaluation de la monnaie est-allemande avec pour conséquence directe une vague de chômage ainsi qu’une baisse significative de la production industrielle.

Une situation que les chiffres économiques confirment, comme le soulignait en mai dernier La Croix. À l’amélioration de l’économie s’est ajoutée un exode massif vers l’Ouest. Depuis 1991, les Länder est-allemands ont perdu plus d’1,2 million d’habitants au profit de la partie occidentale du pays. Tout en évitant de noyer le lecteur sous une montagne de chiffres, prenons-en un dernier suffisamment représentatif de la situation : sur les 500 plus grandes entreprises du pays, seules 36 sont localisées en ex-Allemagne de l’Est. Cette détérioration a été rendue possible malgré ce qu’on nommera plus tard Die Wende (le tournant), nom donné à la mutation progressive de la RDA socialiste vers un système politique et social plus proche de celui de son voisin de l’Ouest.

Mais la situation économique catastrophique ne date pas d’il y a 30 ans. Au contraire, elle fait écho à la fuite des cerveaux qu’à connu cette partie de l’Allemagne entre 1949 et 1961, avec trois millions de travailleurs qualifiés émigrant vers l’Allemagne de l’Ouest et ses promesses de libertés et de prospérité que ne pouvait fournir un pays socialiste.

À l’économie fait écho un rapport ambigu de la RDA à l’extrême droite. Dans ce pays où la visite d’un camp de la mort était un rite d’initiation soviétique passé par les écoliers, le résistantialisme ouvrier a totalement écarté les Juifs d’une histoire qui fût pourtant en grande partie la leur : celle de l’Holocauste. Cette valorisation du courage ouvrier a permis également aux élites est-allemandes de poser l’ouvrier antifasciste en opposition au capitaliste, incarné par le cousins de l’Ouest et accusé d’avoir pactisé avec les nazis.

C’est dans ce contexte douloureux que la série d’actes terroristes d’extrême droite et la montée de l’AfD ont pu se faire aussi facilement. Un contexte amplifié par un contexte géopolitique bien particulier posant les yeux du monde entier vers les partis populistes est loin d’être anecdotique lorsque l’on sait que la poussée de la droite populiste allemande date précisément de ces dernières années, où la chancelière allemande a étonné l’Europe par une politique d’accueil généreuse à l’égard des réfugiés venus notamment de Syrie.

Cette ouverture a provoqué une déchirure au sein même du parti démocrate-chrétien, créant un espace dans lequel s’est rapidement engouffré Alternative für Deutschland, mais qui n’a pas empêché le parti d’être débordé par divers groupuscules pour lesquels seule l’action violente est pertinente.

Une opportunité pour l’AfD ?

L’Histoire a montré que la montée de l’extrême droite est souvent le fruit d’un contexte économique, et sécuritaire dégradé. Dans une moindre mesure, il ne paraît pas idiot de se demander si le moment que connaît l’Allemagne ne profitera pas à l’AfD. Dans un ultime espoir de calmer les franges les plus extrêmes et sous la menace de plus en plus importante de voir la GroKo tomber, l’entrée du parti populiste au gouvernement de la première puissance économique européenne pourrait bien davantage être le fruit des circonstances que de ses percées dans les urnes.

Une possibilité qui reste tout de même très peu probable compte tenu du caractère isolé des actes de violence, d’une situation économique qui reste tenable – du moins jusqu’au prochain krach qu’on nous prédit depuis des mois – mais également des enseignements du passé.

« J’aime tellement l’Allemagne que je suis ravi qu’il y en ait deux » disait François Mauriac. Trente ans après la chute du Mur, l’auteur de Thérèse Desqueyroux, où qu’il soit, ne doit pas être déçu.

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  • j’étais en Allemagne a la chute du mur ; a Heidelberg exactement.
    tout le monde a commenté avec enthousiasme la possibilité d’avoir accès a des ingénieurs est allemands a des prix défiant toute concurrence..
    Le probleme c’et que faire travailler un individu élevé dans les regles socialistes c’est une autre paire de manches..
    Au plan de l’autonomie, de l’initiative, c’est zéro..

