Qui a fait augmenter le prix de l’électricité ?

Renouvelables et faux marché expliquent largement les hausses du prix de l’électricité, et en particulier celles de 2019.

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Qui a fait augmenter le prix de l’électricité ?

Publié le 11 juin 2019
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Par Rémy Prud’homme.

L’augmentation du prix de l’électricité (6 % en juin, 1 ou 2 % de plus en août) est un petit crime. Elle ampute le pouvoir d’achat d’environ 2 milliards par an, d’une façon régressive (plus pour les pauvres que pour les riches en proportion du revenu). Qui est responsable de ce délit ? La loi, répète le gouvernement. Hercule Poirot ne se satisferait pas de cette réponse. Quelles dispositions ? De quelles lois ? Selon quel mécanisme ? Et puis l’augmentation de 2019, qui a une dimension conjoncturelle, est l’arbre qui cache la forêt des augmentations des dix dernières années (50 %), qui relève d’explications structurelles. Sur son petit carnet noir, Poirot a inscrit le nom de trois suspects : nucléaire, renouvelables, marché.

Le premier suspect, dénoncé systématiquement par les Verts à l’opinion publique, est le nucléaire. Il a pourtant un alibi en béton. Nos cinquante centrales ont été construites sans subventions, et financées entièrement par des emprunts sur le marché français et international, notamment américain. Le remboursement de ces emprunts, intérêt et principal, a longtemps pesé sur les comptes d’EDF, et sur les prix de l’électricité. Mais il est maintenant terminé. Toutes choses égales par ailleurs, la diminution, et la fin de ces charges de capital aurait du entraîner une baisse, et pas du tout une hausse, du coût du prix l’électricité en France. Du reste, le très officiel prix de la vente obligée de 100 TWh d’électricité nucléaire par EDF à ses concurrents, censé être égal au coût de production, est toujours de 42 euros/MWh. Sur son petit carnet noir où figure la liste des suspects, Poirot raye la mention « nucléaire ».

Le renouvelable intermittent

Un deuxième suspect est l’électricité renouvelable. Plus exactement, le renouvelable intermittent, c’est-à-dire le photovoltaïque et l’éolien. En effet, le renouvelable hydraulique (qui pèse plus lourd que les deux intermittents) est exactement comme le nucléaire, financé par des emprunts amortis depuis longtemps, et fournit une électricité presque gratuite. Les renouvelables au contraire augmentent les coûts d’une quadruple façon.

Le coût direct de production de l’éolien et du photovoltaïque est élevé, même s’il tend à baisser. Les renouvelables ne se développent que grâce à des subventions massives. Ces subventions prennent la forme d’un achat garanti de toute la production à un prix élevé (actuellement 90 euros/kWh pour l’éolien, et 290 euros/kWh pour l’éolien). Cet achat est financé par une taxe prélevée sur les ventes de toutes les formes d’électricité, dont le montant est affecté aux renouvelables. On connaît donc bien le surcoût de cette électricité. Il est actuellement de près de 7 milliards (TVA comprise, car le fisc taxe cette taxe), et il augmente régulièrement.

La multiplication des éoliennes et des panneaux solaires a un impact sur le réseau de transport d’électricité. Avant les renouvelables, l’électricité était produite en 150 ou 200 points du territoire (20 sites nucléaires, autant de centrales à charbon et au gaz, un peu plus de barrages) ; avec les renouvelables, elle est produite en 10 000 points. Pour faire face à cet agrandissement du réseau, RTE dépense environ 1 milliard par an, coût qui est évidemment répercuté en une augmentation équivalente des prix.

Les renouvelables bénéficient d’une priorité d’accès au réseau, qui doit acheter tout ce qu’ils produisent, au moment où ils le produisent. Les autres sources d’électricité (nucléaires, thermique) doivent alors immédiatement diminuer d’autant leur production. Cet effet d’éviction fait que leurs coûts fixes sont amortis sur un moindre nombre d’heures de fonctionnement, et donc que leurs coûts moyens augmentent. Augmentation elle aussi nécessairement répercutée dans les prix de vente.

On a enfin introduit un mécanisme de « garantie de capacité » qui consiste à payer les entreprises qui s’engagent à pallier les insuffisance de l’intermittence éolienne et solaire. Ce coût est encore faible, mais en augmentation rapide. Il contribue bien évidemment à l’augmentation des prix de vente.

