30 après la chute du mur de Berlin, sommes-nous plus libres ?

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30 ans après la chute du mur de Berlin, la liberté a progressé. Mais elle reste menacée.

Par Frédéric Mas.

Sommes-nous plus libres qu’il y a 30 ans ? C’est la question que se posaient hier matin les invités de l’université d’été internationale de l’IES Europe organisée à Aix-en-Provence.

Loin d’être anodine, la question renvoie à deux moments importants de l’histoire mondiale : la chute du mur de Berlin en 1991 et les répressions des manifestations sur la place Tian’anmen à Pékin en 1989. D’un côté, la chute d’un système totalitaire qui oppressait une partie du monde et coupait l’Europe en deux ; de l’autre, l’étouffement de toute velléité réformatrice en Chine communiste.

D’un côté, le monde n’a jamais été aussi libre et aussi riche, et les indicateurs du Freedom Index sont là pour démontrer que les libertés économiques ont progressé, particulièrement dans les anciens pays de l’Est autrefois communistes. De l’autre, la démocratie, une fois libérée de l’ennemi soviétique, se trouve désormais face à une nouvelle puissance autoritaire aux prétentions impérialistes.

Un monde plus riche

Indéniablement, le monde est beaucoup plus riche qu’il ne n’était, en particulier si l’on observe la disparition de l’extrême pauvreté, tout comme le dynamisme des pays d’Europe centrale. La planification politique proposée par le communisme a largement été discréditée par l’expérience soviétique.

La crise populiste

Seulement, la chute de l’URSS qui a succédé à celle du mur de Berlin n’a pas amené la fin de l’Histoire, loin s’en faut, et de nouvelles menaces sur la liberté ont remplacé les anciennes. Après l’élection de Donald Trump et le Brexit, le libéralisme occidental vit une nouvelle crise idéologique. Les profondes tensions sociales et économiques qui déchirent l’Europe, éloignant gagnants et perdants de la mondialisation, élites urbaines et périphéries déclassées, rendent aussi les défenseurs de la liberté individuelle inaudibles.

Pour Steve Davies, de l’Institute of Economic Affairs, ces tensions se sont traduites politiquement par un face-à-face particulièrement mortifère pour la liberté entre technocratie et populisme. D’un côté les organisations supranationales se sont développées, installant la défiance et encourageant les mouvements populistes partout en Europe.

Steve Davies

Le nouveau totalitarisme chinois

Avec Tian’amen, le pouvoir communiste chinois prend peur : l’élite bureaucratique du Parti ne veut pas être balayée comme la soviétique. Se développe alors une véritable stratégie pour atténuer les tensions venant de la société civile. C’est aussi cette stratégie de normalisation politique qui est aujourd’hui à l’œuvre à Hong Kong, pour plus d’un million de manifestants descendus dans la rue pour défendre leurs libertés.

Comme l’a noté Tom Palmer, de l’Atlas Network, au cours de l’université d’été de l’IES, avec les avancées de l’intelligence artificielle, la Chine a pu inaugurer ces dernières années un totalitarisme d’un nouveau genre. Avec le système de contrôle social que permet l’IA, la Chine est devenue un cauchemar orwellien où les habitants sont évalués et jugés en permanence. Le tout pour restreindre ou autoriser les déplacements ou encore la liberté de la presse. Pire ! Ce système de flicage des citoyens s’exporte désormais.

Pour Tom Palmer, c’est sur le terrain des principes que le libéralisme doit jouer, ce qui suppose de rompre avec un certain discours technocratique et élitaire consistant à le « vendre » au nom de la seule efficacité économique. L’avenir du monde libre pourrait en dépendre face à la Chine et face à la montée des populismes réactionnaires.

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