Edwy Plenel, l’âge d’or de la pensée unique

Qui se souvient d’Edwy Plenel avant Mediapart, quand il était l’incarnation de la pensée unique au sein du journal Le Monde ?

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Edwy Plenel, l’âge d’or de la pensée unique

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 16 avril 2018
- A +

Par Frédéric Mas.

Cet article a été publié une première fois en décembre 2017

La gauche en France n’en finit pas de se déchirer. Récemment, sur fond de commémoration des attentats de Charlie Hebdo, Edwy Plenel a concentré sur lui les critiques pour son attitude jugée trop complaisante à l’endroit de l’islamologue préféré des Frères musulmans, Tariq Ramadan.

La réaction du directeur de Mediapart, plutôt que de répondre à cette attaque précise, fut d’accuser à demi-mot Charlie de participer à une campagne plus large de « diabolisation » des musulmans, avant de faire en partie machine arrière face au tollé provoqué par cette extrapolation surréaliste (Le Monde, Polémique entre Mediapart et Charlie Hebdo : Edwy Plenel reconnaît avoir « surréagi » ; 1/12/2017).

La stratégie argumentative utilisée par Edwy Plenel n’est pourtant pas neuve, et signe une carrière éditoriale qui ne peut être totalement distinguée de la période faste de la pensée unique dans le paysage médiatique français, période qui a sans doute culminé au milieu des années 1990 avec le journal Le Monde en majesté.

Avant Mediapart

Avant Internet et avant Mediapart, Edwy Plenel a sans doute été l’un des éditorialistes les plus influents de la presse française. Sa carrière commence à l’extrême gauche, avant d’atterrir à l’extrême centre, du moins en théorie.

Très influencé par un père anticolonialiste, il s’engage en 1976 au sein de la Ligue communiste révolutionnaire. Il écrira dans Rouge avant de rejoindre Le Matin de Paris, puis Le Monde en 1980, qu’il ne quittera qu’en 2005.

Il ne reniera rien de cette expérience politique. Au contraire, il revendiquera son trotskisme culturel des années après avoir quitté la secte extrémiste. C’est en 1996 qu’il prend son envol, en devenant, après l’élection de Jean-Marie Colombani à la tête du journal Le Monde, directeur de publication.

Le Monde au centre du cercle de la raison

Avec Jean-Marie Colombani et Alain Minc, Edwy Plenel dynamise les ventes du journal parisien, dont les tirages en viennent à dépasser ceux du Figaro. Le Monde durant cette période donne le ton à toute la presse française.

C’est le « journal de référence » qui donne la seule sélection « objective » des informations, que ses concurrents tendront à reproduire plus ou moins servilement pour rester crédibles. Cette transformation du champ médiatique en chambre d’écho portera un nom donné par ses détracteurs : la pensée unique.

La prétention du Monde à être la seule parole acceptable au sein du débat public français trouvait principalement son origine dans la coterie de journalistes et de décideurs qui entourait l’équipe dirigeante, marquée par le rocardisme et le social-libéralisme de la fondation Saint Simon.

Le gauchisme culturel de Plenel marchait donc main dans la main avec le keynésianisme le plus mollasson, tout en refusant à ses adversaires toute légitimité, de peur de rompre cet équilibre qu’un jour Alain Minc a désigné sous le terme ronflant de « cercle de la raison ».

La contestation de la pensée unique

Dans cet écosystème journalistique particulier, Plenel se fit remarquer pour les mêmes raisons qu’à l’occasion de sa polémique avec Charlie Hebdo. Son biais partisan gauchiste, sa vision complotiste du monde et les campagnes contre ses adversaires ont alimenté les pages très critiques du livre de Pierre Péan et Philippe Cohen, La face cachée du Monde, sorti en 2003.

Pour les deux auteurs, Le Monde période Minc-Colombani-Plenel aurait été transformé en véritable pouvoir de lobbying et d’intimidation, jouant de son influence pour pousser ou discréditer intellectuels, politiques et entrepreneurs qui ne pensaient pas dans la ligne du parti.

La sortie du livre de Péan et Cohen affaiblit la position de Plenel au sein de la rédaction, qui accusait déjà le coup de la chute des ventes du journal à partir de 2003. Il finit par quitter le navire en 2005.

