Ces réformes qui finissent en gouffres financiers inutiles

En France, la politique est cette pratique sportive qui consiste à agiter énormément les membres supérieurs, les labiales et les maxillaires pour faire croire à une action concrète, tout en poussant discrètement l’une ou l’autre idée dont l’impact sera, au mieux, à peu près nul ou, au pire, suffisamment catastrophique pour alourdir encore un peu plus les finances publiques. Et tout le monde s’en fiche. Mais parfois, des petits malins arrêtent de battre des bras et, frappés d’une lucidité fugace, cherchent alors à connaître le bilan des agitations précédentes.

Et là, c’est le drame.

Récemment, ce sont deux (oui, deux) initiatives gouvernementales qui ont eu l’incroyable privilège d’être enfin confrontées à leur bilan. Rassurez-vous cependant : nous sommes en France et ce n’est pas parce que, tous comptes faits, les bilans en question sont mauvais (voire carrément désastreux) qu’une décision de repli stratégique ou qu’une tentative d’en tirer un enseignement quelconque seront pris. Non, décidément, ce n’est pas parce qu’une, deux, dix-huit ou des centaines d’erreurs coûteuses ont été commises qu’il faudrait profiter de ce bilan pour tenter de les corriger.

Néanmoins, saluons l’effort qui fut fait dans notre timide presse nationale pour évoquer rapidement ces deux sujets douloureux, avant de s’attarder lourdement aux oraisons funèbres d’un ancien locataire de l’Élysée (d’autant plus lourdement qu’une autre catastrophe, industrielle celle-ci, venait gâcher la fête noircir le tableau agacer les rédactions).

Ainsi donc, on découvrait une étude indépendante semblant montrer de façon peu ambiguë que l’instauration des limitations de vitesses à 80km/h sur certaines départementales auraient eu un impact beaucoup plus faible que prévu.

Alors que les membres du gouvernement fanfaronnaient sur les plateaux télé en affirmant que la mesure, assez mal accueillie des Français, avait pourtant permis de sauver plus de 200 vies entre juillet 2018 et juin de cette année, le rapport du Comité indépendant d’évaluation (CIE) n’en trouve, lui, que 39. Si ces 39 vies sont évidemment une vraie bénédiction pour ceux qu’elles concernent directement, on est cependant bien loin des chiffres gouvernementaux, ce qui s’expliquerait par une méthode assez différente de prise en compte des morts et des blessés.

Au-delà de l’inévitable bataille sur ces chiffres que beaucoup, au gouvernement, contesteront sans doute, d’autres aspects sont évoqués dans le rapport qu’il sera plus compliqué de contester aussi : pour le Comité, ces nouvelles limitations entraînent perte de temps et difficultés supplémentaires de circulation dont la facture totale tournerait à présent autour de 2,65 milliards d’euros.

Dans un pays qui sort de plusieurs mois de troubles intestins, à la dette galopante, aux déficits budgétaires chroniques et dont les contribuables sont particulièrement mis à contribution, que ce soit via les impôts ou via les pompes à essence, voilà un calcul qui devrait interpeller et, en temps normal, déclencher quelques crises d’urticaire chez ceux qui paient.

Mais, comme je le disais précédemment, on est en France et ce genre de constat n’entraîne au mieux qu’un petit haussement d’épaule désabusé.

Épaules qui seront à nouveau haussées lorsqu’on prend connaissance d’un nouveau rapport de la Cour des comptes, cette fois sur la réforme territoriale qui a amené la refonte des régions sous le quinquennat Hollande, amenant leur nombre en métropole de 22 à 12.

Là encore, le bilan est désastreux : cette fusion de régions se traduit essentiellement par un immense gâchis, avec à la clé un surcoût en matière de dépenses de personnel et une vaste reconduction des (mauvais) modes de gestion existants.

Ainsi, alors que le but affiché de la réforme était une économie chiffrée par le secrétaire d’État à la Réforme territoriale de l’époque, André Vallini, à 10 milliards d’euros à moyen terme, il apparaît à présent que cette réforme loupe complètement son objectif. Pour les magistrats de la Cour,

« Les gains d’efficience visés par ces réformes restent aujourd’hui limités en raison de la reconduction, dans la majorité des cas, des modes de gestion préexistants. Au contraire, des surcoûts sont identifiés, notamment en termes de rémunération des personnels administratifs et d’indemnités des élus. »

Multiplication des sites au lieu de concentration, doublons qui n’ont pas été éliminés, frais de structures supplémentaires, le bilan est désastreux et tout indique que les efforts qui auraient dû être menés pour réduire les infrastructures et les personnels n’ont pas été faits. Au contraire, les dépenses de personnel ont fortement augmenté :

« Globalement, en l’absence d’une politique volontariste de réduction des effectifs, en 2021 les dépenses annuelles supplémentaires en matière de régime indemnitaire des régions fusionnées représenteront entre 49,35 millions d’euros et 53,35 millions d’euros par rapport à la situation de 2016 »

En somme, une réforme que personne ne réclamait, qui a été propulsée n’importe comment par n’importe qui François Hollande alors qu’on pouvait fort bien s’en passer a abouti, à la surprise générale, à une énième gabegie et l’inverse de l’effet recherché.

Cependant, le point important de ces deux exemples n’est même pas le bilan franchement mauvais qu’on commence tout juste à déceler, mais bien le fait, indéniable, que la misérable foirade était prévisible dans les deux cas dès le départ ; avant même que ces deux modifications ne soient effectives sur le terrain, on savait que les résultats ne seraient pas au rendez-vous et que des sommes colossales d’argent du contribuables partiraient au drain.

Comme pour la route solaire dont l’échec était prévisible, prévu et inéluctable, l’instauration du 80km/h et la « réforme » des régions étaient toutes les deux vouées à l’échec coûteux.

J’en veux pour preuve les nombreux articles qui ont émaillé la chronique, tant du côté de ces limitations de vitesse contre-productives et environnementalement idiotes, que pour cette pseudo-réforme territoriale menée n’importe comment, dont on savait dès sa mise sur la table qu’elle serait de plus en plus coûteuse.

Mais peu importe les trajectoires catastrophiques et l’échec certain : l’une et l’autre mesures furent prises et mises en place, démontrant à qui en aurait encore besoin ce que l’État français est réellement capable de faire : à peu près rien de bien, obtenir son contraire et le tout pour une facture totale absolument démente.

Devant ce constat, il serait grand temps que nos gouvernants arrêtent enfin de faire. Transformant tout ce qu’ils touchent en déficits, dettes et autres catastrophes, il devient urgent de s’assurer que leurs idées restent confortablement installées au chaud dans leurs têtes où elles ne manqueront jamais d’espace pour s’égayer et que jamais elles ne deviennent réalité tant cela se traduit systématiquement par des dérapages aussi prévisibles que coûteux.

En outre, il est plus que temps de noter qu’on évalue toujours les politiciens aux intentions mais jamais à leurs résultats.

C’est très regrettable.

S’il venait au peuple la fantaisie de le faire, à peu près la totalité de ces politiciens serait démise de ses fonctions et satellisée en orbite géostationnaire à coups de pied au derche tant leurs résultats démontrent leur manque chronique de courage, de compétence, de lucidité et de responsabilité.


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