Pénurie de médicaments en France : causes et solutions (4)

Par Patrick de Casanove.

Les causes de la pénurie de médicaments en France ont été développées dans la première partie de cet article, ainsi que les spécificités françaises de cette pénurie, et enfin les fausses bonnes solutions qui ont été envisagées.

La seule bonne solution réside dans la liberté économique.

Rétablir un libre échange et un marché libre

On constate que lorsque le marché est libre les produits ne manquent pas. Même les dernières innovations technologiques sont disponibles en abondance. Smartphones, ordinateurs, logiciels, technologies numériques, premières applications de l’Intelligence Artificielle sont présents partout dans le monde. (Il y a davantage de smartphones que d’habitants sur Terre). Il y a abondance parce que le marché est libre.

Loin d’être responsable de la pénurie de médicaments comme présenté supra, le libre échange permet à n’importe quel individu, n’importe où sur la planète, de bénéficier du traitement dont il a besoin. Qui a découvert le produit et dans quel pays, l’endroit où il est fabriqué, importent peu. Ce sont les individus qui échangent et pour chacun d’eux le libre échange compense cette délocalisation, que ce soit de l’invention, de la production, ou autre.

Par exemple c‘est la liberté de circulation des marchandises qui fournit à des dizaines de millions de petits Chinois les vaccins qui n’ont pas été inventés en Chine et dont ils ont besoin pour rattraper leur retard vaccinal contre la rougeole. C’est aussi le libre échange qui a pallié les ruptures d’approvisionnement pour les corticoïdes.

S’il existe une seule et unique usine dans le monde, qu’elle soit située en France ou ailleurs, sa défaillance aura les mêmes conséquences. Le souci est l’unicité. La correction c’est la concurrence. L’unicité du site de production est aussi un risque pour l’entreprise en cas de problème. Risque que les clients partent. Risque qu’un concurrent démarre ailleurs. Risque qu’un produit de substitution soit utilisé et adopté définitivement. Par exemple, le Sinemet dont la pénurie a fait grand bruit, a  des concurrents et des génériques (la politique française des génériques est un autre problème.)

Dans un marché libre la concurrence peut être générée par des clients qui ne sont plus fournis. Si les Français, accros à l’État, choisissent la pharmacie des armées et un comité Théodule, les Américains eux, créent une entreprise :

« Cinq organisations représentant plus de 450 hôpitaux aux États-Unis montent ensemble la société pharmaceutique Civica Rx, pour pallier la pénurie de médicaments aux États-Unis, ainsi que pour remédier à la hausse de leurs prix. »

Dans le cas du médicament comme ailleurs, les mieux à même de connaître leur prix de revient ce sont les laboratoires. Ce qui est certain c’est que leur objectif premier est de faire des bénéfices pour survivre. Comme n’importe quelle entreprise. À eux de ne pas se tromper en proposant le prix de vente. Ce dernier sera au final accepté ou refusé par le marché. C’est lui qui dira si le produit est utile, adapté et si le service rendu vaut le prix demandé.

Le marché libre est le seul moyen efficace de gérer les molécules dites « très bon marché » et dites « peu rentables ». Si ces molécules sont utiles et rendent service, ne serait-ce qu’à quelques personnes, le marché trouvera un prix qui satisfera les producteurs et les consommateurs. Ce prix peut être élevé, parce qu’il lui faudra supporter le poids de la chaîne de production. À moins que le laboratoire profite d’un blockbuster, s’il en a, pour équilibrer ses comptes. (Voir supra)

« La valeur est subjective«  écrit Frédéric Bastiat. Le prix est une information que l’entreprise devra comprendre pour en tirer les conséquences. Quand on a assimilé que les prix libres dépendent du marché libre, que ce sont des informations en quantité infinie, instantanées et fiables, on en déduit qu’il n’y a pas besoin d’intervention de l’État dans l’économie pour que l’ « harmonie économique » soit réalisée. Constat douloureux pour un Français !

Enfin, dans un chapitre sur le marché libre, il ne faut pas oublier la liberté de choisir son assurance santé. Nous avons vu que l’interlocuteur unique des laboratoires est l’État, le facteur primordial est le remboursement par la Sécu. À cause du monopole public que détient la Sécu, les assurances privées ne peuvent pas discuter avec les laboratoires pour ensuite proposer un meilleur service à leurs clients.