Le marché de l’électricité

Un troisième suspect de la liste de Poirot est le prétendu marché de l’électricité. D’une façon générale, un marché concurrentiel élimine les rentes et stimule l’innovation, entraînant une baisse des prix. Rien de tel en matière d’électricité. Il n’y a pratiquement qu’un seul producteur en France : EDF. Les autres acteurs ne sont pour l’essentiel pas des industriels, mais des commerçants, ou plus exactement des financiers. Ils achètent – et revendent à un prix plus élevé – de l’électricité intermittente subventionnée, de l’électricité produite à l’étranger, et l’électricité produite par EDF, obligée par la loi de leur vendre le quart de sa production nucléaire à 42 euros/kWh.

On a là une caricature de marché concurrentiel, sans vrais concurrents, mais avec beaucoup de subventions, d’obligations, de prix administrés, qui n’apporte aucune valeur ajoutée. Ce système baroque génère pour les intermédiaires des coûts et des profits qui augmentent d’autant le prix payé par les consommateurs. L’augmentation du prix réglementé proposée en 2019 par la Commission de Régulation de l’Energie (CRE) a pour effet, et sans doute pour objet, de permettre aux concurrents alternatifs de rester compétitifs avec EDF.

La concurrence a été introduite pour faire baisser les prix ; mais le système est si tordu qu’il faut augmenter les prix pour que vive la concurrence ! Outrée, l’Autorité de la Concurrence, qui croit aux vertus de la concurrence, a rédigé une critique vengeresse (bien écrite et bien argumentée) de la proposition de la CRE. Mais le gouvernement ne l’a pas entendue, et a choisi l’intérêt des financiers plutôt que celui des consommateurs.

Renouvelables et faux marché expliquent largement les hausses du prix de l’électricité, et en particulier celles de 2019. Davantage de renouvelables et de marché engendreront dans les années à venir davantage de hausses de prix. Cependant, remarque Poirot en refermant son petit carnet, les vrais coupables sont les idéologies. L’adoration religieuse des renouvelables intermittents, et la génuflexion devant le sacro-saint marché, deux idéologies encouragées par la Commission Européenne, ont dicté ces sottises. Nous n’avons pas fini d’en payer le prix.

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  •  » le gouvernement a choisi l’intérêt des financiers « …..ben au moins comme ça , on sait à quoi s’en tenir pour l’avenir de notre compte en banque lequel sert de tirelire à l’exécutif ; ça promet ;

  • ben voila ce qui se passe quand on veut à toute force utiliser une « énergie gratuite et inépuisable », on se rend compte que c’est pas vraiment gratuit…et qu’inépuisable ne veut pas dire qu’on en a autant qu’on veut…

  • Vous avez oublié quelques aspects importants : l’aide à la précarité énergétique augmente davantage que les renouvelables, et ce sont surtout la sécurisation des centrales, le coût des chantiers epr, des centrales de renflouement des déchets, et les erreurs (calculées) stratégiques d’Areva (mines d’uranium…) qui sont responsables de l’explosion des prix, avec il est vrai une fausse concurrence qui ne l’est pas.

    • Pas du tout.
      La taxe CSPE a augmenté de 650% depuis sa création (3E/MWh en 2002 contre 22.5E en 2018). Les aides « sociales » ne concernent que 4.6% du montant de la CSPE et sont reltivement stables. Les 3/4 de la CSPE (et de son augmentation) on le doit au développement des EnR et à leur financement (cf camembert du lien).
      Et dans cette CSPE, on ne trouve rien concernant le financement des centrales (arguments pourtant classiques des écolos). Le surcout de fabrication d’une centrale n’est pas gravissime quoiqu’en dise nos écolos, car une centrale nucléaire est rentable à la base. Le surcout sera rentabilisé et ce d’autant plus, que la durée de vie théorique d’une centrale peut être prolongée avec quelques travaux (la construction des centrales modernes en tient compte).

