Bernard Quiriny : « La France a beaucoup contribué à la tradition libérale »

Un entretien avec l’essayiste et universitaire Bernard Quiriny, auteur du « Club des libéraux » paru aux éditions du Cerf.

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Bernard quiriny le club des libéraux (image F. Mas)

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Bernard Quiriny : « La France a beaucoup contribué à la tradition libérale »

Publié le 21 octobre 2022
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Contrepoints : Pour entrer en matière, vous divisez les libéraux entre jusnaturalistes et utilitaristes. Ce sont des écoles de pensée autant que des sensibilités ? Le libéralisme, c’est avant tout une aventure intellectuelle ?

Bernard Quiriny : Tous les libéraux se prononcent en faveur de la liberté et de la propriété, mais tous ne le font pas pour les mêmes raisons : les uns s’appuient sur des raisons de principe, de droit, les autres sur des raisons d’opportunité, d’utilité.

Pour les premiers, je dois être libre et propriétaire parce que j’ai le droit de l’être, pour les seconds, parce que ça vaut mieux pour la collectivité. Ce sont deux perspectives fondamentalement différentes, qui permettent de comprendre la plupart des divergences au sein de la famille libérale, sur des questions comme le périmètre de l’État, par exemple. Plus que deux sensibilités, ce sont deux logiques intellectuelles qui sont à l’œuvre.

 

Votre essai n’est pas un plaidoyer pour le libéralisme, mais plus un exposé de ses ramifications. On remarque toutefois que vous prenez un certain plaisir à exhumer un certain nombre de libéraux français moins connus que les Friedman ou les Hayek. Le libéralisme serait aussi une tradition intellectuelle française aujourd’hui trop souvent ignorée ?

La France a beaucoup contribué au patrimoine de la tradition libérale, avec de grands noms comme Constant et Laboulaye, Tocqueville, Say ou Bastiat, mais aussi des auteurs moins connus de nos jours, qui n’intéressent que les spécialistes : Dunoyer, Guyot, Baudrillart, Villey, Block, d’Eichthal, et d’autres. Le lieu commun selon lequel le libéralisme serait un produit de fabrication anglo-saxonne, étranger à la sensibilité française, est inexact de ce point de vue.

L’erreur tient sans doute au fait que les grands libéraux « modernes » les plus célèbres sont anglo-saxons, de naissance (Friedman) ou d’adoption (Hayek). Et il est vrai aussi que la France a largement contribué également au patrimoine de la grande tradition socialiste. J’aurais pu écrire tout le livre, et expliquer l’essentiel de la controverse libéraux/socialisme, en ne citant que des auteurs français.

 

Hayek, Constant, Laboulaye, Rothbard Nozick, Mises ou encore Tocqueville : les protagonistes imaginaires du « club des libéraux » rivalisent d’érudition et explorent le libéralisme dans toute sa diversité. Il y a pourtant un auteur qui n’apparaît pas, et qui me semble être le fil directeur discret de cet échange imaginaire, c’est Montaigne. Faire du libéralisme une conversation plutôt qu’un traité doctrinaire, c’est aussi plaider pour la vie de l’esprit ?

Je me suis fixé comme point de départ la fin du XVIIe siècle, avec le Traité du gouvernement civil de Locke, souvent considéré comme le moment fondateur, philosophiquement, de la lignée libérale. Mais on pourrait entreprendre une généalogie qui remonterait jusqu’à Jésus (« à César ce qui est à César… ») voire à l’Athènes antique, et qui passerait par Montaigne.

Je ne sais pas s’il est là en coulisses dans les conversations du club, mais il est certain que tous les libéraux pourraient se réclamer de son attitude sceptique, loyale, équitable et raisonnable.

 

Bernard Quiriny, Le club des libéraux, éditions du Cerf, 2022, 350 pages.

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  • Bref, il y a les libéraux individualistes et les libéraux collectivistes.

    -1
  • Le libéralisme français a beaucoup d auteurs, mais , n’est pas fécond, à l’opposé du socialisme , qui conditionne toute notre vie présente . Je pense , qu il en est ainsi, parce que le libéralisme a un corollaire. « détestable  » ,la responsabilité individuelle … il est tellement facile d’accuser les autres de ses malheurs .
    OUI le libéralisme se fonde sur la LOI …mais laquelle ?celle des hommes ou celle de Dieu? vastes débats .. qui de toute façons aboutissent à une impasse la LOI des hommes par le Peuple , .Problème… qui a le pouvoir de définir le Peuple …..A LE POUVOIR …. Dans toutes les dictatures il y a un Peuple souverain….. La loi de Dieu ?problème ,tout recours à Dieu passe par une » Bible  » éditée par un .. clergé auto proclamé .Bref on se retrouve au point de départ . De toutes façons sauf à être un anarchiste absolu ;il faut bien admettre que la vie en société nécessite certaines restrictions à la liberté individuelle .Après tout. nous appartenons au règne animal et aucun mammifère ne vit seul .Certes les religieux me diront que l Homme n’est pas un animal ,libre à eux ,de le croire ..mais s’ils défendent le libéralisme …….. qu ils me démontrent scientifiquement le contraire .. et pas d’adhérer. à leurs croyances . On peut écrire des bouquins sur le sujet mais trouver l’équilibre entre les 2 impératifs contradictoires n’est pas simple . et probablement impossible.je reste attaché aux droits individuels » modérés » ,sans illusions, parce que l’ anarchisme et le communisme ont prouvé leurs nocivités

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