Le négationnisme de gauche, de Thierry Wolton

Pour Thierry Wolton, les négationnismes ont un « avenir radieux » devant eux, d’autant que leurs méthodes ne s’appliquent pas seulement à l’histoire, mais à l’information avec les fake news…

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Le négationnisme de gauche, de Thierry Wolton

Publié le 3 juin 2019
- A +

Par Francis Richard.

Le déni de faits historiques avérés ou de leurs déformations relèvent du négationnisme.

négationnismeThierry Wolton fait un distinguo arbitraire entre le négationnisme de droite et le négationnisme de gauche, « afin de ne pas confondre les dénis […], hors connotation politique ».

Le négationnisme de droite est ainsi celui de ceux « qui contestent l’existence des chambres à gaz nazies, ou qui minimisent l’ampleur de l’extermination des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. »

Le négationnisme de gauche est celui de ceux qui nient le « bilan communiste, de ceux qui en escamotent les morts, qui en cachent les causes ».

L’interprétation des faits est libre, mais « la réalité de ce qui s’est passé, comme la manière dont cela s’est passé, dans l’ordre où cela a eu lieu, sont des invariables ».

Or les négationnistes, en ne respectant pas ces règles, trompent l’opinion. Seulement il y a une différence de traitement entre celui de droite et celui de gauche.

Le communisme absous de ses crimes

Si le nazisme n’est pas près d’être oublié, le communisme « s’estompe des mémoires » et le négationnisme de gauche « a pignon sur rue : c’est la proscription de l’anticommunisme » qui l’absout.

Il y a une différence de perception toutefois entre les pays de l’Ouest et de l’Est de l’Europe : à l’Ouest, la Shoah est le cache-crime du communisme et à l’Est, « le vécu communiste fait passer le Goulag devant la Shoah dans les mémoires ».

À l’Ouest donc, pas question de faire un parallèle entre les crimes contre l’humanité commis par les nazis et par les communistes. Pourfendre la croix gammée, oui ; la faucille et le marteau, non.

Les uns et les autres sont pourtant criminels, mais il est vrai que leurs victimes ne sont pas les mêmes et que l’auteur parle pour les uns de génocide et pour les autres de classicide :

« La race distingue le crime nazi, la classe le crime communiste, l’une et l’autre servent à justifier les massacres, à une différence près toutefois, lourde de conséquences: la race est une invariable qui exclut l’Autre ; la classe, une variable laissée à la discrétion du pouvoir exterminateur en fonction de ses intérêts politiques. »

Les deux négationnismes se rejoignent parfois pour former un avatar rouge-brun… Les extrêmes se touchent, dit-on. C’est non seulement vrai en matière politique, mais aussi en matière de négation historique.

Les méthodes du négationnisme

Quoi qu’il en soit, leurs méthodes se ressemblent. Ils emploient notamment :

  • le relativisme : la mise en perspective avec d’autres crimes de masse jugés équivalents, voire supérieurs (privilégié à gauche)
  • l’hypercriticisme : la recherche du détail qui cloche pour affirmer que le reste n’est que mensonge (privilégié à droite)

Auxquels il convient d’ajouter :

  • le complotisme (on nous cache quelque chose)
  • l’utopisme (croire en une autre vérité)

Le négationnisme de gauche atteint, mais pas mort

Les rangs du négationnisme de gauche se sont toutefois éclaircis :

« Ce ne sont pas tant les dégâts humains qui sont difficiles à assumer — il y a longtemps que les consciences s’en sont accommodées —, c’est le reste : la ruine économique, la désolation écologique, la désespérance humaine, l’inanité culturelle ».

Le négationnisme de gauche n’est pourtant pas mort :

« Consubstantiel à l’espérance d’un avenir meilleur qui lui assure licence et protection, [il] est promis à une longévité bien supérieure à celle d’autres négations, tout au moins tant qu’il y aura des crédules ».

En effet :

« La force d’attraction de l’utopie communiste tient à son monopole de l’espérance, qui parle à l’humanité entière. La promesse de l’égalité pour tous, la manière d’y parvenir grâce à la volonté du peuple, et le but à atteindre, une société libérée de toute entrave, font rêver ».

La convergence des négationnismes

Le négationnisme de gauche chez Noam Chomsky et Alain Badiou, par exemple, converge avec un autre, le « négationnisme vert islamique » : le premier par anti-impérialisme, le second parce qu’il considère le terrorisme islamique « comme la continuité de la lutte des classes »…

Ils ne sont pas les seuls :

« Les anti-impérialistes condamnent le capitalisme/libéralisme, les antiracistes blâment le blanc/occidental, ce qui permet aux uns et aux autres de se retrouver dans l’islamisme en guerre, dont le capitalisme et l’occidental sont les ennemis ».

Thierry Wolton ajoute :

« Mais alors que l’islamo-gauchisme campe sur des positions essentiellement politiques, certains anti-racistes dévoyés vont dériver vers des postures raciales qui les entraînent vers le fascislamisme, l’autre forme de soutien aux terroristes. Par la grâce de l’islamisme, le négationnisme en tant qu’avatar rouge-brun reprend du service. »

Cet avatar se caractérise par l’éternel retour de l’anti-sémitisme, déguisé en anti-sionisme, et par la contre-modernité.

