Autopsie du régime universel des retraites

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Notre régime actuel de retraites est intenable en raison de la démographie et de l’immobilisme politique. Quelles réponses apporter ?

Par Gérard Maudrux.

Nous espérons ne pas avoir à faire un jour l’autopsie du régime universel de retraite que certains souhaitent mettre en place, car cela voudra dire qu’il aura existé, ce qui ne serait pas une bonne chose, ni pour la retraite en général, ni pour les actifs, ni pour les retraités, ni pour la France. Tout le monde sera perdant.

Nous vous proposons de décortiquer point par point cette réforme : ce qui est bien, ce qui est mal, ce qui est visible, ce qui est caché, tout en vous expliquant pas à pas le fonctionnement de la retraite et ses problèmes. Vous verrez que ce qui peut paraître inaccessible pour beaucoup est en fait très simple.

Cette réforme est à première vue très bien ficelée, bien présentée, faite par des gens compétents, mais aussi malins. Il y a un an avec la Caisse de retraite des médecins, nous avions organisé un colloque avec comme intervenant Jean-Paul Delevoye. À l’entendre, on ne peut qu’approuver si l’on reste sur les grandes lignes : nécessité d’une réforme et équité. Depuis 25 ans, je défends toujours le même principe : à revenu égal cotisation égale, à cotisation égale retraite égale, que l’on soit salarié, commerçant, profession libérale, fonctionnaire ou élu.

Le système par répartition est intenable

Une réforme d’envergure est indispensable, nul ne peut le contester. Ceci pour deux raisons majeures :

  1. le tout répartition, meilleur système après-guerre, est un système devenu obsolète au XXIe siècle et doit être complété, 
  2. certaines dérives depuis 1945 sont devenues intolérables et inacceptables.

Si la cause de la première raison est indépendante de toute volonté politique, pour la seconde, c’est le fruit de la lâcheté de nos gouvernants successifs depuis des décennies. Malheureusement, la réforme envisagée fait fi des leçons du passé et des perspectives d’avenir.

En comprenant la répartition et son talon d’Achille, le rapport démographique, en connaissant tous les leviers sur lesquels on peut agir pour la modifier, vous comprendrez les erreurs passées comme la « catastrophe industrielle » de 1981 dont nous ne nous sommes pas encore remis après 40 ans, et vous comprendrez pourquoi toutes les dernières réformes (allongement de la durée de cotisation) ont été des échecs. Vous comprendrez aussi pourquoi la nouvelle réforme ne changera rien à la baisse des retraites, au contraire.

Sur les dérives, vous comprendrez comment on peut pratiquement dire qu’aujourd’hui, le discours sur la répartition et la solidarité cache un fait inacceptable : la majorité des Français paye deux fois pour la retraite : une fois via ses cotisations pour sa propre retraite, une deuxième fois via les impôts directs et indirects, les cotisations sociales, et la consommation (transports, énergie…) pour payer celle de catégories qui ne payent pas (ou si peu), qui perçoivent davantage et plus longtemps.

Malheureusement si les principes posés par la réforme sont bons et doivent être défendus, la voie choisie est mauvaise, le pire est à redouter. En gros 3 points :

1) L’étatisation de la totalité de la retraite avec disparition de toutes les caisses actuelles, réduites au rôle d’interface, sans aucun pouvoir. Or chaque fois que l’État s’occupe de nos affaires, il le fait plus mal pour deux fois plus cher. Je vous donnerai l’exemple d’un régime géré par l’État, en parallèle à un autre géré par une profession, le résultat est édifiant. Bismarck doit se réjouir dans sa tombe, lui qui avait fait de même non par philanthropie mais pour rendre le peuple dépendant de l’État.

2) Le choix du tout-répartition, allant à contresens de ce qui se fait dans le monde entier, ignorant qu’à terme, avec 1,2 à un cotisant pour un retraité, la répartition est le pire des systèmes. Le renforcer va bloquer financièrement toute autre possibilité, sauf pour les plus riches. Le rendement annoncé de 5 %, c’est aujourd’hui, pas demain, tout le monde le sait.

3) Les régimes spéciaux persisteront, l’égalité annoncée n’est pas au rendez-vous.

Il y avait pourtant la possibilité d’une grande réforme, très facile, avec un régime de base universel jusqu’à un plafond de la Sécurité sociale (40 000 euros), avec à revenu égal cotisation égale, et à cotisation égale retraite égale, que l’on soit salarié, commerçant, profession libérale, fonctionnaire ou élu. C’était le souhait de tous les organismes concernés par la retraite. Résultat : au lieu de ne faire que des satisfaits, on ne fera que des mécontents. Je vous expliquerai aussi pourquoi ce mauvais choix, mais il n’est peut-être pas encore trop tard.

À suivre…

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