      Par contre, les EnR ne sont rentables qu’avec une subvention directe (aides diverses) et indirecte (priorité d’accès au réseau). Leur surcout est donc permanent.

      https://www.fournisseurs-electricite.com/guides/taxes/cspe

  • La facture d’électricité c’est 50% de taxes…
    quand vous roulerez en voiture électrique çà sera 75 % de taxes..
    là vous vous gèlerez le cul

    • Ca en convaincra certains de l’intérêt de faire augmenter de quelques degrés la température du globe.

      • Il faut bien reconstituer les réserves (obligatoires) qu’EDF a dilapidé, malgré le fait qu’il devait conserver ces énormes sommes pour le démantèlement des centrales . . . les PDG successifs ne sont pas en prison ? comme c’est bizarre !

        • Les PDGs d’EDF obéissent aux gouvernements successifs qui privilégient les gains immédiats en dividendes pour l’Etat aux investissements pour le futur.

  • Dans notre malheur on a heureusement le bonheur d’avoir encore du nucleaire….cela ne pourra pas durer ,il en faut moins pour taxer d’avantage et egaler nos partenaires europeens..tant qu’il y a de la vie ,il y a de l’espoir

  • Petites erreurs dans cet article : les prix annoncés se rapportent à des MWh et non KWh, et 290 €/MWh pour le tarif de rachat du photovoltaïque.

  • * j’approuve cet article qui passe tout en revue.. J’ajoute que le nucléaire a , jusqu’à present, maintenu les prix de l’électricité bas… C’est exact que « la concurrence a été introduite pour faire baisser les prix ; mais le système est si tordu qu’il faut augmenter les prix pour que vive la concurrence.. le gouvernement ne l’a pas entendue, et a choisi l’intérêt des financiers plutôt que celui des consommateurs » (sic). !
    Les économistes atterrés confirment . Henri Sterdyniak ancien de l’École polytechnique. De 1975-1982, il est administrateur de l’Insee. De 1982 à aujourd’hui, il est économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Classé à gauche, il est signataire du manifeste d’économistes atterrés (2010)…. La Commission Européenne impose la mise en concurrence d’EDF… qui doit donc augmenter les tarifs de son électricité pour que ses concurrents puissent être compétitifs (sic) ! https://www.youtube.com/watch?v=jiRLz4MQk7Y&fbclid=IwAR3NMC-n3iJwWJ76wvznJsCA90W91McpHRS8wn3dY9g-0JmLfejif4K9KD4

  • Bravo pour cet article, pour la forme comme pour le fond !
    Le coût des renouvelables y est cependant selon moi très sous-estimé
    Le coût de transformation du réseau est de l’ordre de 4,3 Milliards d’euros par an selon l’audition de Brottes par la commission Aubert. Et il n’y a pas que RTE, il y a aussi ENEDIS.
    D’autre part la CSPE dont l’augmentation était indiscutablement pour les deux-tiers due au développement de l’éolien et du solaire PV n’a pas été supprimée après a création du CASTE et représente actuellement 27 euros TTC par MWh.
    Une manière plus globale de raisonner est de regarder la situation allemande, où les surcoûts de l’Energiewende ont été en moyenne d’environ 25 milliards d’euros par an.
    Je pense qu’en France on en est déjà à environ 20 milliards par an, soit de quoi construire deux EPR par an au coût actuel, 3 au coût de série !

  • Dans cet article ne figurent pas les pertes consécutives au différentiel de prix entre les prix de rachats évoqués ci-dessus pour les renouvelables (éolien, solaire, biogaz, ..) et les prix spots de l’électricité exportée, sachant que la France exporte l’essentiel de ces productions renouvelables. (en 2018, solde exportateur d’électricité de 60 TWh) https://www.rte-france.com/fr/eco2mix/donnees-de-marche

  • « …et la génuflexion devant le sacro-saint marché, deux idéologies encouragées par la Commission Européenne, ont dicté ces sottises… »
    Comment une rédaction de Contrepoints refoulant jusqu’à la plus petite réserve formulée à l’encontre du caractère inattaquable de la vertu du libéralisme et de l’auto régulation par le marché a-t-elle pu laisser passer pareil blasphème ?!
    Mais peut-être que la notoriété de Rémy Prud’homme, à laquelle les colonnes de Contrepoints n’ont pas peu contribué, constitue désormais, pour lui, le meilleur rempart contre un désaveu même implicite de ses propos sacrilèges, par la sourcilleuse rédaction.

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