Transmutation nucléaire : pourquoi pas, mais pourquoi faire ?

L’époque actuelle est davantage à l’imprécation antinucléaire et à « l’intox » qu’à une information raisonnée sur la production d’électricité d’origine nucléaire.

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France, de Moulins à Paris : Autoroute et Paysages, une traversée du territoire : " centrale nucléaire " Belleville-sur-Loire (Cher) By: (vincent desjardins) - CC BY 2.0

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Transmutation nucléaire : pourquoi pas, mais pourquoi faire ?

Publié le 10 juillet 2019
- A +

Par Michel Gay.

La transmutation nucléaire « forcée » peut transformer certains déchets nucléaires à vie longue en éléments naturels sans danger. Cela parait séduisant, mais y-a-t-il un intérêt technique, économique et social à le faire ?

Quel est le problème ?

Les déchets radioactifs issus de la production nucléaire sont déjà définitivement gérés et stockés pour 90 % d’entre eux en volume.

Les 10 % restants représentant la quasi-totalité de la radioactivité sont constitués principalement de deux types d’éléments apparus dans le combustible des réacteurs nucléaires :

  • les éléments restants issus de la fission (cassure) des noyaux d’uranium (et de leurs dérivés comme le plutonium) qui produisent la chaleur. Ils sont appelés « produits de fission ».

Leur radioactivité décroît rapidement et, pour la plupart, leur dangerosité a disparu après quelques dizaines d’années. Ils ne constituent donc plus un sujet de préoccupation, sauf pour quelques cas particuliers (abordés ensuite) qui doivent être gérés sur le long terme ;

  • les nouveaux éléments issus des noyaux d’uranium ayant absorbé des neutrons sans se briser. Ils sont appelés « transuraniens » (au-delà de l’uranium) ou « actinides ».

Ils sont principalement constitués par le plutonium (majoritaire), le neptunium, le curium et l’américium. Ces trois derniers (minoritaires) sont appelés les « actinides mineurs ».

La solution reconnue internationalement pour une gestion pérenne de ces déchets de moyenne et haute activité à vie longue est de les stocker géologiquement et définitivement dans une couche étanche d’argile (en France) ou de granit (en Suède) à plusieurs centaines de mètres de profondeur dans du verre enrobé d’acier et de béton.

La France a fait le choix de recycler le plutonium dans sa production d’électricité actuelle (10 % de cette production est issue de plutonium recyclé), et de le conserver pour l’utiliser dans les futurs réacteurs nucléaires (de quatrième génération), au-delà de 2050. Il n’est donc pas envisagé aujourd’hui de l’inclure dans le stockage géologique.

Seuls les actinides mineurs sont concernés par ce stockage profond.

Pour mémoire, environ 30 % de l’électricité en France est produite par la fission du plutonium issu de l’uranium dans les réacteurs.

Stockage géologique : dangereux ou non ?

Les actinides sont de gros éléments non solubles dans l’eau qui ne ressortiront jamais de leur stockage géologique.

Le CEA indique (page 77 du tome 2 de son rapport de 2012) que « Les actinides mineurs n’étant pas mobiles dans le concept de stockage retenu en France, ils ne contribuent pas aux doses radiologiques à l’exutoire ».

Il indique aussi (page 70 de ce même rapport) que l’Agence nationale pour la gestion des déchets nucléaires (ANDRA) a mis en évidence que : « Pour les actinides, leur forte rétention chimique dans les argilites du Callovo-Oxfordien les confineront quasi-totalement dans le champ proche ».

Selon l’ANDRA (page 77), les seuls contributeurs aux doses radiologiques reçues aux exutoires du stockage seront les produits de fission ou d’activation à vie longue Iode 129, Chlore 36 et Sélénium 79.

Après avoir franchi les barrières du verre, de l’acier et du béton, puis s’être dissous dans l’argile et avoir diffusé dans les différentes couches terrestres, certains produits de fission pourraient éventuellement ressortir après un temps si long (au minimum 100 000 ans dans le pire des cas…) et en dose si infime que leur dangerosité ne sera pas mesurable.