    Que l’allemagne de l’est ai vu fuir les meilleurs c’est sur.. de là les difficultés économiques et la fuite en avant vers les extrêmes
    C’est un peu comme embaucher un fonctionnaire Français dans le privé…
    La situation française est remarquable de ce point de vue , elle est tuée par le socialisme, l’administration est notre Allemagne de l’est a nous (calmars et compagnie).. A la chute de notre mur on va avoir des surprises
    Bonne chance a tous

    • Merci d’avoir rappelé qu’en France nous avons notre DDR, à savoir le secteur public. Je me souviens d’une discussion avec des collègues allemands (vers 1991, je pense) qui évoquaient la forte augmentation de leurs impôts pour financer la mise à niveau de la DDR et mon patron d’alors avait conclu la discussion en faisant remarquer que cela les faisait redescendre à un niveau plus proche du nôtre, français, qui subissions le poids de notre DDR interne.

    • Silple détail : j’était à Köln en Allemagne le matin du jour où le mur a commencé à se construire : 6 morts pendant cette première journée, Wikipédia en dénombre 6 aussi mais pour toute la période où il a existé, cherchez l’erreur.

  • Dans toutes les sociétés il y a des « feus qui couvent ». Feu de droite, de gauche, de l’écologie, des véganisme, des régionalismes etc…
    Il est irresponsable de verser de l’essence dessus et surtout il ne faut jamais s’étonner des conséquences.
    L’arrivée massive de migrants non désirée par la population (dont moins de 10% travaillent à cette heure) a agit comme un détonateur.
    L’absence de fermeture des vannes avec une « potentialité » de centaines de millions d’arrivées, dans un contexte international qui fait que désormais l’Allemagne et l’Europe paient la Turquie pour « traiter » ce problème en devenant par ce fait des otages…n’augure rien de bon.

    • Les migrants qui travaillent « volent » le travail des nationaux, les migrants qui ne travaillent pas sont des parasites. Quoiqu’ils fassent, ils ne sont pas fort aimés. Et en plus ils sont souvent musulmans (je serais curieux de connaitre les chiffres à ce sujet tiens).
      Un migrant parlant très vaguement français, même s’il était employé de banque ou dispose d’une qualification générale, n’a pas grand atout pour trouver un boulot…

      • Le problème n’est pas au niveau des individus, il est politique.

        • Et votre politique va s’appliquer à qui ? A des entités éthérées du futur ?
          Toute politique s’applique à l’individu, alors je préférerais clairement qu’on s’en prenne aux individus qui tuent et qui pillent plutôt qu’à un tas informe d’individus où chacun de vous met ce qu’il veut. Mais bon je suis minoritaire. je le sais bien. Ça fait bizarre sur un site libéral, sinon j’ai l’habitude évidemment. Je ne suis pas pro immigration mais Je suis radicalement pour les droits de la personne , ce qui me pousse à défendre les individus tant qu’il pas n’ont pas enfreint le Droit naturel. Logique.

          • « Je ne suis pas pro immigration » : moi non plus, du moins pas pour l’immigration telle qu’elle est gérée par nos gouvernants depuis quelques décennies, à savoir massive, et en bonne partie aveugle.
            « mais Je suis radicalement pour les droits de la personne » : moi aussi.
            « ce qui me pousse à défendre les individus tant qu’il pas n’ont pas enfreint le Droit naturel » : moi aussi.
            D’accord avec vous sur ces trois points, du coup j’ai envie de conclure : nous sommes d’accord sur tout !
            Est-ce vraiment le cas ?
            Concrètement : l’immigration est-elle un « droit » ,une liberté fondamentale ?
            À mes yeux : non. Car on touche là au droit de propriété, en ce que les pays sont la propriété des peuples qui y vivent : une somme de propriétés privées, à quoi s’ajoute la « propriété publique » (toutes les infrastructures publiques : routes, bâtiments… mais aussi les droits des personnes inscrits dans la loi, d’une certaine façon).
            Donc un pays a le droit le plus strict de définir sa politique d’immigration, d’accepter untel et de refuser untel en fonction de critères qu’il s’est donnés : qualification, richesse, antécédents judiciaires… et pourquoi pas religion.
            Sachant qu’il est de notoriété publique – les spécialistes le rappellent régulièrement – que si l’immigration a connu tant de ratés depuis quelques décennies, c’est à la fois à cause de son caractère massif (favorisé par des mesures comme le regroupement familial mais aussi le laxisme à propos des déboutés du droit d’asile, qui ne sont ni renvoyés d’où ils viennent ni sanctionnés s’ils sont encore là des années plus tard… ou encore la suppression des frontières nationales) et du fait que nombre d’immigrés sont musulmans : sachant que l’islam a une forte propension à rejeter les mœurs et valeurs occidentales, donc à générer du communautarisme et de l’hostilité envers les citoyens du pays d’accueil, à la différence des immigrés d’autres origines, notamment ceux issus de pays de tradition chrétienne. Ces faits sont très documentés, je ne m’étale pas. Les gauchistes (dont c’est le fonds de commerce), les relativistes, les spécialistes ès pleurnicheries (ouin, s’il y a des problèmes c’est parce que les Français sont racistes et n’ont pas fait assez pour nous – alors que les chiffres disent tout l’inverse) peuvent dire le contraire, c’est un fait : caractère massif + culture très éloignée voire hostile par principe et revancharde = gros problèmes d’intégration.
            Bien sûr, on trouvera toujours des gens très bien parmi les immigrés, y compris musulmans ; mais en proportion nettement moindre que parmi d’autres populations immigrées : c’est un fait certes difficile à démontrer puisque les statistiques ethniques sont (opportunément) interdites en France, mais on a quand même quelques éléments solides allant dans ce sens, comme la proportion de musulmans dans les prisons françaises, voire des statistiques de pays où les autorités sont plus transparentes.

