Municipales à Paris : des candidats tout aussi dépensiers qu’Hidalgo

Anne Hidalgo-2 By: Jacques Paquier - CC BY 2.0

Entre propositions délirantes et économies futiles, quelle stratégie pour réduire la dette parisienne qui pourrait s’élever à 8 milliards en 2020 à la fin du mandat d’Anne Hidalgo ?

Par Philbert Carbon.
Un article de l’Iref-Europe

Anne Hidalgo, maire de Paris, est régulièrement citée pour sa catastrophique gestion de la capitale. Airy Routier et Nadia Le Brun viennent de publier Sainte Anne ! Son vrai bilan aux éditions Albin Michel, dont Le Figaro Magazine s’est fait l’écho dans son édition du 7 septembre dernier. Des auteurs qui avaient déjà publié Notre-Drame de Paris en 2017.

Une dette colossale

On apprend dans l’ouvrage, par exemple, que la Mairie de Paris a dépensé 4,24 millions d’euros pour acquérir un immeuble de six logements dans le XVIe arrondissement (soit 12 000 euros le mètre carré) afin de les transformer en logements sociaux, et que pour réaliser la même transformation, elle a préempté un immeuble à Montmartre évalué à plus de 13 000 euros le mètre carré.

Routier et Le Brun mettent également le doigt sur les 300 millions d’euros de subventions accordées chaque année à plus de 2500 associations. Les deux auteurs abordent nombre d’autres sujets tels la gestion calamiteuse des Velib’ et Autolib’, les malversations dans les marchés publics, etc.

Selon Routier et Le Brun, le résultat de tout cela est une dette qui augmente d’environ un milliard d’euros par an.

Quand les socialistes se sont emparés de la Mairie de Paris en 2001, avec Bertrand Delanoë, la ville avait 1,1 milliard d’euros de dettes pour un budget de 6,5 milliards. En 2017, le budget était de 8 milliards et la dette de… 5,7 milliards. Elle pourrait même monter à 8 milliards en 2020 à la fin du mandat d’Anne Hidalgo.

Malheureusement, la bataille municipale pour Paris, qui a débuté sur les chapeaux de roue avec la présence de deux candidats concurrents issus de la majorité présidentielle, ne semble pas pour l’instant se porter sur le sujet des économies budgétaires.

Des candidats dépensiers

Il est même à craindre que la campagne électorale ne soit, comme d’habitude, l’occasion de promettre de nouvelles dépenses.

Cédric Villani, le candidat dissident de La République en Marche, a déjà indiqué qu’il présenterait un projet chiffré à la fin de cette année.

Il a cependant dévoilé quelques pistes comme des plans de végétalisation, des repas 100 % bio dans les écoles et maisons de retraite, le développement de minibus autonomes en lieu et place de la voiture individuelle. Il approuve par ailleurs l’encadrement des loyers et plaide pour les geler, à l’instar de ce qui se pratique à Berlin.

Son concurrent Benjamin Griveaux propose d’enseigner la langue anglaise dès la crèche, de mettre en place une vraie police municipale, de financer le remplacement des scooters thermiques par des scooters électriques, d’augmenter de 50 euros par mois le montant moyen de l’aide Paris Logement Famille Monoparentale ; et de créer un compte babysitting de 50 heures par an pour les familles monoparentales les plus précaires, un service public municipal des mobilités (qui proposera notamment des Trottilib’), un conseil municipal de défense écologique, ou encore une mutuelle municipale pour les Parisiens.

Côté économies, on notera la réduction du nombre d’adjoints : 20 au lieu de 27. Cela représente environ 450 000 euros par an, pas de quoi réduire la dette parisienne !

Enfin, Gaspard Gantzer, conseiller en communication à la Mairie de Paris puis porte-parole de Bertrand Delanoë entre 2010 et 2013, conseiller communication de François Hollande à l’Élysée (2014-2017), s’oppose désormais à Anne Hidalgo et veut lui ravir son siège.