Cette radioactivité minime résiduelle sera alors au maximum d’un centième de la radioactivité naturelle locale dans 400 000 ans (page 57)… et se confondra avec elle.

De plus, cette radioactivité naturelle (2,4 millisieverts en moyenne) est par endroit (selon la nature du sol) multipliée par dix entre la région parisienne et la Bretagne, ou le Massif central, ou les Alpes !

Où est le problème ?

Où est donc le problème puisque la gestion pérenne des déchets nucléaires est déjà établie et résolue par le stockage géologique profond dans le centre CIGEO, et actée dans la loi depuis 2006 ?

Cette loi préconisait aussi de continuer les recherches sur la transmutation des déchets radioactifs.

Certains experts préconisent de réduire la radioactivité des déchets en les transmutant soit dans les futurs réacteurs à neutrons rapides (RNR), soit dans des réacteurs spécifiques principalement dédiés à cette transmutation appelée ADS (accelerator driven system).

Mais quelle que soit la voie envisagée, pourquoi transmuter à grands frais une toute petite partie des déchets (les actinides mineurs) alors qu’ils sont déjà parfaitement gérés et qu’ils ne présentent (et ne présenteront jamais) aucun danger ?

En effet, le CEA indique dans son rapport de 2012 (page 77) que « La transmutation des produits à fission à vie longue n’est pas techniquement possible ».

Et parmi les trois actinides mineurs, seule la transmutation de l’américium présenterait un avantage technique et économique en réduisant « la charge thermique » des déchets ce qui permettrait de « diviser par trois l’emprise souterraine d’un stockage géologique ». Et donc de stocker trois fois plus de déchets pour un même volume de stockage.

Mais cette densification n’aura-t-elle pas de conséquences sur le fonctionnement du stockage ?

Pour cet avantage (densification du stockage), construire une vingtaine (page 39) de coûteux réacteurs ADS à la seule fin de transmuter l’américium est-il vraiment nécessaire, et même seulement utile ?

Le jeu (constructions coûteuses) en vaut-il la chandelle (se donner l’illusion de réduire un danger fictif et réduire par trois le volume du stockage) ?

Puisqu’un projet de réacteur ADS (MYRRHA) est déjà en cours de construction à Mol en Belgique avec aussi d’autres objectifs (notamment médicaux et de recherches) jusqu’en 2030… payons pour voir (un milliard d’euros) !

Imprécation et information

L’époque actuelle est davantage à l’imprécation antinucléaire et à « l’intox » qu’à une information raisonnée sur la production d’électricité d’origine nucléaire.

Pour aller au-delà de l’écume et de la désinformation des principaux médias et de certaines organisations autoproclamées « indépendantes », et même d’une frange d’experts nucléaires, la lecture estivale des livres suivants pourrait être utile à une meilleure compréhension du sujet « radioactif » des déchets nucléaires, et du nucléaire en général :

Les déchets nucléaires : quel avenir ? de Stéphane Gin

Déchets nucléaires : Où est le problème ? de Francis Sorin

Le nucléaire : un choix raisonnable ? de Hervé Nifenecker

Vive le nucléaire heureux ! de Michel Gay

Et enfin pour les plus désireux de s’informer techniquement en profondeur, le remarquable livre La radioactivité de Yves Chelet (plus de 500 pages…).

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  • Voici un article simple et clair à la portée de tous, à condition bien sûr de ne pas avoir de blocage idéologique.

    • @BMD : la propagande d’EDF c’est comme la vaseline.. lire mon commentaire ci-dessous pour un debunkage en règle de toute cette merde.

  • L’idéologie, qu’elle soit anti -nucléaire ou réchauffiste, conduit toujours à, des choix stupides de la part des politiques qui veulent faire plaisir au bon peuple, qui n’a ni les moyens intellectuels ni le temps pour comprendre les faits surtout s’ils sont techniques ou relèvent de la physique pure.

    • Gerald555 : à l’évidence vous n’avez pas compris cet article puisque ses grossiers mensonges ne vous apparaissent pas comme étant une évidence.

