Réforme libérale, c’est possible : l’exemple édifiant des Pays-Bas

The scissors by SerenityRose(CC BY-NC 2.0) — SerenityRose, CC-BY

Pourquoi ce qui a été possible en de nombreux points du globe ne serait-il pas acceptable ou envisageable chez nous ?

Par Nathalie MP.

Chaque jour qui passe donne un peu plus l’impression que la France s’enfonce systématiquement dans les mauvaises décisions pour obtenir cette prospérité et cette justice sociale qui lui échappent malgré des dépenses publiques et des prélèvements obligatoires toujours plus élevés. Des articles nombreux en témoignent.

Mais aujourd’hui, au risque de sortir cette froide calculette qui horrifie tant Marlène Schiappa, j’aimerais vous dire que la réforme libérale, « yes, we can ! » D’autres l’ont fait, et non seulement ils n’en sont pas morts, mais ils s’en portent beaucoup mieux !

La réforme est possible, elle s’est faite ailleurs

Les exemples des grandes transformations libérales menées dans les années 1980 sont connus. J’ai eu l’occasion d’évoquer la Nouvelle-Zélande à propos de la fin des aides à son agriculture mais c’est l’ensemble du pays qui, de « protégé » de toutes parts et au bord de la faillite qu’il était, a été plongé avec succès dans une liberté économique retrouvée.

Quant au Royaume-Uni, vivant depuis 1945 avec l’idée keynésienne que c’est la dépense publique qui permet de fournir des emplois à tout le monde, allant de nationalisation en nationalisation et de grève en grève décrétées par des syndicats tout-puissants, il s’est retrouvé en véritable situation de faillite que seul un prêt du FMI de 4 milliards de dollars en 1976 – plus grand emprunt jamais consenti par le FMI à l’époque – lui permit d’adoucir.

Mais ce sont les « brutales » réformes « ultra-libérales » engagées par Margaret Thatcher à partir de 1979 qui l’ont véritablement sauvé. J’ai raconté cet épisode de l’histoire britannique dans l’article « Essayons de parler de Margaret Thatcher sans nous fâcher ».

Observons qu’au moment précis où le changement arrivait chez nous sous la forme du programme commun de la gauche, d’autres pays faisaient des choix inverses, parfois sous la houlette de leaders de gauche (Nouvelle-Zélande) et que, curieusement, ils se retrouvent dotés aujourd’hui d’une agilité économique et sociale inconnue chez nous.

On pourrait arguer que l’éloignement temporel et/ou géographique de ces exemples les rend inaptes à servir de repère pour la France de 2019 – les Français, trop convaincus que la France est une divine exception en ce monde, sont toujours très habiles pour trouver mille bonnes raisons de ne surtout pas s’engager dans la voie de la réforme libérale.

Mais qu’à cela ne tienne, car des exemples plus récents et tout aussi révélateurs existent : les lois Hartz sur le travail en Allemagne au début des années 2000, ou encore la véritable résurrection de l’Irlande après la crise de 2008 ou encore les réformes mises en oeuvre aux Pays-Bas pour enrayer la récession consécutive à crise de 2008.

Le pays avait entamé un processus de réforme dès les années 1990, mais c’est en 2010 avec l’arrivée au pouvoir de Mark Rutte (centre-droit libéral, en coalition1) que les choses se mettent à bouger en profondeur. Il a été réélu en 2012 (élections anticipées) puis en 2017.

À quoi tiennent les différences avec la France ?

Le marché de l’emploi est beaucoup plus flexible qu’en France. Notamment, les employeurs peuvent licencier librement pendant 2 ans après l’embauche tandis que les salariés ont plus d’incitation à reprendre un emploi rapidement. Avec 3,7 % de chômage, le pays est au plein-emploi et connaît même des tensions telles que la précarité est du côté des employeurs.

Les systèmes d’assurances sociale et médicale ont basculé de l’assistance à la responsabilité individuelle : le Participation Act de 2015 a entériné l’idée que chaque individu doit participer à la société et se prendre en charge lui-même et que l’État n’intervient qu’en dernier recours.

Le système de retraite, considéré comme le meilleur d’Europe, intègre une part de capitalisation et l’âge légal de départ en retraite a été repoussé de 65 à 67 ans.

