La conjuration des antilibéraux ou « plus c’est gros, plus ça passe »

Jacques Attali, painted portrait DDC_2145By: thierry ehrmann - CC BY 2.0

Difficile d’espérer voir la France sortir de la crise tant que les délires antilibéraux et les impostures feront la Une des médias.

Par Nicolas Lecaussin.
Un article de l’Iref-Europe

« Plus c’est gros, plus ça passe » semble être l’expression préférée de nombreux intellectuels et personnalités en France. Un de leurs meilleurs représentants est le « futurologue » Jacques Attali qui, avec le temps, semble de plus en plus disposé à nous offrir ses services de grand sage de la nation. Il sait mieux que quiconque ce qui se passe et il est absolument convaincu d’être investi d’une mission divine sur Terre. D’ailleurs, sa rubrique hebdomadaire dans le magazine L’Express s’intitule « Perspectives ». Inquiétant, très inquiétant.

Dans celle du 27 février dernier, il nous dit qu’il ne faut plus manger de viande, ni de sucre. « Bien des choses menacent le monde », selon l’ancien sherpa du feu président Mitterrand auquel il avait soufflé le Programme commun en 1981 qui avait porté la France au bord de la faillite économique. Une fois de plus, il aperçoit la fin du monde et propose, pour « sauver la planète », un « changement de civilisation ».

Une nouvelle société ? Un homme nouveau ? On a vu ce que cela a donné, des dizaines de millions de victimes ont connu le prix de l’utopie. Mais M. Attali récidive et, dans sa Perspective du 20 mars intitulée « Seule réponse à l’ultralibéralisme : la société positive », il montre clairement du doigt notre vrai ennemi : « l’ultralibéralisme ».

Plus c’est gros, plus ça passe

Sans nous dire exactement où il se trouve, il soutient sans hésiter que « l’ultralibéralisme fait des ravages ». Pour le combattre, il faut « mettre en place une société positive ». Heureux celui qui comprend ce que cela veut dire mais… plus c’est gros, plus ça passe.

À celui qui nous demande de ne plus manger de viande et de sucre pour protéger la planète, on croit nécessaire de rappeler qu’en juin 1993 il avait été obligé de démissionner de la présidence de la BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement) à cause de nombreuses révélations sur les dépenses somptuaires de la banque et son train de vie. Selon l’enquête de l’époque, Jacques Attali ne lésinait pas sur les avions particuliers et les repas fastueux (avec ou sans viande ?). C’est peut-être la société positive à laquelle il fait allusion dans sa chronique…

Dans Le Figaro Magazine du 28 février, on peut (re)trouver, dans un face-à-face, deux autres braves émissaires de l’expression « plus c’est gros, plus ça passe ». Le premier est l’inévitable Alain Minc, conseiller de l’ombre de tous les pouvoirs politiques, de gauche et de droite, à tel point qu’on ne sait pas si les Français ne lui doivent pas une très grande partie des très nombreuses mauvaises décisions prises par les politiques. Jean-François Revel décrit très bien le personnage dans ses Mémoires (coll. Bouquins, page 58), qu’il a rencontré lors d’une soirée à Matignon au début des années 1990 :

Quand en entrant j’aperçus ce dernier (Alain Minc), je ne pus refréner un tressaillement d’admiration pour la vélocité avec laquelle il avait en un éclair bondi hors du bateau avarié de la gauche, à la seconde même du naufrage, pour atterrir avec brio sur le radeau accueillant de la droite (c’était juste après les élections législatives de 1993). L’intellectuel dispose de deux recettes, pour rester considéré de toutes les majorités et perdurer à travers toutes les alternances. L’une est de ne se tromper jamais. C’était la formule de Raymond Aron. L’autre est de se tromper toujours : c’est celle d’Alain Minc.

Revel raconte que la discussion tourna autour de la crise économique qui touchait la France et de la débâcle du franc, imputées toutes deux au marché et aux spéculateurs (causes qu’on serine à satiété encore aujourd’hui) : « Il faut juguler les marchés afin de sauver le marché, enchaîna sur-le-champ Alain Minc, de même qu’il faut éliminer le stalinisme pour sauver le socialisme ! » raconte Revel, complètement éberlué en entendant ce « poncif nauséabond », trois ans seulement après l’écroulement retentissant du socialisme.

La haine du libéralisme

Il est donc incongru de voir Alain Minc face à quelqu’un qui partage les mêmes idées antilibérales.

Alain de Benoist, fondateur du GRECE (Groupe de recherche et d’études sur la civilisation européenne) en 1969, est le représentant de ce qu’on appelle la Nouvelle Droite qui hait le libéralisme avec le même dogmatisme que Jean-Luc Mélenchon. Plus encore, des textes du GRECE publiés dans les années 1980 soutiennent le soviétisme et l’URSS face à l’Amérique car les premiers « laissent intacte l’espérance » et la dernière « tue les âmes ». Comme Attali, Alain de Benoist prévoyait dans les années 1980 l’effondrement de l’Amérique et non celui de l’URSS… Plus récemment, en 2013, il a même regretté que le PCF « abandonne la faucille et le marteau, la révolution, la grève générale, la dictature du prolétariat. » (Interview site Égalité et Réconciliation 16 mars 2013).

L’antilibéralisme est un gène commun à tous ces intellectuels qui s’obstinent dans l’erreur. Henri Guaino (Le Figaro du 15 mars) soutient que « par-delà la marchandisation du monde, il y a la sauvagerie » et il s’inquiète du « rouleau compresseur de l’uniformisation du monde qu’appelle le marché unique mondial ». Comment un marché libre et concurrentiel peut-il uniformiser, difficile de répondre.

Ces propos, tenus avec une grande conviction et un à-peu-près tout aussi remarquable, rappellent ceux d’une autre grande figure de la résistance française à  l’ultralibéralisme, José Bové, qui s’inquiétait de l’ « uniformisation dans nos assiettes ». Plus il s’en est inquiété, plus les choix dont nous disposons pour nous nourrir se sont diversifiés, autant par l’augmentation du nombre de restaurants que par la variété des produits et venant de tous les continents qu’on trouve même dans un petit supermarché.

Difficile d’espérer voir la France sortir de la crise tant que les délires antilibéraux et les impostures feront la Une des médias. À moins qu’à un moment donné, quand ce sera vraiment trop gros, ça ne passe plus.

Sur le web

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.