La gauche veut-elle détruire la médecine libérale ?

Stethoscope By: Rosmarie Voegtli - CC BY 2.0

Quel est le programme des candidats de gauche en matière de santé ?

Par Bernard Kron.

médecine libérale
Stethoscope By: Rosmarie VoegtliCC BY 2.0

Les normes, les lois santé et les 35 h ont mené le système de soins dans le mur car les jeunes générations de médecins, hommes et femmes confondus, veulent comme nous tous une meilleure qualité de vie. Ils ne veulent plus travailler 60h par semaine dans des déserts.

L’aile gauche des socialistes n’accepte pas le monde capitaliste et veut le transformer progressivement sans quitter le vieux rêve révolutionnaire communiste.

Benoit Hamon reste fidèle à la doctrine progressiste, il veut parfaire la destruction de la médecine libérale avec toujours plus d’État et diviser le gâteau du travail en réduisant encore le temps.

Le candidat Macron n’a pas réellement détaillé son programme. Il est d’inspiration hollandiste et du MEDEF.

Les primaires furent l’escalade ubuesque des surenchères pour la santé : le gagnant Benoit Hamon n’est pas le plus lucide ni le plus réaliste sur les mesures à prendre !

Depuis plus de vingt ans nous assistons à une lente dégradation de notre système de soins passé du 1er au 24ème rang des pays de l’OCDE. Les interventions incessantes de l’État depuis les ordonnances de 96 en sont en partie responsables.

Quels sont les objectifs de la gauche ?

Donner une meilleure couverture à tous

On a tout entendu : « mieux rembourser les soins dentaires, l’optique et l’audition », « génériquer tous les médicaments pour baisser les prix », « généraliser les complémentaires » pour supprimer le solde à charge et tout rembourser. Le reste à charge des dépenses de soins a été en moyenne en 2016 de 509€ par Français pour un budget moyen annuel de dépenses santé d’environ 3 000€. « Il faut interdire les dépassements ».

Les primaires de la gauche ont été l’escalade de la démagogie du « soft totalitarisme socialiste » qui interdit l’élitisme au profit de la « médiocratie ». Cette « pseudo gratuité » coûterait d’ailleurs très cher aux citoyens et à L’État.

Quel était l’objectif de la Sécu en 1945 ? Donner un accès aux soins et couvrir les risques des maladies : c’était nécessaire et pouvait permettre de continuer de rembourser plus pendant les 30 glorieuses : avec six millions de chômeurs ce modèle est moribond.

De plus, le vieillissement et ses conséquences ne sont pas un aléa mais ils sont inéluctables avec l’allongement de l’espérance de vie. Vouloir couvrir ce risque et tout rembourser sans reste à charge est donc utopique, et une escroquerie intellectuelle !

Détruire la médecine libérale considérée à tort comme dépensière

Cette volonté est une réalité depuis que le 24 avril 2015 Brigitte Dormont instigatrice de la Loi Santé 2016 déclarait :

« La mise en œuvre du tiers payant généralisé prévu dans la loi sera synonyme de la mort annoncée de la médecine libérale » ce qui, « d’une certaine manière (sic) est une bonne chose » :

Brigitte Dormont ajoutait que la médecine de ville est « complètement incompatible avec un système de santé comme le nôtre ».

Pour la première fois depuis 30 ans on assiste à une baisse de l’espérance de vie !

Le vainqueur est sur la même longueur d’ondes que Marisol Touraine : détruire sans le dire la médecine libérale.