            Du coup, on fait quoi ? On en tient compte, s’agissant d’accorder des droits (à l’immigration) à des gens qui n’ont au départ aucun droit sur notre pays ? Pour moi, la réponse est résolument : oui.

          • Non, la politique vise d’abord le bien de la société dans son ensemble, par exemple sauvegarder la paix civile.

          • @AerosolKid
            Ce ne sont pas les migrants qui enfreignent le Droit, c’est la classe politique dominante, celle qui s’est appropriée de la France et des Français, de l’Allemagne et des Allemands etc. Dans une société libre, ce sont les individus qui choisissent qui ils invitent chez eux ou non, avec qui ils sont ou non solidaires etc. L’intégration forcée est contraire au Droit, en sus d’être une dangereuse illusion.

  • les gens ne se sentent plus en sécurité dans leur pays ; s’il estiment que seul un parti d’extrême droite peut les protéger , que ce soit une réalité ou pas , ils voteront pour le parti en question ;

  • Il faut aussi se souvenir que le « socialisme national » et le communisme partagent une idéologie commune : la primauté du groupe sur l’individu. Et l’Allemagne de l’Est ressemblait beaucoup à celle d’avant, à la différence de la République fédérale où prime une idéologie chrétienne et libérale.
    Pour des personnes formées dans le communisme, basculer vers des partis autoritaires est assez naturel.
    Et il n’y a pas longtemps, bavardant avec une personne d’une trentaine d’années, rencontrée à coté d’un mirador vestige du mur, j’ai été surpris de son discours que je peux résumer comme « c’était mieux du temps de la DDR ». Et il venait de Chemnitz (précédemment Karl-Marx-Stadt).

  • Parler de « l’extrême droite », allemande en particulier, est lourd d’ambiguïtés: on fait allusion au régime hitlérien, en oubliant que le double visage du NSDAP, national et socialiste. Cerise sur le gâteau: le projet final d’Hitler était européen et non national.
    Si les adeptes de la fin des nations – qui tiennent largement le système médiatique et politique occidental – brocardent les partis « d’extrême droite », c’est parce que ces derniers sont souverainistes (ils défendent la nation comme niveau de la décision politique). Mais ils ne sont pas toujours socialistes.
    Alors que ces mêmes mondialistes sont eux-mêmes largement inspirés par les idées socialistes qu’ils voudraient voir implantées au niveau mondial.
    Il y a donc un lien profond entre cette idéologie de gouvernement mondial et l’ « extrême droite » que ces mondialistes dénoncent, ce qui devrait exclure du débat le qualificatif « d’extrême-droite » qui sert d’épouvantail, pour lui préférer « souverainistes ». Ces souverainistes pouvant être socialistes ou libéraux.

  •  » Wer sich 40 Jahre lang über die DDR ärgerte, konnte doch nicht so mir nicht dir nichts, davon lassen. So übertrug man den Frust auf den Westen.  »

    (Ceux qui se sont énervé contre la RDA pendant 40 ans ne pouvaient pas sans autre renoncer à cette colère.
    Ils ont donc transféré leur frustration sur l’Ouest.)

    Erhard Blanck

  • https://laviedesidees.fr/La-nouvelle-extreme-droite-allemande.html
    La DDR est le seul pays d’Europe qui de 1949 à 1990 a entretenu un authentique parti National-Socialiste (soutien financier, maisons d’éditions,…).

