Le négationnisme de gauche, de Thierry Wolton

Pour Thierry Wolton, les négationnismes ont un « avenir radieux » devant eux, d’autant que leurs méthodes ne s’appliquent pas seulement à l’histoire, mais à l’information avec les fake news…

Par Francis Richard.

Le déni de faits historiques avérés ou de leurs déformations relèvent du négationnisme.

négationnismeThierry Wolton fait un distinguo arbitraire entre le négationnisme de droite et le négationnisme de gauche, « afin de ne pas confondre les dénis […], hors connotation politique ».

Le négationnisme de droite est ainsi celui de ceux « qui contestent l’existence des chambres à gaz nazies, ou qui minimisent l’ampleur de l’extermination des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. »

Le négationnisme de gauche est celui de ceux qui nient le « bilan communiste, de ceux qui en escamotent les morts, qui en cachent les causes ».

L’interprétation des faits est libre, mais « la réalité de ce qui s’est passé, comme la manière dont cela s’est passé, dans l’ordre où cela a eu lieu, sont des invariables ».

Or les négationnistes, en ne respectant pas ces règles, trompent l’opinion. Seulement il y a une différence de traitement entre celui de droite et celui de gauche.

Le communisme absous de ses crimes

Si le nazisme n’est pas près d’être oublié, le communisme « s’estompe des mémoires » et le négationnisme de gauche « a pignon sur rue : c’est la proscription de l’anticommunisme » qui l’absout.

Il y a une différence de perception toutefois entre les pays de l’Ouest et de l’Est de l’Europe : à l’Ouest, la Shoah est le cache-crime du communisme et à l’Est, « le vécu communiste fait passer le Goulag devant la Shoah dans les mémoires ».

À l’Ouest donc, pas question de faire un parallèle entre les crimes contre l’humanité commis par les nazis et par les communistes. Pourfendre la croix gammée, oui ; la faucille et le marteau, non.

Les uns et les autres sont pourtant criminels, mais il est vrai que leurs victimes ne sont pas les mêmes et que l’auteur parle pour les uns de génocide et pour les autres de classicide :

« La race distingue le crime nazi, la classe le crime communiste, l’une et l’autre servent à justifier les massacres, à une différence près toutefois, lourde de conséquences: la race est une invariable qui exclut l’Autre ; la classe, une variable laissée à la discrétion du pouvoir exterminateur en fonction de ses intérêts politiques. »

Les deux négationnismes se rejoignent parfois pour former un avatar rouge-brun… Les extrêmes se touchent, dit-on. C’est non seulement vrai en matière politique, mais aussi en matière de négation historique.

Les méthodes du négationnisme

Quoi qu’il en soit, leurs méthodes se ressemblent. Ils emploient notamment :

  • le relativisme : la mise en perspective avec d’autres crimes de masse jugés équivalents, voire supérieurs (privilégié à gauche)
  • l’hypercriticisme : la recherche du détail qui cloche pour affirmer que le reste n’est que mensonge (privilégié à droite)

Auxquels il convient d’ajouter :

  • le complotisme (on nous cache quelque chose)
  • l’utopisme (croire en une autre vérité)

Le négationnisme de gauche atteint, mais pas mort

Les rangs du négationnisme de gauche se sont toutefois éclaircis :

« Ce ne sont pas tant les dégâts humains qui sont difficiles à assumer — il y a longtemps que les consciences s’en sont accommodées —, c’est le reste : la ruine économique, la désolation écologique, la désespérance humaine, l’inanité culturelle ».

Le négationnisme de gauche n’est pourtant pas mort :

« Consubstantiel à l’espérance d’un avenir meilleur qui lui assure licence et protection, [il] est promis à une longévité bien supérieure à celle d’autres négations, tout au moins tant qu’il y aura des crédules ».

En effet :

« La force d’attraction de l’utopie communiste tient à son monopole de l’espérance, qui parle à l’humanité entière. La promesse de l’égalité pour tous, la manière d’y parvenir grâce à la volonté du peuple, et le but à atteindre, une société libérée de toute entrave, font rêver ».

La convergence des négationnismes

Le négationnisme de gauche chez Noam Chomsky et Alain Badiou, par exemple, converge avec un autre, le « négationnisme vert islamique » : le premier par anti-impérialisme, le second parce qu’il considère le terrorisme islamique « comme la continuité de la lutte des classes »…

Ils ne sont pas les seuls :

« Les anti-impérialistes condamnent le capitalisme/libéralisme, les antiracistes blâment le blanc/occidental, ce qui permet aux uns et aux autres de se retrouver dans l’islamisme en guerre, dont le capitalisme et l’occidental sont les ennemis ».

Thierry Wolton ajoute :

« Mais alors que l’islamo-gauchisme campe sur des positions essentiellement politiques, certains anti-racistes dévoyés vont dériver vers des postures raciales qui les entraînent vers le fascislamisme, l’autre forme de soutien aux terroristes. Par la grâce de l’islamisme, le négationnisme en tant qu’avatar rouge-brun reprend du service. »

Cet avatar se caractérise par l’éternel retour de l’anti-sémitisme, déguisé en anti-sionisme, et par la contre-modernité.

Plus précisément :

« Société ouverte, libéralisme, mondialisme : le rejet commun des négationnistes de gauche et des islamistes pour ce monde scelle leur ‘alliance objective’. »

L’avenir radieux du négationnisme

Pour Thierry Wolton, les négationnismes ont un « avenir radieux » devant eux, d’autant que leurs méthodes ne s’appliquent pas seulement à l’histoire, mais à l’information avec les fake news qui sont la dénaturation de la réalité et sont à l’origine de la post-vérité, laquelle « relève du domaine de la croyance, puisqu’elle n’a rien à voir avec la véracité des faits« 

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