Lutter contre la pénurie de médecins généralistes et les déserts médicaux

Cette lutte contre la pénurie de médecins généralistes et les déserts serait effective avec des mesures contre productives. En effet, la situation est la suivante : les jeunes générations de médecins (70% de femmes en faculté) veulent exercer leur métier autrement, notamment, en ne négligeant pas leur qualité de vie professionnelle et personnelle. « Où va travailler mon conjoint ? Est-ce que j’aurai une école pour mes enfants, quels magasins sont à proximité ? »

On comprend mieux avec ces quelques chiffres : en un an, près de 5 000 praticiens libéraux supplémentaires de la génération du baby-boom ont fait valoir leurs droits à la retraite (ils étaient 57 700 en juin 2016). Le nombre de médecins de ville retraités a bondi de 56% en six ans pour atteindre 62 490 en juillet 2016, selon les derniers chiffres de la Caisse autonome de retraite des médecins de France (CARMF). Selon la CARMF, le nombre de praticiens retraités continuera à fortement augmenter dans les dix prochaines années car la très grande majorité des cotisants en activité (55 000, hommes et femmes confondus) sont âgés de 55 à 64 ans.

Les praticiens en exercice sont âgés de 56 ans en moyenne pour les hommes, contre 50 ans pour les femmes.

La féminisation de la profession ne se dément pas, avec 58% de femmes chez les moins de 40 ans.
25% des nouveaux inscrits sont de diplôme étranger dont la qualité est des plus variable.

Réponse du candidat : des mesures de contraintes à la Soviétique

  • Fin de la liberté d’installation

On veut obliger les médecins à s’installer dans les zones défavorisées en aggravant la dictature de l’administration et des ARS et en donnant le pouvoir aux ARS de répartir les médecins.

  • Salariat dans les réseaux de soins
  • Interdiction des dépassements d’honoraires

Benoît Hamon voudrait interdire les dépassements et suppression du secteur II comme l’avait proposé son concurrent Manuel Valls.

  • Service civil obligatoire

Obliger à un service civil dans les zones sous dotées : or les médecins généralistes le font déjà à l’hôpital avec la prolongation d’un an de l’Internat qui durera 4 ans, et avec un salaire qui commence à 1 200€ mensuels

  • Faire appel aux vétérinaires ?

Pour pallier le manque de médecins pourquoi ne pas faire appel aux vétérinaires ? C’est une proposition de l’adjointe au pôle santé du maire de Dijon, Françoise Tenenbaum, proposition prise avec humour par les médecins et jugée irréaliste par les vétérinaires.

« J’ai réfléchi à la problématique dans laquelle nous sommes, notamment en Bourgogne, où il y a des déserts médicaux, et je me suis rendu compte qu’il y avait des vrais médecins dans les territoires, ce sont les vétérinaires, qui peuvent intervenir en urgence »,

a déclaré l’élue socialiste.

« Je pense qu’il y a un champ de travail, mais il faudrait définir une passerelle de formation et cadrer la mission de ces vétérinaires. Surtout, ce ne serait pas à la place du médecin mais en l’attendant »,

a précisé Françoise Tenenbaum. Cette idée provoque l’effarement des élus de l’Union Régionale des Professionnels de Santé de Bourgogne (URPS) :

« Une pareille désinvolture pour les patients et les professionnels, et une telle méconnaissance des spécificités de ces deux professions sont navrantes ! »

Elle pose le problème du sérieux de la Conférence Régionale de la Santé et de l’Autonomie (CRSA), instance de l’ARS.

Les chirurgiens, eux, ont préféré ajouter à leur indignation une dose d’humour noir. Dans une vidéo intitulée On achève bien les chevaux, l’Union des Chirurgiens De France (UCDF) raille les idées lumineuses de la classe politique et pose une question :

« Humour noir : imaginons que Madame T. tombe et se casse le col du fémur dans une région sous-médicalisée ? Eh bien, le traitement qu’administrent les vétérinaires sur un tel traumatisme pour un cheval de course est… l’euthanasie. »

  • Suppression du numerus clausus

On avance aussi l’idée de supprimer le numerus clausus pour augmenter le nombre de médecins : utopie ! La situation : fixé à sa création à 8 591 pour l’année 1972, le numerus clausus a énormément fluctué. Le nombre d’étudiants admis en 2e année a d’abord chuté à 6 409 en 1980. Ce nombre s’effondre ensuite et passe à 5 000 en 1983 puis à moins de 4 500 en 1986. Il continue progressivement de baisser pour atteindre son étiage le plus bas à 3 500 en 1992… À compter de cette date, le numerus clausus a progressivement été relevé à 4 100 en 2001, 4 700 l’année suivante, 6 200 en 2005, 7 000 en 2006 pour arriver au seuil de 7 676 en 2016.

