Raymond Barre rattrapé par le fisc pour 7 millions planqués en Suisse

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Personne ne doit échapper à la juste vigilance du fisc. Pas de privilèges ! Pas de petit malin qui planque son magot ! Un seul rang bien aligné, pas une seule tête ne doit dépasser.

Par Patrick Aulnas.

Le Canard Enchaîné, toujours à l’affût d’informations croustillantes, vient de révéler que Raymond Barre aurait « planqué » environ sept millions d’euros en Suisse. On ignore tout de l’origine des fonds, mais il pourrait simplement s’agir d’un héritage familial, c’est-à-dire de capitaux qui avaient été placés en Suisse à une époque plus ancienne, comme cela se pratiquait couramment dans les familles aisées.

Personne ne doit échapper au fisc !

L’unanimisme médiatique sur le sujet étonnera toujours les naïfs comme l’auteur de ces lignes. C’est mal, c’est vraiment très mal de planquer son fric en Suisse. L’État doit tout connaître des revenus et des patrimoines. Simple question de justice. Comment voulez-vous prélever équitablement si vous ne disposez pas de toutes les informations ? La justice fiscale et la justice sociale imposent évidemment que chacun contribue à la construction de la société bonne et juste à proportion de ses moyens.

Le malheureux salarié, dont les revenus sont déclarés par son employeur, ne peut absolument rien cacher. Il en résulte que la transparence doit désormais être complète. Personne ne doit échapper à la juste vigilance du fisc. Pas de privilèges ! Pas de petit malin qui planque son magot ! Un seul rang bien aligné, pas une seule tête ne doit dépasser.

Le meilleur des mondes

Personne ne semble même penser qu’un tel modèle conduit tout droit à la servitude. La justice parfaite, surtout lorsqu’elle concerne l’argent, suppose des contrôles et donc des moyens de contrôle de plus en plus inquisitoriaux. Et bien évidemment, contrôler la circulation et l’accumulation monétaire au niveau micro-économique, c’est disposer d’informations fines sur la vie privée des individus.

On pourrait ainsi imaginer un monde dans lequel d’énormes systèmes informatiques stockent intégralement l’ensemble des transactions et les analysent pour le compte de l’État, après interdiction de l’argent liquide. Nous sommes sur cette pente. Et visiblement, la direction prise par nos sociétés ne suscite aucune angoisse dans le grand public. Pour avoir la justice parfaite, laissons s’instaurer le contrôle parfait. Tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes.

La passion de l’égalité

Mais l’anticipation des risques de totalitarisme par les contrôles tous azimuts n’est pas le principal aspect du problème. L’essentiel se situe du côté de la philosophie politique. Il n’est pas nécessaire de s’envoler vers des concepts éthérés pour le comprendre. C’est tout simple. La passion de l’égalité, que Tocqueville avait entrevue très tôt, est désormais totalement admise. Par tous les grands médias, par la presque totalité de la population. Il est entendu et absolument indiscutable et indiscuté que la marche vers l’égalité est la mission première et sacrée de tout État digne de ce nom.

Quelle égalité ? D’abord et avant tout, l’égalité économique. Pourquoi pourriez-vous gagner davantage que moi ? Pourquoi, sous prétexte de compétence, de talent, d’habileté, de dynamisme, auriez-vous le droit d’accumuler des fortunes ? Si justice il y a, elle ne peut consister qu’à redistribuer. « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins », telle était la préconisation de tous les socialistes, marxistes ou non, au XIXe siècle. Il faut désormais mettre en œuvre cet excellent précepte.

C’est quoi, ça, la liberté ?

Que cette mise en œuvre conduise nécessairement à étouffer la liberté, cela importe peu. Qui s’intéresse encore à une notion aussi creuse que la liberté ? C’est quoi la liberté ? La liberté d’écraser les autres, le règne du renard libre dans le poulailler libre. Ne venez surtout pas nous bassiner avec votre liberté !

Laissez-nous de grâce construire le monde juste, égalitaire, auquel chacun aspire, bref la société du bonheur pour tous avec contrôles automatisés à tous les étages. La liberté, c’est le malheur garanti. Il faut toujours se battre pour la liberté. Avec l’égalité, vous êtes tranquille. Il suffit de laisser l’État contrôler les non conformistes, les rebelles. Ils ne feront pas le poids, ils rentreront dans le rang.

 

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