Plus précisément :

« Société ouverte, libéralisme, mondialisme : le rejet commun des négationnistes de gauche et des islamistes pour ce monde scelle leur ‘alliance objective’. »

L’avenir radieux du négationnisme

Pour Thierry Wolton, les négationnismes ont un « avenir radieux » devant eux, d’autant que leurs méthodes ne s’appliquent pas seulement à l’histoire, mais à l’information avec les fake news qui sont la dénaturation de la réalité et sont à l’origine de la post-vérité, laquelle « relève du domaine de la croyance, puisqu’elle n’a rien à voir avec la véracité des faits« 

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  • L’abruti ci-dessous résume très bien cet article…
    Slajov Zizek
    « La différence minime entre le goulag stalinien et les camps d’extermination nazis était aussi la différence entre la civilisation et la barbarie. »

  • Dans ma jeunesse (politisée) je qualifiais les cocos : naïveté et arrogance, (j’aurais pu ajouter pédanterie) effectivement depuis ils sont passés de l’idéologie à la pathologie : erreur et orgueil de s’y maintenir.
    Excellent bouquin de Roger Scruton « l’erreur et l’orgueil. »

  • Ce qui est certain, c’est que la discussion libre entre historiens ne devrait pas être entravée par les politiciens qui ont évidemment des arrière-pensées en termes de pouvoir.
    Au surplus, si certaines idées sont choquantes, il faut les laisser s’exprimer pour qu’elles soient discutées.

    • Ce qui a pour corollaire que l’accusation de négationnisme – mot utilisé également envers les « climatosceptiques », c’est à noter – détourne le débat de son véritable objet, comme toutes les attaques ad hominem.

  • Françoise Thom, historienne soviétologue, a écrit à propos de ces idéologies:

     » Les deux systèmes n’acceptent pas la nature humaine telle qu’elle est, les deux systèmes sont en guerre avec la nature humaine. C’est la racine du totalitarisme.
    Le nazisme est basé sur une fausse biologie, le communisme est basé sur une fausse sociologie. Mais les deux systèmes prétendent avoir une base scientifique. « 

    • aucune religion n’admet la nature humaine, vous avez noté?
      serais ce que la nature humaine ne soit acceptable qu’une fois soumise aux dogmes? sources de pouvoirs?
      dans ce cas arrêtez de nous bassiner avec le mot liberté..

  • L’ erreur et l’ orgueil de Roger Scruton est aussi à lire. Une critique acide des thèmes et ouvrages des principaux penseurs qui ont influencé la gauche occidentale de la fin du XXe au début du XXIe siècle : Michel Foucault, Ronald Dworkin, Eric Hobsbawm ou encore György Lukacs.

    https://www.amazon.fr/lerreur-lorgueil-penseurs-gauche-moderne/dp/2810008418

  •  » les négationnismes ont un « avenir radieux » »
    Quel sera le prochain négationnisme ? Au pluriel !

  • Excellent article !
    Le poids de l’Histoire dans nos contrées belges et françaises nous poussent naturellement à rejeter le négationnisme de droite de manière plus virulente, et sont encore trop nombreux les relativistes de gauche (par ignorance ou par négationnisme)

    La différence entre crime nazi et crime communiste (la race et la classe) me tend à comprendre pourquoi le premier « a l’air » plus monstrueux. Il y a dans le crime nazi une volonté choisie d’exterminer quelque chose d’inné. On nait juif, on a des gênes juifs ou slaves, etc. C’est comme décider « j’aime pas les moutons, je tue tous les moutons » or les moutons n’ont pas choisi d’être mouton.
    Tandis que dans le crime communiste, c’est plus un combat entre des conceptions politiques qui a « un peu » dégénéré. L’ennemi du communiste a choisi d’être ennemi du communiste. Ce n’est pas inné.
    Ce qui, selon moi, explique un certain relativisme des crimes communistes par rapport aux crimes nazis.
    (Et je ne soutiens ni l’un ni l’autre pour info… bisou à toutes les commentateurs qui me détestent)

    • çà peut se concevoir.. mais dans les deux cas il s’agit d’idéologie et d’arbitraire au service d’un pouvoir..
      Le pouvoir pour le pouvoir , rien d’autre ,.. çà c’est la caractéristique des dogmes qui n’admettent meme plus la nature humaine..
      les verts sont sur cette ligne..

    • on peut ajouter qu’il suffit en théorie de prendre les sous du riches..tandis qu’il se séparer socialement de la mauvaise race..

      je suis plus fasciné par le néo racisme et internationalité.. de l’universalisme au communautarisme d’une certaine extreme gauche…

    • Comment ça ❗ Bisou et non pas bisous ❓

  • OUPS..
    On en décide pas non plus : de naitre fils de paysan cambodgien ou fille d’industriel russe…

    • pourquoi OUPS ? Ce que vous dites n’est pas une bêtise, c’est juste un mauvais argument.
      Si Piotr, fils de Vladimir le bourgeois, renie son père et s’engage dès ses 15 ans dans les jeunesses communistes, il ne sera pas sur la première liste des personnes à rééduquer.
      Par contre, Samuel, malgré ses tentatives de se recoller le petit bout à la super glu, aura été/est inscrit comme Juif, donc génétiquement à éliminer.

      • J’ai du mal à croire que le fils de bourgeois ait un grand avenir. Regardez en Corée du nord, votre avenir est largement décidé par la nationalité de vos parents/grands parents et s’ils ont participé à la guerre coté des communistes. C’est le « Songbun ». En URSS, les enfants de bourgeois n’avaient pas le droit de faire d’études…
        Pour relativiser dans l’autre sens, il y eu beaucoup de « juifs » nazis: ils s’ignoraient juifs, et s’ils étaient importants, ils étaient « arianisés ». Goering: « C’est moi qui décide qui est juif et qui ne l’est pas »

    • Lénine non plus n’a pas choisi d’être fils de bourges (papa, sixième niveau sur 14 !)

  • Je peux imaginer, et l’histoire l’a montré, que l’on veuille me tuer parce que je ne suis pas de la bonne race…
    Mais que l’on décide de me rééduquer (en fait me tuer dans un camp ou un champ) pour mon bien, là c’est sacrement tordu !

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