  • Pourquoi se compliquer la vie avec aussi peu de dechets ,meme pas le volume de la grande pyramide ..sans doute que les eoliennes occuperont plus de surface de stockage que le nucleaire..et c’est sans probleme ,il y a tellement d’hectares inutilisables dans le monde

    • @Reactitude :

      Le problème de ces déchets est qu’ils contaminent déjà la chaîne alimentaire, car la radioactivité est très petite et qu’on ne sait donc pas la confiner.

      Tous les centres de déchets dégueulent déjà de la radioactivité dans leur environnement.

      Le problème il est que quelques micro-grammes de plutonium ingérés cause la mort chez l’Homme.

      Le problème il est que toute l’information est censuré par l’armée et les mafias, car il n’existe pas de nucléaire civil.

  • Je suis ingénieur atomicien et travaille dans l’industrie nucléaire depuis plus de 10 ans. Je confirme parfaitement le contenu de cet article. Enfin un journal qui traite convenablement de la question nucléaire!
    Bravo !

  • Tout est mensonger et honteusement propagandiste dans cet article.

    Depuis l’explosion de centre d’enfouissement de déchets atomiques du Nouveau Mexique aux USA, toutes les études qui démontrent l’inanité de ce type de solutions d’enfouissement sont validées.

    Pourquoi ?

    Parce que les colis radioactifs dégagent de la chaleur et cette chaleur fait fondre le plastique qui est contenu dans les déchets et ce plastique se transforme en gaz qui explose. Ce qui est advenu au Nouveau Mexique comme tous les physiciens non inféodés à la mafia de l’IAEA ou en France inféodés à leur propre idéologie marxiste, l’expliquaient..

    Aussi, enfouir les déchets atomiques nécessite de les ventiler en permanence, ce qui n’est pas prévu à CIGEO puisqu’un tel système de ventilation reviendrait à avouer l’inanité de tout ce projet CIGEO qui au même titre que les avions renifleurs ou ITER ne marchera donc jamais.

    Concernant le soi-disant recyclage des déchets atomiques, c’est un mensonge, il n’y a aucun recyclage, mais une production nouvelle de déchets atomiques nouveaux.

    Lorsqu’on brule de l’uranium dans une cheminée (donc dans une centrales atomique, qui n’est rien d’autre qu’une vulgaire et primitive cheminée) on produit des résidus de combustion qui sont comme la cendre d’un feu de cheminée et cette cendre elle est récupérée et chimiquement traitée à La Hague et ailleurs pour en extraire le plutonium (qui servait jusque là à fabriquer les bombes atomiques, une centrales atomique n’ayant jamais été inventée pour produire de l’électricité).

    Donc, ce que vous appelez recyclage, c’est en fait un accroissement de la production de combustible MOX ainsi donc qu’un accroissement de la production de plutonium.

    Et ces centrales dites de 4ème génération, ne sont que la même chose que SuperPhénix (qui manqua de sauter et de contaminer toute l’europe soit dit en passant et qui fut arrêté suite à ses failles), c’est à dire des centrales refroidies au sodium liquide (qui brule au contact de l’air et explose au contact de l’eau) et dont le combustible est à 100% non plus de l’uranium (comme dans les centrales actuelles), mais du plutonium (encore plus mortel et encore plus toxique que l’uranium, puisque quelque micro-grammes ingérés par l’Homme causent la mort)..

    A l’évidence vos arguments sont donc ceux d’un asile psychiatrique ou du marxisme.

    • Du plastoc avec de l’américium, y en a qui sont complètement mabouls et fêlés du ciboulot … hilarant :mrgreen:

      • @MichelC :

        Oui, du plastique dans les déchets.. ce qui a causé l’explosion de centre d’enfouissement du Nouveau-Mexique..

        Cela aussi est hilarant pour les marxistes que vous êtes tous ici ?

        Libéral, vous ? Mon cul sur un commode.

    • « SuperPhénix (qui manqua de sauter et de contaminer toute l’europe soit dit en passant et qui fut arrêté suite à ses failles) »
      Vous ne lésinez pas sur le mensonge. Sans m’engager sur la valeur technique de Superphénix, rappelons que la décision de son abandon a été prise par Jospin tout seul, et dans le seul but de récupérer des suffrages écolos. Tout le reste est du bla-bla, rejeton plus ou moins légitime de la célèbre rhétorique communiste que l’on peut résumer ainsi : calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose.