    Un extrait de l’article sus-mentionné:
    « Il ne s’agit pas d’un hasard si les meilleurs scores de l’AfD se font dans l’ex-RDA. Il y a bien sûr le fait que le chômage et la précarité dans l’emploi y sont plus répandus qu’à l’Ouest. Mais il y a aussi des raisons historiques : dès le 26 février 1948, l’administration militaire soviétique a officiellement mis fin à la dénazification dans sa zone d’occupation. Avec l’accord de Moscou, un Parti national-démocrate d’Allemagne a été créé dans la future RDA, qui a existé jusqu’en 1990. Il comptait parmi les partis dits Blockparteien, dans la logique de fausse concurrence organisée par le SED, afin de justifier la tenue d’élections.
    Ce National-demokratische Partei Deutschlands (NDPD) a été fondé dans le but d’accueillir les anciens cadres du parti nazi (NSDAP), les anciens officiers de la Wehrmacht et certains prisonniers de guerre de retour en RDA. Il disposait de 52 députés, de sa propre maison d’édition, Die Nation, et même d’un journal éponyme, qui a paru sans discontinuer tous les deux mois. Au SED, le parti au pouvoir en RDA, les anciens cadres du NSDAP étaient également présents, en sorte que l’extrême droite n’a jamais cessé d’exister en RDA [2].
    De plus, dans la mesure où cet État était fondé sur le mythe de l’antifascisme et sur la célébration des héros communistes de la résistance contre Hitler, aucun travail sérieux de réflexion sur le national-socialisme n’a été entrepris, aucune introspection critique, comme celle qui a eu lieu en RFA. »

    • Même en RFA, la dénazification a été loin d’être facile, et encore plus loin d’être complète… très peu de nazis et de SS condamnés au regard du grand nombre de criminels impliqués.
      Voir par exemple le bilan désabusé que fit du procès de Francfort le procureur Bauer (lui-même juif) : « Ceci n’a pas grand-chose à voir avec la réalité historique. Il y avait de virulents nationalistes, impérialistes, antisémites et haineux à l’égard des Juifs. Sans ceux-ci, Hitler aurait été impensable. »
      Cela dit, merci pour le lien vers cet article sur les nazis en RDA, c’est un fait méconnu.

  • « Le concept était simple : poser une parité parfaite entre les deux monnaies allemandes. Il a été cependant abandonné, créant une surévaluation de la monnaie est-allemande »

    C’est pourtant le décret de la parité qui a entraîné la surévaluation de l’ex-monnaie communiste (ostmark), provoquant le chômage des masses est-allemandes, dont l’incompétence dans un environnement devenu concurrentiel ne pouvait être compensée par le miracle monétaire.

    Il faut laisser le temps au temps. Sortir d’un régime communiste nécessite une longue guérison, de l’ordre de deux ou trois générations. On fera le bilan vers 2050.

    Ca donne une idée du temps de guérison qu’il faudra à la France pour s’extraire de son Etat obèse. RDV en 2080, entre deux éoliennes rouillées…

    • @Cavaignac
      En complément de votre excellent rappel.
      Quand on est moins productif qu’un autre, on a logiquement un niveau de vie plus faible. C’est parce que les pseudo égalitaristes refusent cette réalité en instaurant des « salaires minimum » des parités de monnaies dont l’une vaut 5 fois moins que l’autre, qu’il y a du chômage et des exclus… qu’ils mettent à la charge de ceux qui ont encore le droit de produire parce que suffisamment productifs. Ce faisant, ils diminuent la productivité de ces derniers (désincitation, destruction de capital etc.) et n’incitent pas les premiers à s’améliorer.

      • « moins productif », conception peu pratique pour jauger des salaires. Dans la théorie de l’auto-gestion, ce sujet des salaires a été abordé. Savoir si c’est salaire égal quelque soit le travail, ou selon le travail ou selon la situation familiale, ou selon d’autres critères, etc.
        Le salaire minimum est une protection. Si vous en êtes réduit à devoir travailler pour 4 euro de l’heure, vous le faites par contrainte… pour ne pas crever de faim. Ce n’est pas un choix dans ce cas.

  • Il n’est guère surprenant que la nazisme renaisse en premier dans l’ex Allemagne de l’Est. Le nazisme a été en effet, avec le communisme, l’une des formes les plus ouvertement violentes et totalitaires du socialisme. Son procès, constant et omniprésent depuis sa chute en 1945, n’a jamais été ni cohérent ni complet car pour cela, il aurait fallut instruire le procès complet du socialisme, révéler sa nature intrinsèquement criminelle, ce qui n’a jamais été fait, encore moins en RDA qu’ailleurs.

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