L’enseignement n’est pas géré en monopole d’État : 75 % des élèves sont scolarisés dans des écoles privées qui ont la maîtrise totale du recrutement de leurs professeurs et de leurs choix pédagogiques. L’objectif n’est pas de faire parvenir 80 % d’une génération au bac, mais de repérer les talents et d’orienter les élèves vers les filières où ils se montreront performants.

Les dépenses publiques ont été considérablement réduites (de plus de 48 % en 2010 à 43 % en 2017), non seulement les dépenses sociales (22 % du PIB contre 32 % en France) mais l’ensemble du train de vie de l’État. Le budget des affaires étrangères, par exemple, a été baissé de 25 % et une dizaine d’ambassades ont été fermées.

La fiscalité a également été allégée, notamment pour les entreprises, et cela s’est vu rapidement sur l’emploi et le pouvoir d’achat.

Suite à quoi le déficit public de plus de 5 % du PIB en 2009 est passé à un excédent de 1,1 % en 2017 et la dette a reflué de plus de 62 % du PIB à 55 % aujourd’hui (2018). Après avoir atteint un pic de presque 8 % en 2013, le taux de chômage est revenu à son niveau d’avant crise (3,7 %).

Ce que nous Français appelons avec dédain « austérité » est perçu aux Pays-Bas comme un investissement pour l’avenir et la plupart des problèmes que doit affronter le pays sont analysés avec pragmatisme plutôt qu’à travers le filtre des idéologies.

L’innovation est le maître-mot du développement économique, non sans résultat concret puisque les Pays-Bas ont été classés au second rang du Global Innovation Index 2018 (France : rang 16).

Quant au système éducatif néerlandais, en dépit du fait qu’il est très libre et très concurrentiel (point de vue étatiste français), ou plutôt parce qu’il est libre et concurrentiel (point de vue libéral), il obtient systématiquement des scores bien meilleurs que la France dans les classements internationaux PISA, TIMSS et PIRLS.

On objecte souvent que si les dépenses publiques de la France sont si élevées, c’est aussi parce qu’elles incluent un effort de défense nationale bien supérieur à celui des autres pays européens. Mais cet argument ne tient pas.

Le budget de la défense2 des Pays-Bas représente 1,2 % de son PIB contre 1,8 % chez nous (avec l’objectif de monter à 2 % à la fin du quinquennat). Ces petits 0,6 % de différence sont donc tout à fait anecdotiques dans l’écart de 14 % entre nos dépenses et les leurs.

Résultat et conclusion : voici quelques chiffres édifiants du match France Pays-Bas !3

Pourquoi ce qui a été possible en de nombreux points du globe ne serait-il pas acceptable ou envisageable chez nous ? Sommes-nous si fiers de nos accomplissements, si certains de la valeur de notre modèle social pour refuser de voir que nous sommes partout à la traîne au point de glisser lentement mais sûrement vers le décrochage des pays développés ? Faudra-t-il attendre que la faillite arrive ou que la colère atteigne un point de non retour pour réagir enfin – et rendre la transformation encore plus douloureuse qu’elle ne le serait aujourd’hui ?

Sur le web

  1. Au départ en 2010, Mark Rutte forme un gouvernement de coalition minoritaire avec les démocrates chrétiens, soutenu par le parti anti-immigration de Geert Wilders. Mais en 2012, ces derniers ayant refusé de voter le budget, Rutte doit convoquer des élections anticipées qu’il gagne de peu devant les travaillistes. Il forme alors un gouvernement de coalition avec ces derniers. Lors des élections de 2017, nouvelle victoire de son parti. Cette fois-ci, la coalition se fait avec les démocrates chrétiens. → À partir du moment où la feuille de route est claire, la vie politique semble beaucoup plus consensuelle aux Pays-Bas qu’en France.
  2. Dans l’Union européenne, le premier budget de défense nationale par rapport au PIB est celui de l’Estonie (2,4 %, on pense Russie), suivi de la Grèce (2,1 %, on pense Turquie) et du Royaume-Uni (2 %). Avec 1,8 %, la France arrive en 4ème position.
  3. Sources Eurostat : PIB, solde, detteDéfenseChômageChômage JeunesPrélèvements obligatoires – OCDE : Dépenses publiques – HeritageCato InstituteRSFIREF.