Vitesse : les radars routiers ne sont toujours que des « pompes à fric » !

80 km h by Département des Yvelines(CC BY-ND 2.0) — Département des Yvelines, CC-BY

Réduire la vitesse autorisée ne semble pas avoir eu les effets escomptés.

Par Philippe Lacoude.

Ces jours-ci, les radars routiers partent à nouveau en feu ! Toutefois, comme nous l’avons vu ici, les dégradations des radars durant le mouvement des Gilets jaunes ne semblaient pas avoir causé une recrudescence des accidents sur les routes. Leur nombre avait au contraire baissé.

Vitesse en hausse, accidents en baisse

Les Français avaient pourtant conduit plus vite durant la période où la vaste majorité des radars – 60 % d’entre eux selon Christophe Castaner – était hors service. Nous le savons car certains radars continuaient de relayer les vitesses mesurées même si leurs appareils photographiques étaient en panne.

Un boom de +268 % des infractions sur les routes avait été mesuré. Sur le réseau secondaire bidirectionnel, qui est la partie principalement concernée par la nouvelle limite de 80 km/h, ce chiffre était de +248 % selon le ministère, « avec une courbe des dégradations qui a augmenté presque à la verticale ».

Vitesse optimale, limite optimale

Loin d’être une surprise, cela est une relation connue des économistes et des spécialistes des limites de vitesse. Lorsque l’on supprime une limite de vitesse fixée à un niveau trop bas, le nombre de morts diminue.

Pourquoi ?

En l’absence de limites de vitesse, les automobilistes roulent à une vitesse naturelle moyenne adaptée à leur véhicule et à l’état des routes. Pour cette raison, les limites de vitesse sont normalement fixées entre les 80ème et 85ème centiles des vitesses constatées durant « les jours de semaine, pendant les heures creuses, dans des conditions météorologiques favorables ».

Les études sont abondantes et concluent toutes que les véhicules qui roulent à une vitesse trop différente de celle du trafic sont les plus accidentogènes. Ceux qui roulent très en deçà de la vitesse moyenne ont en fait plus d’accidents que ceux qui roulent très au-delà de cette dernière.

La variance de la vitesse tue plus que la moyenne de la vitesse.

Lorsqu’on introduit une limite de vitesse très en dessous de la vitesse moyenne naturelle – comme le 80 km/h sur les routes secondaires françaises – une partie des automobilistes la respecte pendant que le reste continue de rouler à la vitesse moyenne naturelle. Deux populations statistiques se forment. La variance de la vitesse augmente, le nombre de morts aussi.

Baisse des morts en décembre 2018

Comme nous l’avions vu, avec -50 % de radars et +268 % d’infractions, décembre s’était terminé avec -3,4 % de victimes, -27,1 % de blessés hospitalisés et un nombre inchangé de tués par rapport au même mois de l’année précédente selon les chiffres du ministère !

Pourtant Emmanuel Barbe, le délégué interministériel au racket des automobilistes à la Sécurité routière, nous avait prévenus – avant la publication de ces chiffres – que ceux qui « dégradent les radars ont une responsabilité gravissime, extrêmement grave, parce qu’en faisant que la vitesse va remonter, ils vont provoquer des morts » (sic). Ce très grand spécialiste avait même prédit « 60 morts » de plus !

Vitesse en baisse, accidents en hausse

Dès la mi-janvier, presque tous les radars rendus « inopérants parce que vandalisés ou parce que leur vitre avait été barbouillée par de la peinture » étaient à nouveau fonctionnels. Avec six mois de recul, nous pouvons donc examiner les accidents et les décès survenus depuis lors.

Nous ne saurons jamais si le plongeon de -27,1 % de blessés hospitalisés a perduré : le ministère ne publie plus le nombre mensuel des blessés hospitalisés depuis janvier…

Si on regarde les autres catégories, nous ne pouvons pas conclure que la réparation des radars a conduit à une amélioration de la sécurité routière au vu des chiffres en pourcentage de ceux de la même période de l’année précédente :

En fait, on constate davantage de décès entre janvier et juin 2019 que sur la même période de 2018, avant, donc, l’entrée en vigueur de la limite à 80 km/h. Si les radars avaient un impact sur la sécurité routière, le doublement du nombre de radars en fonctionnement entre décembre 2018 et janvier 2019 aurait dû conduire à un changement significatif de signe opposé à celui constaté !

« Il en ressort que depuis l’entrée en vigueur des 80 km/h, la baisse du nombre de morts a paradoxalement régressé » comme le calcule Jean-Luc Michaud, président du Comité indépendant d’évaluation des 80 km/h, composé d’experts et de représentants de la FFMC et de 40 millions d’automobilistes.

La vitesse limite est-elle trop basse ?

Lorsqu’un accident grave survient, la police fait une « enquête » et estime la vitesse des véhicules impliqués : dans les statistiques officielles, la vitesse « excessive » – au-delà de la limite – est notée comme un « facteur » de l’accident qu’il en soit vraiment un ou pas. C’est ainsi que la Sécurité routière prétend que la « vitesse est un facteur dans près de 30 % des accidents » alors que, bizarrement, les études dans d’autres États – par exemple en Floride aux États-Unis – dénombrent dix fois moins d’accidents où la vitesse serait un facteur explicatif.

La vitesse limite est-elle donc trop basse ? L’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) nous donne peut-être la réponse lorsqu’il remarque que « le facteur vitesse intervient plus souvent que la moyenne sur les routes limitées à 70 km/h » ­et moins souvent sur les autoroutes. Il nous dit simplement que les vitesses limites sur les routes secondaires sont probablement plus éloignées de la vitesse naturelle moyenne que sur les autoroutes.

Conclusion

Alors, finalement, cette volonté indéboulonnable du fonctionnariat parisien de réduire la vitesse sur les routes de province –au point de déclarer que « le mauvais état des routes favorise la sécurité routière » (sic !)– est-elle une si noble cause ? Et doit-on mentir sur le nombre de vies sauvées comme le Comité indépendant d’évaluation des 80 km/h accuse Emmanuel Barbe de le faire ?

Probablement pas.

Le démantèlement des radars par les Gilets jaunes avant leur réparation express par les hommes de l’État ne semble absolument pas avoir eu les effets escomptés par les « experts » de l’État nounou. De plus, si les radars devaient renforcer la sécurité, ils seraient installés dans les zones les plus accidentogènes.

Enfin, la répression policière a un impact bien moins favorable sur la diminution des accidents graves que l’amélioration régulière des habitacles des automobiles. À ce titre, pour sauver des vies en grand nombre, il faudrait augmenter le pouvoir d’achat grâce à une croissance économique forte et détaxer les carburants afin de permettre l’achat de grosses berlines.

Finalement, le président Macron a raison de dire, un peu crûment et un peu tard, que cette mesure idiote d’abaissement des limites de 90 km/h à 80 km/h, le 1er juillet 2018, fut une « connerie » (sic).

 

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