La droite française la plus collectiviste du monde

Bruno Le Maire 2011 by UMP Photos(CC BY-NC-ND 2.0)

Autoroutes, Française des jeux, Aéroports : comme toujours, la droite se trompe de combat en refusant la liberté.

Par Jean-Philippe Delsol.
Un article de l’Iref-Europe

La politique joue à fronts renversés. Au Sénat, après avoir retoqué la privatisation de la Française des Jeux en commission, Les Républicains se sont associés aux socialistes pour voter en séance, le 5 février, contre la privatisation d’ADP. « Moi qui suis un libéral, je considère que privatiser un monopole, c’est donner une rente financière au privé indûment », avait déclaré Bruno Retailleau, le patron des sénateurs LR.

L’argument de la droite a été que la privatisation des autoroutes en 2006 aurait conduit à une hausse importante des tarifs de péage. Mais pour Pierre Coppey, vice-président de l’Association des sociétés françaises d’autoroutes, il s’agit de contrevérités :

« Non, les tarifs de péage n’augmentent pas plus vite depuis la privatisation des sociétés d’autoroutes. Ils ont augmenté en moyenne de 1,5 % par an entre 2007 et 2019, contre 2,1 % par an entre 2000 et 2006, lorsque ces sociétés étaient publiques. Et la hausse du 1er février 2019 est inférieure à l’inflation constatée depuis un an : 1,8 % en moyenne, contre 1,94 %. Les tarifs de nombreux modes de transport, y compris à gestion publique, ont augmenté bien plus vite ces dix dernières années… » (Les Échos, 22-23/02/19).

Les sociétés privées d’autoroutes ont investi depuis 2006 plus de 24 milliards d’euros que l’État n’aura pas eu à dépenser. La droite ne peut pas vouloir réduire les dépenses publiques et continuer de vouloir un État obèse.

La droite ne comprend rien au marché

La droite française n’a pas compris non plus que la concurrence et le libre marché sont meilleurs pour le contribuable et pour l’État lui-même que la nationalisation des activités économiques. La concurrence est créatrice, productrice de richesses par essais et erreurs pour sélectionner ce qui réussit. Elle ajoute plutôt qu’elle ne retranche.

Bien sûr, les conditions de la concurrence pure et parfaite ne sont jamais réunies ; la concurrence parfaite est un mythe pour des modèles d’économistes. Mais c’est dans cette imperfection que la comparaison continue permet d’améliorer le système si les hommes y sont libres de choisir. La concurrence remplit aussi une fonction de mobilisation et de diffusion de l’information nécessaire au bon fonctionnement des économies de marché.

Elle constitue, à cet égard, un processus de découverte des solutions les meilleures, ou plutôt sans doute les moins mauvaises. Et quelle que soit la bonne volonté des entreprises d’État, celles-ci sont moins habiles à évoluer, à réagir, à innover parce qu’elles sont astreintes, surtout en France, à des règles relatives à leur personnel, à la prise de risques, à l’utilisation de leurs fonds, à leurs investissements, à la distribution de leurs profits… qui brident l’ingéniosité humaine et la créativité.

Au demeurant, la privatisation n’empêche pas l’autorité publique de fixer des règles pour éviter les dérives aux frontières dans les aéroports ou au sein des familles risquant de devenir dépendantes aux jeux de hasard.

Le débat au Sénat «  prouve une chose, c’est que la recomposition politique française nous réserve encore bien des surprises », aurait ironisé Bruno Le Maire le 5 février. La sénatrice Nathalie Goulet (UDI) aurait même ajouté : « Si François Fillon avait demandé la privatisation d’ADP, les LR l’auraient votée ! » (Le Monde, 21/02/19). Elle avait sans doute raison. Il est temps que la droite française retrouve un socle doctrinal solide et non démagogique. Il peut être conservateur, mais à la condition, s’il veut être fort, cohérent et dynamique, qu’il soit aussi libéral, ce qu’elle n’a manifestement pas encore compris.

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