Aujourd’hui, l’âge d’or de l’information

Ce rappel de la vie médiatique d’Edwy Plenel avant Mediapart est donc aussi celui de l’influence démesurée d’un journal, devenu par le talent certain de ses rédacteurs et de ses financeurs, mais aussi par l’intrigue, le média français dominant des années 1990. Une fois arrivé au sommet, le contre-pouvoir médiatique s’est transformé en un pouvoir dominant à la fois partisan et cherchant à régenter la vie publique du pays.

Et c’est l’arrivée d’internet qui a changé la donne, en réinjectant de la concurrence dans un paysage médiatique français en voie de fossilisation. De nouveaux médias sont arrivés sur le marché, le coût de l’information a chuté.

La fin d’un cycle

La multiplication de l’offre permet aujourd’hui de confronter et de croiser les sources beaucoup plus facilement qu’il y a 15 ans, et le phénomène de concentration de pouvoir médiatique est devenu beaucoup plus difficile à soutenir.

Plus encore, Internet a clos un cycle, celui qui faisait des éditocrates comme Edwy Plenel des médiateurs indispensables du débat public français.

 

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  • Il en est de Plenel comme de nombreuses étoiles de gauche Sartre July..etc qui faisaient la pluie et le beau temps aux oubliettes.
    La porte se referme sur lui, nous allons mieux respirer

    • @ DIMITRI71
      « La porte se referme sur lui, nous allons mieux respirer », C’est vite dit!

      E.Plenel fait partie de l’Intelligentsia parisienne où son idéologie n’est pas morte et avec médiapart, il n’a pas disparu, et n’a évidemment pas perdu ses relations!

  • ce type a fait (et continue) bien plus de mal à la société française que Le Pen père et fille…

  • Excellent article qui nous laisse sur notre faim. En effet la lutte contre tous les Plenel est devenue une obligation vitale pour la France et si ce type d’article est une bonne chose cela reste tout-à-fait insuffisant pour éradiquer ce cancer. Il faut imiter Gramsci, philosophe fondateur du parti communiste italien (1921) qui imagina des plans de conquête communiste de l’Occident par les voies démocratiques en influençant la culture, les intellectuels, les enseignants, la presse, les médias, les maisons d’édition. Les marxistes ont ainsi créé une culture par capillarité imprégnant toutes les couches de la société, y compris, sans doute certaines des plus hautes autorités religieuses, Mais des fissures commencent à apparaître et il faut absolument en profiter pour détruire les idoles et les maîtres à penser qui ont maintenant découvert la puissance destructrice du mea culpa et du repentir occidental et nous diabolisent en permanence sur tout.

    • Enfin une approche des problèmes que je partage en tout point et que je ne vois exploitée que bien trop rarement.
      Vous mettez exactement le doigt, selon moi, sur le fondement de nos problèmes, sur la nécessité de combattre le mal avec ses propres armes (reconquête de tous les pouvoirs politiques au sens large).
      Vous prenez aussi la mesure (ce qui est aussi rare) de l’ampleur du désastre.
      Merci

  • Plenel n’est qu’un falsificateur et un menteur. Les islamistes ont massacré dans les 500.000 personnes jusqu’à présent, dont 200.000 en Algérie et au moins autant en Afghanistan. Mais cela n’émeut pas monsieur Edwy Plenel. Par contre il est scandalisé lorsqu’un jeune con gauchiste qui se prétend antifa, alors que le fascisme a été vaincu en 1945, se tue en agressant des skinheads qui ne lui avaient rien fait. Par son intolérance extrême, son soutient au fascisme islamiste, donc sa complicité, le fasciste c’est lui même. Lorsqu’on voit un homme qui se prétend humaniste prendre le parti de ceux qui veulent tuer les journalistes de Charlie Hebdo, et je suis loin de partager leur goût pour le vulgaire et l’outrage, on est écœuré devant tant d’hypocrisie et d’ignominie. Mais c’est le propre des gauchistes extrémistes, qui n’ont fait que ça depuis leur apparition. Nous sommes ravi de le voir enfin jeter le masque, trahir et bafouer toutes les valeurs dont il se targuait indûment jusqu’à présent. Après avoir trahi les intellectuels des pays communistes, il trahit les intellectuels musulmans qui tous sont debout contre le fascisme islamiste. Monsieur Plenel a-t-il la moindre notion de ce qu’on nomme un crime contre l’humanité? Pas si on en juge d’après ses écrits et ses discours. Ce qui est sûr c’est qu’il est un complice et donc un ennemi des musulmans, étant donné que 95% des victimes des islamistes sont musulmans, et principalement des femmes. Sexiste et fasciste le monsieur !
    Il est nécessaire de rappeler les faits: aucun musulman n’a été tué en représailles des attentats. Plus de 250 personnes furent tuées en France ces derniers temps par les islamistes. Et combien de juifs ? Même un bébé et des enfants. Qui est raciste ? Qui est intolérant ? De quelle discrimination parle t-on ? De quelle islamophobie parle Plenel qui n’a jamais hésité à donner dans la christianophobie hystérique!

