Vous appelez ça de la viande ?

Photo by Jessica Ruscello on Unsplash,

Appeler « viande » des composés de soja ou des hamburgers au tofu, c’est changer le sens des mots. C’est aussi faire courir un danger nutritionnel aux consommateurs.

Par Jayson Lusk1.

(Traduction de l’article et commentaires : Wackes Seppi)

NPR a récemment publié un article qui me citait à propos de la multiplication des lois d’États limitant l’utilisation de termes tels que « bœuf », « viande » et même « riz » pour des produits à base de plantes. L’American Civil Liberties Union (ACLU) vient de porter plainte contre l’État de l’Arkansas pour avoir promulgué une loi qui prévoit des amendes lorsque des « produits carnés à base de plantes ou à base de cellules, tels que les « hamburgers végétariens »et les « tofu dogs » sont commercialisés ou emballés avec une étiquette « viande ». »

La fausse viande et la loi

Que faire de tout ça ? D’une part, ces nouvelles lois découlent des mêmes motivations que les anciennes lois sur les « normes d’identité ». Ces lois définissent la manière dont certains mots peuvent être utilisés sur les étiquettes des produits alimentaires et dans le marketing. Elles ont pour objectif déclaré de protéger les consommateurs et d’empêcher qu’ils soient induits en erreur. Par exemple, dans le passé, des meuniers peu scrupuleux ajoutaient de la sciure de bois à la farine. Si les consommateurs ne savent pas faire la différence entre la version réelle et la version falsifiée avant l’achat, il peut se produire un problème de Market for “Lemons” qui ferait disparaître les produits de haute qualité du marché et laisserait les consommateurs plus mal lotis.

Voici cependant ce que j’avais écrit à ce sujet il y a quelque temps (j’avais également inclus quelques images illustratives d’étiquettes) :

« Dans le cas de la viande de bœuf, je suis un peu sceptique sur le fait que les substituts de viande des start-up vont induire les consommateurs en erreur. Pourquoi ? Ce ne sont pas des produits génériques vendus par des entreprises qui tentent de diluer ou de corrompre un produit avec des intrants moins coûteux. Ce sont des produits de marque créés par des entreprises dont la stratégie marketing consiste à dire aux gens que leur produit n’est PAS du bœuf. […] Même sans normes d’identité, ce n’est pas comme si les consommateurs n’étaient absolument pas protégés. S’ils sont vraiment induits en erreur, le système juridique offre une solution possible. Comme en témoignent les nombreuses actions en justice concernant l’utilisation du mot « naturel », je suppose qu’il existe de nombreux avocats prêts à aider un consommateur qui peut démontrer qu’il a été lésé. »

La réponse contraire est que les gens pourraient associer des mots tels que « bœuf », « viande » ou « lait » à d’autres attributs de produit tels que le contenu nutritionnel, qui pourraient (parfois de manière inappropriée) être associés aux produits à base de plantes ou issus de laboratoires. Les panels de faits nutritionnels peuvent servir à atténuer certaines de ces préoccupations, mais il ne fait aucun doute que les étiquettes créent des halos de goût et de santé qui vont au-delà des faits objectifs.

Les mots ont un sens

En même temps, il faut des mots pour transmettre aux consommateurs un sens qui dépasse le seul contenu animal. Utiliser le mot « viande » hachée me dit quelque chose sur la manière dont la nourriture doit être préparée et servie et sur les condiments appropriés. Dans ce cas, utiliser « viande » avec « à base de plante » est utile pour le consommateur dans la mesure où il transmet rapidement des informations essentielles sur la manière dont le produit doit être cuit et consommé.

Il y a donc des avantages et des inconvénients, des coûts et des bénéfices pour ces types de lois sur l’étiquetage. J’ai vu quelques sondages sur ce que les consommateurs pensent de ces lois. Cependant, il serait utile de mener davantage de recherches empiriques sur le point de savoir si les consommateurs sont en réalité induits en erreur ou peut-être au contraire davantage informés par les mentions « viande » ou « lait » sur les produits à base de plantes.

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Ma note (par Wackes Seppi) : la Cour de Justice de l’Union Européenne, dans un arrêt du 14 juin 2017, concernant l’utilisation de termes comme « lait de soja » ou « fromage vegan », a précisé qu’un produit laitier, étant dérivé exclusivement du lait, doit en contenir les constituants. Elle a interdit l’utilisation des dénominations « lait », « crème », « beurre, », « fromage », « yoghourt », etc. pour des produits purement végétaux, y compris les boissons végétales.

La décision se fonde sur l’article 78.2, et l’annexe VII, partie III, du règlement (UE) no 1308/2013 du Parlement Européen et du Conseil, du 17 décembre 2013, portant organisation commune des marchés des produits agricoles et abrogeant les règlements (CEE) no 922/72, (CEE) no 234/79, (CE) no 1037/2001 et (CE) no 1234/2007 du Conseil,

Il existe des exceptions pour « des produits dont la nature exacte est connue en raison de l’usage traditionnel et/ou lorsque les dénominations sont clairement utilisées pour décrire une qualité caractéristique du produit », par exemple pour la « crème de riz », le « lait de coco » ou la « crème de marron ».

Dans le cadre des débats sur la loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous, le législateur a adopté une disposition interdisant l’utilisation de « dénominations associées aux produits d’origine animale […] pour commercialiser des produits alimentaires contenant une part significative de matières d’origine végétale ». La disposition a été retoquée par le Conseil Constitutionnel comme cavalier législatif.

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Source : http://jaysonlusk.com/blog/2019/7/25/can-you-call-it-meat

Sur le web

  1. Jayson Lusk est un économiste de l’agriculture et de l’alimentation. Il est actuellement professeur distingué et chef du Département de l’Économie Agricole de l’Université de Purdue.
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