      • @RX33 : la toiture de Superphénix se barrait en couille.. ce qui n’est pas sans rappeler la cuve du réacteur de l’EPR de Flamanville à l’égard duquel la justice (Stéphane L’Homme partie civile) a reconnu la malfaçon tout en autorisant par corruption la poursuite de l’exploitation..

    • c’est ça le debunkage?

      je vous rappelle quand m^me que l’accident de tchernobyl… a eu des effets qu’on peut même si ça choque qualifier de rassurants surtout eu égard à la trouille…

      des cancers de la thyroïdes..+ des morts prématurées théoriques.

      j’entends pas rassurant comparable à l’intoxication par des graines de haricots germés bio!!!!

      on a le droit d’etre antinuc..
      mais faut alors assumer de compter les morts des méthodes de production électriques alternatives…et là on a moins l’impression de sauver le monde…

      • @jacques lemiere :

        Chernobyl est une catastrophe toujours active, irrésolue et le bilan des morts est encore très provisoire, d’autant plus qu’il ne fait pas consensus du fait qu’il n’existe aucune possibilité d’étude civile dans ce domaine.

        L’Institut Belrad qui est le seul institut composé de médecins indépendants en Biélorussie (principal pays touché par Chernobyl) ne partage pas votre avis : http://www.belrad-institute.org/ lorsqu’ils sont quotidiennement au contact des victimes.

        L’URSS elle-même annonçait 600000 morts pour Chernobyl lors du congrès de Vienne de l’IAEA (pendant qu’en France on disait que le nuage ne passerait pas la frontière).

        Le corium (coeur fondu du réacteur) de Chernobyl peut se réactiver à tout moment puisqu’il continu de dégager des électrons.

        Les populations touchées par la radioactivité peuvent être en quelque sorte porteurs sains et dans 50 générations nous aurons donc encore des bébés qui naitront malformés à cause de Chernobyl.

        L’Académie des sciences de New-York-City estime à 1 million le nombre de morts en bilan provisoire, dans une étude censurée en France par l’armée ou décriée systématiquement par ceux qui sont financés par l’armée ou EDF..

    • @Touieverte: Votre vivacité dans la réponse montre bien que les partisans de la religion anti-nucléaire ne peuvent pas se maîtriser quand on parle du sujet des déchets nucléaires. Je ne reprendrai pas vos arguments mais je soulignerai seulement que les déchets de haute activité à vie longue (HA/VL) issus du traitement des combustibles utilisés dans les centrales nucléaires représentent moins de 0,2 % du volume total des déchets radioactifs et concentrent 96 % de la radioactivité.
      Alors arrêtez de vous énerver!

      • @Pierre Brisson :

        Sauf vos injures contre le libéral que je suis, vous n’infirmez aucun des mes postulats.

        Parler de volume de déchets comme vous le faite est un obscurantisme destiné à noyer le poisson d’un extrémisme mental.

    • Voila une toupie qui tourne en roue libre. Et +1000 pour la conclusion digne d’un petit commissaire politique de république populaire « vos arguments sont donc ceux d’un asile psychiatrique »

    • Une réaction nucléaire n’a rien d’une combustion. En fait même les barres d’oxyde d’uranium/plutonium sont incombustibles… C’est juste un terme inapproprié passé dans le langage courant.
      Par contre, dans les centrales à charbon, on brule de l’uranium (en petite quantité, contenu dans le charbon qui n’est pas purifié). C’est d’ailleurs pour cela que ce sont les plus gros émetteurs de radioactivité.

  • Pourquoi faire ?

    Pour faire accroire qu’il y aurait une alternative au stockage géologique. Pour créer un débat artificiel dans l’espoir de retarder les bonnes décisions. Pour bloquer la dernière étape d’un processus dans l’espoir que l’ensemble du processus ne soit plus viable.

    Même stratégie employée par les escrolos avec le CO² et leur invention du RCA, dans le but de ruiner nos économies.

  • Les commentaires sont fermés.

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