La France enfin attractive pour les investissements étrangers

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Il manque pas moins de 5 600 000 emplois à l’économie française. Le renfort des investisseurs étrangers est donc très précieux pour revitaliser notre économie.

Par Claude Sicard. 

Le cabinet américain A.T. Kearney vient de publier les résultats de son enquête annuelle sur l’attractivité des pays dans le monde pour les investisseurs étrangers. Il s’agit de ce que les économistes nomment les IDE  (Investissements Directs Étrangers). Depuis une vingtaine d’années ce grand cabinet de conseil interroge environ 500 dirigeants de grandes entreprises pour recueillir leur jugement sur les pays en vue d’y développer leurs activités.

Pour la première fois, notre pays figure dans le peloton de tête de ce classement, les cinq premiers pays étant les suivants :

  1. États-Unis
  2. Allemagne
  3. Canada
  4. Grande-Bretagne
  5. France

Le gouvernement se réjouit à juste titre de cette bonne nouvelle, car l’on pouvait craindre que les manifestations violentes des Gilets jaunes chaque samedi et depuis des mois n’aient fortement dégradé l’image de la France dans le monde et réduit son attractivité pour les investisseurs étrangers. Il n’en a, semble-t-il, rien été.

Pourquoi se réjouir ? Parce que notre pays a le plus grand besoin d’investissements étrangers pour créer le plus vite possible des emplois, notamment dans le secteur industriel. En effet, il manque pas moins de 5 600 000 emplois à l’économie française et le renfort des investisseurs étrangers est donc très précieux pour revitaliser notre économie.

Pour examiner la situation dans laquelle se trouve notre pays en matière d’investissements étrangers il faut s’en référer aux stocks des IDE existant dans les différents pays et établir des comparaisons en les rapportant au nombre d’habitants de ces pays, plutôt que de raisonner sur des pourcentages par rapport aux PIB nationaux. Le classement que l’on obtient est alors le suivant :

 

 Stock d’IDE par habitant (en dollars)

  • Luxembourg       247 660
  • Suisse                     118 106
  • Pays Bas                   88 720
  • Suède                       32 514
  • Grande-Bretagne  26 763
  • États-Unis               21 573
  • Danemark               18 216
  • Israël                         16 182
  • Finlande                   15 976
  • France                      13 083

Dans ce classement notre pays ne vient qu’en dixième position.

Si l’on s’en réfère à cet indicateur de richesse qu’est le PIB par tête de chaque pays, et sans que l’on veuille par trop tenter d’expliquer leur niveau de richesse par l’importance des IDE dont ils ont bénéficié, on obtient le graphique suivant :

Sur ce graphique, la France apparaît comme ayant bénéficié dans le passé d’un apport de capitaux étrangers pouvant être considéré comme normal. Au contraire, les pays scandinaves apparaissent comme ayant bénéficié d’apports d’IDE très importants, notamment pour le Danemark, qui les auraient beaucoup aidés dans leur développement économique.

Dans le cas des Pays-Bas, les investissements étrangers paraissent avoir eu sensiblement moins d’effets positifs qu’ailleurs, sans doute parce que du fait de sa législation fiscale bon nombre d’investissements étrangers ont été intégrés dans les comptabilités des sociétés étrangères ayant immatriculé en Hollande des sièges de holdings. On a beaucoup parlé récemment des cas de Renault-Nissan, EADS, IKEA… Et dans le cas de la Norvège, pays placé très haut sur ce graphique, il s’agit vraisemblablement d’investissements dans le domaine pétrolier.

Bien que l’on ne puisse par établir une relation vraiment étroite entre IDE et développement économique des pays, on ne peut s’empêcher de penser qu’il existe bien une relation certaine entre ces deux phénomènes. La France en est à un peu plus de 13 000 dollars de stock d’IDE par habitant, ce qui est peu, alors que la Grande-Bretagne en est à près de 27 000 dollars, et la Suède à 32 500 dollars. L’exemple de la Suisse est quant à lui très instructif : 118 106 dollars de stock d’investissement par habitant et un PIB par tête extrêmement élevé, pratiquement le plus fort d’Europe :  80 342 dollars en 2017. Cela semblerait donc bien indiquer que le recours aux investissement étrangers mériterait d’être encore plus important qu’il ne l’est aujourd’hui dans notre pays.

Le rapport annuel de Business France, l’agence publique chargée en France d’attirer les investissements étrangers, indiquait qu’en 2017 il y a eu 1 298 projets d’investissements étrangers, contre 1 117 l’année précédente ; soit 47 milliards de dollars qui auraient permis de créer 33 489 emplois.

Le stock français d’IDE se monte à 878 milliards de dollars : il serait bon de le doubler rapidement, ce qui impliquerait un objectif de 80 milliards de dollars environ par an. Mais cela ne se fera sans doute pas car l’attention se porte de plus en plus sur le nécessaire contrôle des investissements étrangers dans nos pays en Europe.

Le parlement européen a ainsi adopté en avril dernier un texte de réglementation visant à filtrer les investissements étrangers dans l’Union. La Chine est évidemment dans le viseur du fait de sa montée fulgurante en puissance et de ses propensions évidentes à l’hégémonie. Et en France le projet de loi relatif à la croissance et à la transformation des entreprises (PACTE) a prévu de renforcer la protection des intérêts publics lors d’opérations d’investissements étrangers dans les entreprises sensibles.

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