Le candidat aime les propositions qui font le buzz. Ainsi a-t-il proposé de supprimer le périphérique. Toujours sur le plan de la circulation et de l’automobile, il souhaite arriver au tout électrique d’ici 2025 en subventionnant l’achat de véhicules électriques avec stationnement gratuit pour eux et en installant 5000 bornes de recharge rapide.

L’interdiction du plastique (emballages et bouteilles d’eau) et celle de la publicité papier dans les boîtes aux lettres sont au programme, tout comme l’installation d’un contrôle d’accès au local poubelles dans les immeubles afin de taxer chaque habitant en fonction des déchets qu’il y dépose. Il veut également rendre les crèches gratuites.

Arrêtons-là l’énumération des propositions toutes aussi délirantes les unes que les autres.

Quand Anne Hidalgo fait des économies

Il serait cependant malhonnête d’affirmer qu’Anne Hidalgo ne se préoccupe pas des finances calamiteuses de la ville.

N’est-elle pas à l’origine de la fusion des quatre arrondissements du centre de Paris ? Les 1er, 2ème, 3ème et 4ème arrondissements n’en formeront plus qu’un – Paris Centre – après les élections municipales du mois de mars 2020.

Anne Hidalgo assure que ce rapprochement va permettre de faire des économies d’échelle d’environ 10 millions d’euros par an. Malgré nos recherches approfondies, nous n’avons pas trouvé le détail de ces économies.

Certes, il n’y aura plus qu’une seule mairie d’arrondissement au lieu de trois. Mais il n’est pas prévu de vendre les bâtiments. Les locaux libérés vont permettre, dit la Mairie, de développer de nouveaux services pour les Parisiens.

Qui dit nouveaux services dit donc nouvelles dépenses. Quant aux fonctionnaires municipaux, ils ne seront pas licenciés bien sûr, mais redéployés dans l’ensemble des services municipaux. Donc, pas d’économies en vue de ce côté-là non plus.

Des dépenses nouvelles sont d’ailleurs d’ores et déjà engagées avec les travaux dans l’ancien hôtel de la Garantie. Ce bâtiment désaffecté depuis des années va devenir d’ici trois ans le commissariat de Paris Centre et accueillir les 630 fonctionnaires actuellement en poste dans les quatre commissariats d’arrondissement.

Mais un seul conseil d’arrondissement au lieu de quatre, cela devrait faire moins d’élus. Bien sûr, il n’y aura plus qu’un seul maire d’arrondissement. L’économie devrait être d’environ 100 000 euros par an. La belle affaire !

Nous avons découvert dans Le Figaro du 4 septembre 2019 que le nouveau conseil d’arrondissement comprendrait 40 élus, soit davantage que le 15ème arrondissement près de 2,5 fois plus peuplé.

Si les arrondissements ont été regroupés, le nombre de conseillers n’a pas été réduit puisqu’actuellement les quatre arrondissements concernés en comptent dix chacun.

Les conseillers d’arrondissement ne sont pas indemnisés. Mais les conseillers délégués et les adjoints au maire le sont. Or, si Anne Hidalgo et ses alliés l’emportent dans ce nouvel arrondissement, nul doute qu’ils opéreront comme dans les autres arrondissements où ils sont majoritaires.

À savoir que tous les élus de la majorité détiennent un poste entraînant une indemnité. Ils sont soit conseiller de Paris (1543,70 euros/mois), soit adjoint au maire d’arrondissement (1543,70 euros), soit conseiller d’arrondissement délégué (2500,70 euros). Indemnités majorées lorsque s’y ajoutent celles qui sont accordées au titre d’adjoint au maire de Paris.

Avec 40 élus, Paris Centre pourrait, selon cette logique, ne pas compter moins d’une trentaine d’adjoints au maire. Alors économies ou poursuite de la gabegie ?

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