« Contre le libéralisme » : les idiots utiles du Nouveau Monde (4/4)

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Cette semaine, Contrepoints vous propose une analyse en quatre volets de l’ouvrage d’Alain de Benoist « Contre le libéralisme ».

Par Jonathan Frickert.

Offrant des analyses intéressantes de l’histoire du capitalisme ainsi qu’une critique bienvenue de la bourgeoisie, l’auteur retombe rapidement sur de vieilles antiennes marxistes dont il recycle ainsi les théories sur l’effondrement. Une vision qui le rapproche paradoxalement d’un Jacques Attali, lui aussi grand admirateur des analyses marxistes et avec qui il partage la propension à envisager l’effondrement du capitalisme tous les quatre matins. La critique benoistienne de la bourgeoisie souffre du même mal, confondant la bourgeoisie libérale et la bourgeoisie jacobine. Cette même bourgeoisie qui a interdit les coalitions durant la Révolution, qu’il s’agisse des syndicats ou des mutuelles, et donc à des individus consentants de s’unir. Ces communautés qu’Alain de Benoist ne mentionne pas, sans doute parce que fondées sur le consentement de leurs membres. 

Dénonçant justement les lobbies patronaux et la préemption de la bourgeoisie vis-à-vis des idéaux de la liberté, l’auteur l’assimile à un mode de vie libéral alors qu’il ne s’agit ici que de conflit de classe que dénonçait déjà Frédéric Bastiat en parlant de la démocratie comme théâtre des intérêts corporatistes. 

L’ouvrage met toutefois en garde les libéraux sur des thématiques actuelles.

En effet, si Alain de Benoist met volontairement de côté la question de la responsabilité, il permet de mettre en garde les libéraux contre l’oubli des problématiques contemporaines.

Par exemple, face au jouir sans entrave, marotte de la liberté libertaire, la liberté libérale et son aspect responsabilisant est sans doute la réponse la plus pertinente. 

De la même manière, il existe des réponses libérales à la problématique de l’identité. Des sujets sur lesquels les libéraux, conservateurs ou non, ont leur mot à dire à travers la question de la propriété et du consentement comme cadres aujourd’hui bafoués par les politiques publiques.

Dans ce sens, il est étonnant de voir qu’en sus d’une erreur sur le constat, Alain de Benoist fait une erreur de qualification dans ses solutions. L’ouvrage évoque le localisme, de démocratie directe, de retour aux modes de vie simple… des éléments qui ne sont pas, contrairement à ce qu’évoque l’auteur, incompatibles avec la philosophie de la liberté. La Suisse, pays dont de nombreux conservateurs et libéraux sont des défenseurs acharnés, comme le regretté Yvan Blot, est lui-même le pays à la fois de la démocratie directe et de la liberté individuelle, conciliant les deux libertés de Constant.

Pour comprendre cette difficulté, il faut revenir aux origines de l’antilibéralisme en général et de celui d’Alain de Benoist en particulier.  

Ludwig von Mises distingue deux causes à l’antilibéralisme1. La première est la jalousie sociale que nous connaissons bien en France. Pour des raisons sociologiques, cette cause ne semble pas toucher l’auteur de Contre le libéralisme.

La clef semble être à chercher dans la seconde cause dégagée par l’auteur de L’Action humaine, à savoir la frustration politique. Cette cause rejoint l’utopie et consiste en une frustration que le monde idéal qu’on aspire à voir émerger n’arrive pas, ou pire, semble s’éloigner à mesure que le temps s’écoule. 

En effet, Alain de Benoist n’a jamais caché son admiration du modèle paneuropéen. Comme nous l’avons vu, il considère la nation comme une fille d’un christianisme dans lequel il ne se reconnaît pas. Cette aversion pour le modèle national rejoint son admiration pour le paganisme et les sociétés préchrétiennes. L’évocation constante, depuis plusieurs années, des communautariens, lui permet de justifier cette admiration en appelant à un retour à ce qu’étaient les sociétés païennes.

Celui que les moins informés verraient comme un partisan de Marine Le Pen est en réalité un électeur revendiqué de Jean-Luc Mélenchon après avoir voté communiste en 1984. Un choix guère étonnant lorsqu’on sait que le fondateur du GRECE avait théorisé une victoire de la Guerre froide par l’URSS dans les années 1980. Un point qui le rapproche encore une fois de Jacques Attali là où Emmanuel Todd avait anticipé la fin de la chute des Soviétiques dès 1976. 

Et une des ultimes clefs du problème est sans doute là : Alain de Benoist, comme de nombreux autres conservateurs antilibéraux, n’est qu’un des instruments naïfs des progressistes permettant de maintenir en place le capitalisme de connivence dont l’actuel chef de l’État n’est que le dernier avatar en date.

Face à cela, l’ouvrage d’Alain de Benoist montre sans le vouloir qu’il existe du chemin à faire pour aboutir enfin à une solution qui ne pourra consister que dans l’émergence d’une alternative libérale et conservatrice, d’un Parti conservateur à la française, défendant à la fois l’indépendance nationale et la liberté individuelle, à la manière de ce qu’évoquait Bastiat en son temps.

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Retrouvez les épisodes 1, 2 et 3 de cette analyse sur Contrepoints.

  1. VON MISES, Ludwig, Libéralisme, 1927.
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