La justice du marché

Grâce au prix libre le marché exerce une extraordinaire justice sans contrainte. Ainsi les pays où les gens peuvent payer les médicaments au prix fort financent la recherche/développement. Grâce à quoi les nouvelles molécules mises sur le marché le sont à des prix modestes dans les pays modestement développés. Leur population peut bénéficier des meilleurs traitements sans supporter les coûts exorbitants et inabordables, pour eux, en recherche et développement. C’est par exemple le cas du Glivec qui coûte 7500 euros par mois aux États-Unis, 3000 en France et quelques dizaines en Inde.

Les socialistes ont, entre autres, ceci d’incohérent c’est qu’ils sont d’accord pour taxer et faire payer ceux qu’ils désignent comme riches, pour donner à ceux qu’ils désignent comme pauvres. Mais quand spontanément et sans contrainte, le marché rend un service bien plus performant, ils le rejettent. À croire que leur plaisir et leur légitimité est de spolier autrui.

La prospérité

Une molécule est vendue cher aux USA parce que les Américains peuvent se la payer. Ce qui veut dire que le niveau de vie américain est supérieur au nôtre. La conséquence est que les Américains se donnent les moyens financiers d’avoir une recherche puissante. Ce qui explique que la recherche et les innovations aux États-Unis sont en pointe et que les malades américains bénéficient des dernières molécules disponibles, des traitements les plus modernes.

Cela a des conséquences bénéfiques. Ainsi pour le cancer du sein et de la prostate les États-Unis ont les meilleurs taux de survie à 5 ans.

Autre exemple, les États-Unis ont la technologie, les moyens financiers, la confiance en eux, la volonté de prendre en charge de très grands prématurés et de supporter les conséquences à long terme de cette prise en charge. La France a probablement la technologie, mais n’a pas les moyens, ni la confiance, ni la volonté d’en faire autant, au prétexte certes fondé du risque de séquelles gravissimes.

Pour ce qui concerne la France la situation particulière de manque de médicaments révèle donc le niveau très moyen de prospérité du pays. La France ne peut pas payer certains médicaments au prix américain, ni au prix allemand. Notre pays est moins prospère qu’eux. Cela signifie que comme pour un pays en développement, des populations plus prospères supportent les coûts de la R&D pour que les Français puissent bénéficier du médicament à un « prix » qu’ils peuvent payer.

Cela révèle également l’inadaptation totale d’un système de couverture sociale, mal conçu dès le départ. C’est-à-dire qu’il n’est pas pensé pour assurer les meilleurs soins pour tous, tout le temps et pour toutes les pathologies. Il est conçu comme un instrument politique d’achat de voix et de rationnement des soins.

Les matières premières

Certes il peut y avoir, au sein d’un système libre, des ruptures ponctuelles dans la chaîne de production.

Par exemple une rupture en matière dite première. Il est important de préciser que les matières que met la nature à la disposition de l’humanité ne deviennent premières que quand leur rencontre avec le génie humain les a rendues utiles. Avant cette rencontre elles ne sont que des matières inutiles, voire gênantes. Le pétrole, dont on parle beaucoup tant il est important pour notre mode de vie, est resté pendant des millénaires ce liquide visqueux et nauséabond qui empêchait l’agriculture.

Cette rupture d’approvisionnement, est rarement voire jamais brutale et dure peu de temps dans un système de libre échange. Parce que l’information des prix fonctionne et permet d’anticiper. Quand une matière se raréfie le signal des prix l’annonce, les prix montent. À partir de là plusieurs solutions : des sources de matières dites premières non rentables le deviennent, le génie humain cherche une matière de substitution, le génie humain cherche à l’économiser pour rendre un service au moins équivalent voire meilleur, avec moins de matière, le génie humain invente une nouveau produit et processus qui se passe de cette matière première. Généralement la transition, si transition il doit y avoir, se fait sans à-coups.

Les pénuries n’apparaissent que lorsque l’État se mêle d’économie. Plus il intervient, plus la misère s’étend. Plus il intervient brutalement, blocus ou embargo, nationalisations, plus les conséquences sont brutales.

Bien entendu en France, pays de l’économie dirigée, du centralisme démocratique, bien des personnes gobent la légende d’une médecine présentée comme gratuite. La plupart des Français n’imaginent pas qu’un autre système soit possible, encore moins un système meilleur. Le fait que cette médecine soit sans médecins et sans médicaments est secondaire, c’est gratuit ! Après la pauvreté subventionnée les gouvernements français ont inventé la pénurie gratuite.

Les laboratoires pharmaceutiques

Au sein du marché libre la concurrence et la responsabilité sont les meilleurs stimulants et régulateurs.

