Gilets jaunes : l’administration devient-elle un auxiliaire de la police ?

La crise des Gilets jaunes a accéléré la transformation des pouvoirs publics en État de surveillance, et peut-être faudra-t-il compter à l’avenir sur l’Union européenne pour ralentir le mouvement du tout répressif.

Par Frédéric Mas.

Une à une, discrètement, les libertés publiques s’érodent en France, pressées par un État à la fois omniprésent et incapable d’assurer ses missions les plus élémentaires de protection des personnes et de la justice. Plus encore, ce sont les contre-pouvoirs au sein même du pays qui semblent affaiblis par la toute-puissance d’un pouvoir politique dont le centre est à l’Élysée et les terminaisons se déploient sur l’ensemble du territoire. Face à la persistance de la crise des Gilets jaunes, il semblerait que la tentation de mettre l’ensemble de l’appareil d’État au service de la répression et de la surveillance généralisée traverse les esprits de certaines franges de nos édiles.

On fiche les Gilets jaunes. Le Canard enchaîné a révélé le 17 avril dernier que certains d’entre eux auraient été illégalement fichés lors de leur passage dans certains hôpitaux parisiens. Malgré la saisine de la Cnil par l’Ordre des médecins de pour cette violation manifeste du secret médical, les autorités sanitaires ont renouvelé leurs consignes d’archivages et l’application des consignes du dispositif SI-VIC, soit la méthode de fichage instaurée à partir de 2016 à la suite des attentats. Ce fichage d’abord destiné à identifier les victimes s’est ensuite élargi de manière beaucoup plus arbitraire. Le recueil d’informations de la part de certaines bureaucraties hospitalières est une aubaine pour le contrôle policier. Une nouvelle fois, c’est la vie des citoyens ordinaires qui risque d’en pâtir.

Violences excessives

Peu importent les violences policières. Les violences ont émaillé la crise des Gilets jaunes, et les forces de l’ordre sur le pont depuis maintenant plus de 20 semaines se sont retrouvées au cœur de la polémique. L’emploi du lanceur de balles de défense, accusé d’avoir gravement blessé des centaines de Gilets jaunes, a même suscité l’émoi de l’opinion internationale. Le 6 mars, l’ONU s’était même inquiétée de l’usage excessif de la force contre les manifestants. À l’époque, Benjamin Griveaux s’était étonné de voir la France figurer sur une liste entre le Venezuela et Haïti.

Le 11 avril, la France rejetait sèchement les critiques de l’ONU par le biais de sa mission permanente à Genève. Le rapport présenté y justifie l’usage de la force pour contenir des attroupements et protéger les forces de police. Il n’est mentionné à aucun moment les blessures et les mutilations infligées par les tirs de LBD.

En d’autres termes, le gouvernement balaie du revers de la main les accusations de l’ONU et s’en tient à soutenir la police, y compris quand elle est dans son tort. Non seulement l’exécutif ne supporte pas bien l’intrusion des contre-pouvoirs, y compris médiatiques, mais toute mise en cause des méthodes de la police, d’où qu’elle vienne, devient injustifiée. Notons ici que cet enfermement ne va pas non plus assurer l’amélioration des conditions de travail des policiers eux-mêmes, soumis à une pression énorme depuis 20 semaines.

Contre le mégafichier

Le salut viendra-t-il de l’Europe ? C’est vers la commission européenne que le think tank GenerationLibre s’est donc tourné pour tenter de défendre le droit des citoyens à ne pas être fichés et donc considérés comme des suspects potentiels. Depuis 2016, l’administration a lancé la constitution d’un mégafichier biométrique violant la protection des données personnelles des citoyens français. La crise des Gilets jaunes a accéléré la transformation des pouvoirs publics en État de surveillance, et peut-être faudra-t-il compter à l’avenir sur l’Union européenne pour ralentir le mouvement du tout répressif. En tout cas, l’initiative est salutaire pour la liberté des Français.

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