Oxymore : « je ne mange pas de vache car j’aime les vaches »

Joe cow credits Tobias Akerboom via Flickr ((CC BY 2.0))

Aimer les vaches, c’est aussi aimer (élever et manger) de la vache. L’un ne va pas sans l’autre. Chronique du bon sens.

Quand je vois une vache, je m’arrête, je la regarde et je salive — Gérard Depardieu.

Si on veut manger une vache il faut la tuer. Les gens qui aiment les vaches ne veulent pas qu’on les tue. Pour éviter qu’on les tue, ils ne mangent pas de vache. Ce qui semble simple et logique.

Le mot aimer est ambigu. Il disait j’aime le peuple comme on dit j’aime le poulet. Je ne sais plus de qui est la citation. Les Anglais ont des termes différents pour l’animal vivant et celui qu’on mange qui est source de viande (pig/pork, sheep/mutton). Le français joue sur le singulier ou le pluriel de l’article défini. « J’aime la vache » est une déclaration gastronomique. J’aime les vaches est une déclaration d’amour pour l’espèce bovine. J’aime le poulet signifie que je l’aime dans mon assiette, j’aime le manger. Quand je dis je n’aime pas le poulet, ce n’est évidemment pas de l’espèce zoologique que je parle mais du poulet rôti. Le français a une faible sensibilité pour les animaux. En France on voit dans l’animal sa finalité alimentaire : ainsi le terme bœuf désigne, zootechniquement parlant, un mâle bovin vivant et castré. Mais le terme de bœuf désigne en boucherie la viande du bovin mâle castré ou non, de la vache, des jeunes bovins broutards, etc. La frontière est ténue.

Les vaches ont été créées par l’homme quelque part en Turquie il y a 10 000 ans pour pourvoir au besoin de viande sans dépendre de la chasse, ce qui a permis la sédentarisation et l’agriculture. L’élevage a permis, avant l’invention du frigo, de stocker la viande et a libéré l’éleveur de l’obligation de la consommer immédiatement après abattage.

Une vache est source de trois productions : les veaux, le lait et, après sa mort, la viande, sauf les vaches indiennes qui sont sacrées et meurent de vieillesse. Une vache fait un veau par an à partir de trois ans. C’est le vêlage (naissance du veau) qui déclenche la lactation. Il n’y a pas de production de lait sans naissance annuelle d’un veau.

Il y a au monde 272 millions de vaches laitières qui chaque année font un veau.
Si on décide qu’on aime les vaches (l’animal à cornes et sabots, pas la viande) et qu’on refuse en conséquence de manger de la viande, on ne tue plus les vaches. Il naîtra chaque année autant de veaux qu’il y a de vaches laitières. Les vaches sont accusées par les activistes du climat de produire 18 % des gaz à effet de serre, chiffre ramené à 14 %, quoique d’après les derniers chiffres ce ne soit finalement que 4 à 5 %. Tout dépendant des termes de la comparaison. Mais si on ne mange pas les veaux et les vaches, il est évident que la planète va être rapidement couverte de vaches (272 millions en plus par an). Ces vaches vont brouter, brouter, brouter et dégazer, dégazer, dégazer.

On pourrait euthanasier les nouveaux-nés ou instituer un contrôle des naissances, ou des camps de concentration. Il est évident que la situation est sans issue et que la seule solution est bien de manger les vaches et les veaux. De toute façon, ne pas manger de viande, c’est condamner les espèces veaux, vaches, cochons, couvées, que l’homme a sélectionnées pour sa consommation depuis que l’humanité existe. Refuser de les consommer c’est évidemment programmer la fin des vaches. Ces animaux « qu’on aime ».

Ne plus manger de viande c’est acter la fin des vaches. Qui élèvera des vaches si on ne peut pas en obtenir des veaux, du lait, de la viande ? Une vache ne peut pas vivre indépendamment de l’homme. Il faut la nourrir, l’abreuver, la traire si c’est une laitière. Si on les lâche dans la nature, les vaches dureront 20 ans au bout desquels elles auront fait chacune 15 ou 20 veaux qui à leur tour feront des veaux. L’apocalypse.

On peut à la rigueur se passer de viande et devenir tous végan (ça ne sera pas sans conséquences). Mais se posera alors dramatiquement le problème du lait. Les vaches sont fondamentalement élevées pour leur lait. Notamment, le lait est la matière première du lait infantile, totalement irremplaçable dans l’état actuel des choses. Évidemment, les bobos écolos véganes apaisent leur conscience en remplaçant le lait de vache par du jus/lait d’amandes (pas de graisses saturées, pas de lactose, pas de gluten, moins de protéines etc.). Mais les vaches produisent au monde 800 millions de tonnes de lait par an. On imagine 800 millions de tonnes de jus d’amandes à acheminer partout dans le monde pour remplacer le lait de vache. Ce serait la fin de la scandaleuse exploitation des vaches pour leur lait… et le début de la mort (de faim) des bébés.

Bill Gates dit vouloir développer une supervache contre la malnutrition en Afrique

Il est intéressant de noter que pour Bill Gates, la lutte contre la dénutrition en Afrique passe par l’élevage bovin et qu’il subventionne l’adaptation de vaches au climat africain. Imaginez une supervache capable de produire davantage de lait et de résister aux fortes chaleurs. Ce projet est le nouveau défi de Bill Gates. L’homme d’affaire investit dans les techniques d’élevage sélectif pour obtenir des animaux plus adaptés au réchauffement climatique et capables de produire davantage de lait. Par exemple en sélectionnant des embryons qui portent des caractéristiques adaptées à un environnement particulier. Il ne s’agit pas de vaches génétiquement modifiées, contrairement au projet mené depuis 2017 par des généticiens de l’Institut des sciences agroalimentaire de l’Université de Floride. Le milliardaire américain a signé un chèque de 32 millions d’euros à l’Alliance mondiale pour les médicaments destinés au bétail (GALVmed). Cette organisation non gouvernementale, installée en Écosse, mène des recherches pour rendre les vaccins plus accessibles. En Afrique, la famine toucherait près de 20 millions de personnes selon une estimation de l’ONU.

Donc pour le salut de la planète et des animaux domestiques à vocation alimentaire, il faut manger de la viande, le plus possible de viande. Si nous n’en mangeons pas, l’espèce vache ne sera plus qu’un parasite à multiplication incontrôlée et ravageuse que l’humanité sera obligée d’éliminer rapidement. Pour notre santé et celle des vaches, pour pouvoir bénéficier du lait, il faut continuer à multiplier les bovins et contrôler leur population en les consommant. C’est bien ce qui se passe actuellement au niveau mondial. En 1957, la production de viande s’élevait à 67 millions de tonnes. Elle s’élève aujourd’hui à 320 millions de tonnes – principalement porc et volailles. La FAO prévoit que ce chiffre atteindra 460 millions de tonnes en 2050. Et c’est une réaction saine pour l’avenir de l’humanité.

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