La concurrence, qui est le libre choix incite les industriels, les laboratoires pharmaceutiques comme les autres, à innover sans cesse pour rendre le meilleur service au meilleur prix.

La responsabilité implique que chacun est responsable de ses actes et décisions. Par conséquent l’État ne peut venir au secours d’une entreprise et renflouer ses pertes. « Too big to fail » n’existe pas. Il n’est pas question que le contribuable paie pour compenser une défaillance d’entreprise.

L’objectif d’une entreprise est de survivre. Le corollaire est qu’une entreprise doit faire des bénéfices. Et qu’elle doit être libre.

On ne peut pas reprocher à une entreprise de vendre ses produits, fussent-ils des médicaments, au prix le plus favorable. On ne peut pas reprocher à une entreprise de chercher à réduire ses coût pour rester compétitive.

C’est le consommateur qui en profite et c’est lui qui décide. Les stratégies financières contestables ne peuvent être jugées que par le marché et surtout pas politiquement. Si elles fragilisent l’entreprise parce qu’inappropriées, elles en feront une proie pour la concurrence, qui voudra mieux la gérer.

Libérer l’économie française

Le manque de médicament touche davantage la France que d’autres pays développés. La pénurie de médicaments n’est qu’un symptôme de plus du mauvais état de santé de notre pays. Il y a pénurie de médicaments comme il y a pénurie de travail, pénurie de logements etc.

En bref la particularité française est que la France ne peut plus se payer les médicaments modernes et innovants à cause d’une prospérité économique insuffisante. Pour en finir avec les pénuries il faut rendre aux Français la liberté économique, seule voie vers la prospérité et l’abondance.

Il faut en finir avec le monopole de la Sécu. Laisser aux Français la liberté de choisir  entre la Sécu et diverses assurances, chacune négociant avec les laboratoires pharmaceutiques le prix du médicament et proposant un service adapté à leurs clients. Cette liberté de choix implique que les Français aient les moyens de choisir en bénéficiant de l’intégralité de leurs revenus.  Bien entendu leurs revenus ne seront pas amputés par des impôts écrasants.

Il faut des prix libres pour ne pas se priver de l’information des prix.

Il faut simplifier les procédures administratives. Par exemple le délai d’obtention de l’AMM est plus long en France qu’en Allemagne. Il n’est pas de notoriété publique que la qualité allemande soit moindre que la qualité française.

Conclusion

En ce qui concerne les politiques suivies pour notre système de soins nous avons maintenant 74 ans de recul. Nous pouvons tirer quelques enseignements valables pour toutes les politiques étatiques.

Par exemple, les pénuries, imprévues, apparues après plusieurs dizaines d’années au sein de notre système de santé, pourraient servir de leçon à tous ceux qui s’excitent et qui agitent des prévisions, présentées aujourd’hui comme absolument dignes de confiance, mais toutes plus alarmistes les unes que les autres, sur « l’urgence écologique ». Donc sur la nécessité absolue qu’auraient les gouvernements de « réagir » aujourd’hui, pour « sauver la planète » … en 2050, au plus tôt… peut-être. Le résultat final à toutes les chances d’être lui aussi une véritable catastrophe.

 Il faut laisser le dernier mot à Frédéric Bastiat :

« Dans la sphère économique, un acte, une habitude, une institution, une loi n’engendrent pas seulement un effet, mais une série d’effets. De ces effets, le premier seul est immédiat ; il se manifeste simultanément avec sa cause, on le voit. Les autres ne se déroulent que successivement, on ne les voit pas ; heureux si on les prévoit.

Entre un mauvais et un bon Économiste, voici toute la différence : l’un s’en tient à l’effet visible ; l’autre tient compte et de l’effet qu’on voit et de ceux qu’il faut prévoir.

Mais cette différence est énorme, car il arrive presque toujours que, lorsque la conséquence immédiate est favorable, les conséquences ultérieures sont funestes, et vice versa. — D’où il suit que le mauvais Économiste poursuit un petit bien actuel qui sera suivi d’un grand mal à venir, tandis que le vrai économiste poursuit un grand bien à venir, au risque d’une petit mal actuel. » Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. (1850)

« Se conserver, se développer, c’est l’aspiration commune à tous les hommes, de telle sorte que si chacun jouissait du libre exercice de ses facultés et de la libre disposition de leurs produits, le progrès social serait incessant, ininterrompu, infaillible. »  La Loi (1850) 

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