  • Le simple fait qu’un journaliste aussi sectaire et haineux que Plenel ait pu donner le la sur le débat public pendant aussi longtemps prouve que les intellectuels pléonasmés à gauche sont dans une impasse mentale absolue.

  • Je crois malheureusement que « Le Monde » se considère toujours comme « le journal de référence » et ses nombreux abonnés , influents ou pas, comme la voix de la raison. Toutefois, leur poids commence à se réduire comme une peau de chagrin grâce à des media moins dogmatiques comme vous, par exemple.

    • @ Mariah

      Je crois franchement que vous avez raison, en tout cas pour les non-lecteurs du MONDE de France et de l’étranger, pour qui, c’était le journal réputé quasi journal officiel de France, le journal « sérieux » et long et très ennuyeux à lire, longtemps sans illustration, photo ou schéma! (j’avoue: j’étais de ceux-là!). Une sorte de snobisme pour ceux qui voulaient paraître ce qu’ils n’étaient pas! (Étudiants et jeunes « bobo’s »!)

    • Le « journal de référence » ne vaut pas plus de 110 millions sur le marché quand ses homologues anglais et américains valent 100 fois plus.

  • Colombani est devenu un acteur de presse de seconde zone, quelques apparitions sur des télés d’info en continu, et est à la tête d’un pure player, plus ou moins moribond, Slate.
    Minc, ayant bouffé à tous les rateliers, et s’étant planté dans la plupart de ses diagnostics, est totalement démonétisé dans l’espace politique.
    Plenel, avec ses accointances sulfureuses avec ce qui se fait de pire dans le monde musulman, et malgré quelques coups d’éclat de Mediapart (Cahuzac, Woerth,…) est en train de boire la tasse…
    Abistis, dulces caricae !…

  • pour finir le travail : arrêter toutes les aides publiques à la presse !

  • Apparemment peu de lecteurs ont suivi le débat/interview du 15/04/18.
    Le comportement de procureur/délateur de ce journaliste « bien pensant » confirme totalement cet article.
    Macron l’a bien mouché en lui rappelant le redressement fiscal de Médiapart !

    • Plenel a soutenu tous les dictateurs criminels du monde et continue de le faire. Ce type est un escroc de la pire espèce, complice des crimes de ses idoles!

  • Le misérabilisme des journaleux qui ont interviewé Macron a été relevé dans la plupart des médias étrangers : Angleterre, Allemagne, Suisse, Belgique pour ne citer que ces pays. Ces journaleux ont brillé par la haine entretenue durant toute l’émission et la non préparation de l’émission. Un de mes correspondants français qui vit à Londres m’a dit : Lundi matin j’avais honte d’être français. Malgré le Brexit, qui le pénalise dans son business, je ne pense pas qu’il revienne un jour en France.

    • Le Brexit ne pénalise personne!

      • Mais si, il pénalise tous les parasites socialistes qui espéraient piquer encore du fric aux Anglais pour financer leurs lubbies clientélistes.

    • @Baldovinos
      vous appelez « interviewer » le spectacle de théâtre bien préparé auquel on a eu droit: le but étant de redorer le blason de Jupiter, il fallait lui trouver des « adversaires à sa taille »; on a donc sortis des médias les comédiens les plus aptes à jouer le rôle des méchants, face auxquels le Président combattait héroïquement, tel St Michel face au dragon. Pitoyable ! Plenel etBourdin, en retrait de hargne habituelle, ont senti, un peu tard, le piège, mais en ont profité pour rehausser leur cv de journaleux.

  • les editos de monsieur Plenel sont tres pratiques, ils se lisent d’un derriere distrait

  • Les commentaires sont fermés.

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