Solutions proposées : l’augmentation du numerus clausus ou sa suppression. C’est utopique car il faut 12 ans pour former un médecin généraliste et beaucoup préfèrent faire des remplacements (Plus de 10 000) que de s’installer.

  • Des mesures incitatives à l’installation

Attribuer 40 000€ en zones sous dotées est une utopie.

« Ce n’est pas parce qu’on donnera 40 000 euros à un médecin désireux de travailler en ville qu’il ira s’installer au fin fond d’un département rural »,

explique Émilie Frelat, la présidente du Syndicat national de jeunes médecins généralistes (SNJMG).

  • Création de maisons médicales

La création de maisons médicales est une bonne idée mais elle est coûteuse. Beaucoup sont désertes fautes de candidats, en dehors de quelques exceptions. Elles regrouperaient plusieurs spécialités et différents personnels de santé (personnel infirmier, médecins généralistes et spécialistes, kinésithérapeutes…) afin de favoriser une meilleure coordination ainsi qu’un accès plus simple. On se heurte là encore au même problème : la pénurie de médecins.

  • Développer les réseaux et les centres de soins mutualistes

Encore une proposition trop coûteuse pour la société. Des mutuelles ont déjà créé leurs réseaux depuis plusieurs années. Ils intègrent surtout des chirurgiens dentistes, des opticiens et des spécialistes de l’audition, offrant aux patients des lunettes et des prothèses de qualité souvent médiocre mais à des prix largement inférieurs à ceux du marché. En Île de France ils sont déficitaires avec plus de 11 millions de pertes et 22 millions de besoins financiers pour poursuivre. Les praticiens sont salariés, peu efficients, et parfois peu compétents.

  • Le retour des officiers de santé

La proposition : donner aux infirmières le grade de Master et les mettre près de l’hôpital. Ce serait le retour des officiers de santé ! Comme en 14/18.

Développer le « tout hôpital » ?

Ce serait trop coûteux et des milliers de postes ne sont déjà pas pourvus. Un hôpital disposant de moyens techniques satisfaisants pour chaque ville de plus de 30 000 habitants est pure utopie. Il n’y a pas assez de spécialistes pour assurer une telle permanence. Le recrutement massif de personnels de santé dans le secteur hospitalier est une volonté que l’on ne peut pas satisfaire compte tenu du numerus clausus, des 35h et du coût ! C’est donc une idée folle.

La politique hospitalière des candidats révèle une autre ligne de partage avec les libéraux. La bonne solution, et c’est la seule, serait de raccourcir le cursus de médecine générale en formant les médecins en 7 à 8 ans comme à l’époque de l’Externat et de l’Internat sur concours.

Lutter contre le déficit de la Sécu et résorber la dette sociale : pas au programme !

La proposition d’Emmanuel Macron est d’essayer de le résorber le déficit en augmentant les impôts (CSG +1,7%).

C’est une belle ardoise : la dette sociale accumulée atteint 200 milliards d’euros. 15 milliards d’euros sont chaque année consacrés au financement de l’amortissement et des intérêts de la dette. Détenue quasi exclusivement par des investisseurs étrangers, elle est près de dix fois moins élevée que la dette générée par l’État et les collectivités locales.

La dette sociale est une aberration économique. Elle est générée par les déficits continus de l’assurance maladie, des retraites ou encore des allocations familiales. Pour schématiser, une partie des soins prodigués aux Français ou des pensions versées aux retraités aujourd’hui risque d’être payée par leurs enfants.

Revoir la tarification des actes ?

Le but est l’interdiction des dépassements d’honoraires dans les hôpitaux publics et la suppression du secteur 2. Pourtant le budget des dépassements d’honoraires est un budget inférieur aux dépenses cosmétiques, au budget cadeaux ou aux dépenses pour les animaux de compagnie.

