Déchets nucléaires : « R7T7 » pour les « siècles des siècles »

Marcoule by kmaschke(CC BY-SA 2.0)

Le cylindre d’acier et de verre « R7T7 » mérite d’être connu car il permet de confiner les déchets nucléaires les plus radioactifs.

Par Michel Gay.

Plus fin et élancé1 que le robot « R2D2 » du film « La guerre des étoiles », le cylindre d’acier et de verre « R7T7 » est beaucoup moins célèbre2. Il mérite pourtant d’être connu car il permet de confiner les déchets nucléaires les plus radioactifs dans les profondeurs de la terre (à 500 mètres) pour « les siècles des siècles ».

Extraits des combustibles des réacteurs nucléaires, les produits de fission et les « actinides mineurs » sont appelés déchets « de haute activité à vie longue » (HA-VL). Vitrifiés dans R7T7, ils ne représentent que 0,2 % du volume total des déchets nucléaires, mais ils concentrent 98% de la radioactivité. Ils ne contiennent ni uranium ni plutonium. Ces derniers en ont été retirés pour être soit recyclés, soit entreposés en attente d’une valorisation dans de futurs réacteurs dits « à neutrons rapides » de quatrième génération.

Le premier cylindre de verre R7T7 (contenant 60 kg de déchets HA-VL pour 340 kg de verre et recouvert d’une peau d’acier), a été fabriqué en 1978 à Marcoule (Gard).

R7T7 sera « amorphe » pendant des millions d’années

Le verre R7T7 résiste à tous les types de radiations et à la chaleur. Des études sur des verres basaltiques naturels ont montré qu’il restera stable pendant… des millions d’années.

Initialement, l’intense radioactivité qui se déroule à l’intérieur du cylindre chauffe le verre qui se comporte comme un radiateur de 3000 watts (W). Sa puissance décroît ensuite lentement (170 W après 100 ans, et seulement 30 W après 300 ans).

La température doit rester inférieure à 90°C dans les galeries creusées à 500 mètres de profondeur. Donc plus l’entreposage en surface dure longtemps, moins le stockage géologique demande d’espace entre les colis pour répartir la chaleur. Cette longue attente en surface diminue donc aussi les coûts en diminuant le volume d’accueil.

Près de 1000 conteneurs spéciaux de déchets vitrifiés sont produits chaque année à La Hague. Ils refroidissent ensuite pendant quelques dizaines d’années (60 à 100 ans, peut-être 300 ans) dans des puits ventilés naturellement.

Lorsque l’autorisation sera délivrée, ils seront stockés de manière réversible pendant 100 ans dans des alvéoles souterraines à Bure, dans la Meuse. Ensuite, ils y resteront confinés définitivement conformément aux orientations définies par la loi de juin 2006 et le code de l’environnement.

Dans quelques milliers d’années, après avoir traversé les parois de béton et d’acier du colis, l’eau arrivera au contact du verre qui, en se dissolvant, formera un gel protecteur (phénomène de lixiviation). Les expériences menées et des constats historiques, notamment prés de Montpellier sur le site basaltique et argileux de Salagou, ont montré une dissolution d’un millimètre d’épaisseur chaque … 100 000 ans !

Le déplacement « raisonnable » maximum estimé des éléments les plus solubles est de deux ou trois mètres sur plusieurs milliers d’années. La dangerosité de leur radioactivité aura alors quasiment disparu… et ils seront toujours à environ 500 mètres sous terre.

Cependant, supposons que tous les cas les plus défavorables se présentent les uns après les autres. La dose maximale qui remonterait alors en surface après (au minimum) 100 000 ans ne  représenterait… rien !

En réalité, elle représenterait 100 000 fois moins que la radioactivité naturelle, c’est-à-dire une promenade à pied d’un quart d’heure sur un parcours granitique en Bretagne, ou dans le Massif-Central, ou dans les Alpes. Cette dose représente aussi un bain dans une piscine de stations thermales dont les eaux radioactives soignent les curistes3

Oui, l’humanité peut gérer les déchets nucléaires

Aujourd’hui, il n’y a plus de verrou scientifique ou technique qui empêcherait une gestion sûre et définitive des déchets de haute activité dans un stockage en formation géologique profonde.

En France et dans le monde entier, la science a confirmé la fiabilité des modes de gestion choisis pour les déchets nucléaires « HA-VL ». La solution pérenne et sûre du stockage dans les couches géologiques profondes sera mise en œuvre en France dans quelques dizaines d’années pour laisser le temps à R7T7 de refroidir.

Cette solution est déjà mise en œuvre en Suède.

Le débat et la controverse dureront cependant encore probablement longtemps. Des déclarations fracassantes d’experts, parfois autoproclamés, en mal d’audience ou de subventions, continueront de défrayer la chronique. La difficulté des décideurs sera de s’extraire de ces échanges, peut-être intellectuellement satisfaisants (pour certains) mais improductifs, afin de prendre des décisions.

Il faut confier à la nature la prévention de ce risque plutôt qu’à la société et aux futures générations.

L’énergie nucléaire continuera à être source de vie et de richesses pour les nations qui auront les ressources humaines et les moyens technologiques d’accéder à cet extraordinaire don de la nature. Elle est aussi un moyen d’économiser les combustibles fossiles dont les autres pays auront un besoin vital pendant encore longtemps.

Un avenir durable pour tous inclut forcément le nucléaire dans la réflexion4, et le verre durable R7T7 fait partie de la solution « pour les siècles des siècles ».

  1. Hauteur 1,4 mètre pour un diamètre de 40 centimètres.
  2. Voir le livre de Stéphane GIN « Les déchets nucléaires : quel avenir ? » (Dunod / 2006) https://www.amazon.fr/Les-d%C3%A9chets-nucl%C3%A9aires-Quel-avenir/dp/2100503634
  3. Voir le livre paru en octobre 2016 « Sous-exposé ! Et si les radiations étaient bonnes pour vous ? » http://www.vive-le-nucleaire-heureux.com/
  4. Voir le livre paru en mars 2016 « Vive le nucléaire heureux ! » http://www.vive-le-nucleaire-heureux.com/