Grève aux urgences : jusqu’ici, tout allait bien ?

Camionnette des pompiers Renault By: Frédéric BISSON - CC BY 2.0

Le pays de la « plus belle médecine du monde » est en train de faire exploser son système de soins.

Par Phoebe Ann Moses.

Un petit tour dans votre moteur de recherche préféré en tapant « urgences » vous donnera un aperçu de la situation catastrophique que le pays est en train de vivre.

Le pays de la « plus belle médecine du monde » est en train de faire exploser son système de soins.

Urgences : le personnel n’en peut plus

Les urgentistes expliquent clairement qu’ils sont « à bout ». Un terme vague et difficile à comprendre dans un pays où on évoque le « burn-out » à la moindre contrariété professionnelle. Y compris dans des métiers où le travail consiste essentiellement à être dans un bureau.

Ce « beau métier » supposé apporter aux patients une réponse immédiate à un problème de santé urgent (et vital) a été détruit par les gouvernements successifs, qui ont fait des urgences un dispensaire devant répondre gratuitement à tout et n’importe quoi : de l’infarctus en cours à l’angoisse nocturne, de la crise d’appendicite à la cause la plus bénigne.

Au milieu d’un fatras de motifs ne relevant pas de l’urgence vitale, des cas graves et nécessitant toute l’attention et tout le temps du médecin finissent par être traités avec difficulté. Médecin interrompu en plein examen du patient par des personnes faisant irruption dans le box et ne supportant pas d’attendre pour un motif moins urgent ; agressivité, agressions, menaces…

La nuit, il est de plus en plus fréquent que les médecins et les infirmières soient agressés. L’agression verbale est quotidienne. Les gens ne sont pas « juste impolis », ils sont violents. Ils empoignent, ils saisissent les blouses, ils menacent de mort.

Ce ne sont pas des cas isolés. C’est le lot de tous les services d’urgence.

Le Figaro dresse un triste état des lieux :

En vingt ans, les urgences ont vu leur fréquentation doubler. Sur l’année 2017, pas moins de 8,3 millions de patients ont été pris en charge dans les différents services nationaux, dont 1,5 million dans les centres hospitaliers universitaires (CHU) d’Île-de-France. Une surpopulation des services qui entraîne des tensions quotidiennes: « c’est un boulot de chien de travailler aux urgences. On se fait cracher dessus tous les soirs », commente un infirmier de l’hôpital parisien Lariboisière.

Ce débordement « personnel » est amplifié par un débordement administratif : impossibilité de trouver des lits pour mettre les patients dans les services appropriés, inertie de certains services qui refusent de prendre des patients parce que la fin d’après-midi approche et que personne n’a envie de rallonger sa journée de travail ni ses semaines de 35 heures.

Agnès Buzyn sur tous les fronts

Les conditions se dégradent depuis plusieurs années. Agnès Buzyn tente de panser tant bien que mal la plaie des urgences. Mais les solutions qu’elle propose n’auront d’impact que dans plusieurs années. Les soignants doivent donc attendre, et serrer les dents. En attendant, Agnès Buzyn ne veut plus « qu’il y ait des gens sur des brancards »… Un voeu pieux partagé par les soignants mais comment fait-on ? On invente des professions intermédiaires qui « gèreront » certains malades, pour cacher la misère des services ?

Sa tentative de culpabiliser les urgentistes de Lons Le Saunier, massivement en arrêt maladie, ou ceux de l’hôpital Lariboisière, n’a fait que jeter de l’huile sur le feu. C’est maintenant la France des urgences tout entière qui s’embrase. Évoquer la « responsabilité » des soignants, comme l’a fait Édouard Philippe, est tout simplement cynique : qu’un politicien ose ce genre d’argument, c’est l’hôpital qui se fout de la charité !

Vous entendrez parler de la « dégradation du service public ». Vous entendrez demander « plus de moyens ». Mais vous payez déjà pour le service public, avec vos impôts, et vous payez aussi pour que l’hôpital ait des moyens, avec des cotisations « salariales et patronales » prélevées sur votre salaire.

L’argent a bien été prélevé. Apparemment il s’est perdu en route.

Au cœur du problème : la politique menée depuis des années

Les méthode pour « sauver » les urgences et le système de soins en général, seront socialistes, alors que les causes de leur implosion sont socialistes : plafonnement des tarifs, planification du système, fonctionnarisation des médecins, destruction de la médecine libérale… Et ce sont les responsables qui en parlent le mieux :

Olivier Véran est celui qui fustigeait les médecins « mercenaires », ces horribles médecins qui viennent suppléer à l’absence de personnel en cas de besoin… Et qui prônait la régulation du personnel hospitalier.

Les problèmes des urgences, actuellement « révélés » au  grand jour, ne sont que le commencement : elles sont la première ligne de ce système de soin à la française. Mais le reste suivra.

Il n’y a qu’une seule solution pour résoudre cette crise. Que l’argent public soit géré convenablement et cesse de se perdre dans les méandres d’une administration kafkaïenne et pléthorique qui finit par nuire au patient au lieu de le servir.

De même, la gratuité montre ses limites. L’augmentation du flux de patients est sans cesse alimentée par la gratuité de tout, donnée d’une main par l’État. De l’autre main, il a serré la vis sur la tarification des soins, organisé le recrutement des médecins, planifié l’ensemble du système de soins. Bilan : déserts médicaux, nombre de praticiens en baisse, grogne… Comme il a détruit l’École, il détruit l’Hôpital.

Le tout gratuit n’est cependant pas près de s’interrompre : il est un moyen de gagner et de conserver des électeurs. Mais brandir notre solidarité ne suffira plus. Les soignants, les patients, commencent à  prendre conscience des limites de la solidarité obligatoire. Ils ont une nouvelle fois entre les mains l’outil le plus précieux aux yeux des politiques et des Français : il n’y a plus qu’à s’en servir avec bon sens.

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