Les complémentaires de santé remboursent les tickets modérateurs pour 22 milliards d’euros, alors que les dépassements d’honoraires ne représentent qu’une somme de 6,5 milliards d’euros, dont 2,5 milliards d’euros pour les médecins. Abrogation des franchises médicales, des tickets modérateurs et du forfait hospitalier et des mesures de déremboursement de médicaments et de soins. La ROSP est une prime annuelle « à points » : montant 5 à 8 000€ si les « objectifs » sont réalisés.

L’accès aux soins pour les défavorisés : le Tiers Payant Généralisé

Que de temps perdu pour les médecins qui doivent vérifier sur Améli si le malade a régularisé ses droits, ce qui souvent n’est pas le cas. Sa généralisation est un non-sens par rapport à l’évolution logique de notre système de soins, car la gratuité entraîne la surconsommation.

Pour les pharmaciens otages du système, le coût est estimé à 20 000€ par officine. Les mutuelles, elles, sont omniprésentes derrière la lutte contre les dépassements d’honoraires. Elles sont en faveur des réseaux de soins et de la généralisation des complémentaires, car ce marché est juteux. Quant à la Couverture Maladie Universelle, CMU, créée en 1999, les abus et les trafics de toutes sortes vont pervertir un système déjà trop complexe et trop administré : « je paye donc j’ai droit » !

L’AME, créée en 2000 par le gouvernement Jospin, l’Aide médicale d’État, permet aux étrangers sans papiers qui résident en France d’être pris en charge à 100% pour leurs frais hospitaliers et médicaux (tarif Sécurité sociale en secteur 1) sans avance de frais. C’est un budget de près d’un Milliard d’euros.

L’ALD : près de dix millions d’assurés sont concernés, qui à eux seuls concentrent 65% des remboursements.

D’autres objectifs concernent les médicaments : par exemple, l’obligation pour les praticiens de prescrire des médicaments génériques, l’amélioration du système de vérification de la sécurité sanitaire des médicaments. (Indépendance totale de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé vis-à-vis des laboratoires pharmaceutiques.), la négociation du prix des médicaments avec les laboratoires, la promotion des médicaments génériques.

Le « panier de soins »

Après la polémique lancée par François Fillon sur « le petit risque et le gros risque », le débat sur le « panier de soins » et la répartition de sa prise en charge entre assurance-maladie obligatoire et complémentaires santé divise autant qu’il a stimulé les compétiteurs. Au moment où rebondit la question du reste à charge cette question reste dans le flou. Augmenter son contenu c’est augmenter soit le déficit de la Sécu, soit le tarif. Ces derniers domaines sont politiquement sensibles car sources majeures d’apport d’impôts indirects pour l’État.

Comment financer ces dépenses ?

Comment Benoit Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron veulent-ils financer ces dépenses ?

  • En luttant contre la fraude et les gabegies, mission difficile mais louable.
  • En augmentant la CSG « c’est le candidat de la feuille d’impôts » disaient leurs challengers.
  • En augmentant la part des mutuelles : leurs recettes seraient actuellement de plus de 35Mds€/an. La mutualité française est un lobbying extrêmement puissant. Elle a même réussi à repousser la publication officielle de ses frais de gestion. Cette grande opacité dissimule ainsi le type de gouvernance et surtout de rémunération de ses directeurs. Ces mutuelles ont les charges d’administration de personnel et d’informatique les plus élevées de tous les assureurs, au point de représenter près de 20% des cotisations soit plus de 7Mds€.
  • Des complémentaires santés obligatoires pour les entreprises. On paye très cher un contrat qui rembourse très mal les soins dentaires, l’optique ou les compléments d’honoraires. Aucun Français n’est capable de comprendre l’étendue des garanties proposées ni de comparer le coût de la complémentaire avec le montant réel des sommes remboursées. De plus, il est quasiment impossible de faire une comparaison des complémentaires santé entre elles faute de transparence.

Tel est le programme de destruction du système libéral. Le pouvoir des ARS(Agences de Santé) serait encore renforcé si ces candidats voyaient leur programme appliqué.