La concurrence n’est plus ce qu’elle était

Alstom By: Mike Mozart - CC BY 2.0

L’autorité de la concurrence doit évoluer sur trois points.

Par Xavier Fontanet.

Bloquer l’opération Alstom-Siemens, comme souhaite le faire la commissaire européenne à la Concurrence, au motif que ses parts de marché locales sont trop fortes, est une erreur. Ce qui est en cause n’est pas seulement la décision, ce sont aussi les concepts qui la sous-tendent.

Trois évolutions sont aujourd’hui nécessaires.

  • La première consiste à intégrer dans les raisonnements le concept de la courbe d’expérience. Le producteur ayant la plus forte part de marché bénéficie de coûts plus bas que ses concurrents, et le prix moyen d’une industrie est inférieur quand elle est concentrée, même si le leader fait des marges plus importantes. Fixons les idées : les prix seront 25 % plus bas dans une situation où le leader dispose de 60 % d’un marché, par rapport à celle où tous les concurrents sont à 10 % ; et cela même si le leader fait une marge de 25 %.
  • La seconde vise l’étendue du champ concurrentiel. Si, dans le domaine de la distribution, la part de marché doit se mesurer à un niveau local fin (la ville, voire le quartier), dans le domaine de la production industrielle, le champ concurrentiel s’est étendu au niveau continental, voire mondial. Restreindre le territoire au niveau du pays peut être une erreur.
  • Il faut enfin tenir compte de l’accélération des évolutions technologiques. Dans un monde en bouleversement, les positions acquises sont contestées de plus en plus vite par de nouvelles technologies (le commerce en ligne contre l’hypermarché étant un des cas les plus visibles actuellement). La destruction créatrice fait qu’une  domination dure de moins en moins longtemps. Voilà pourquoi il faut être prudent avant d’empêcher une concentration. D’autant que, sur les autres continents, les autorités favorisent en général la constitution de champions nationaux pour leur donner les moyens financiers de conquérir le monde. Bloquer l’opération Alstom-Siemens va fragiliser les deux entreprises et l’emploi européen face aux concurrents américains et asiatiques. Il faut toujours rappeler que, pour être un consommateur durable, mieux vaut travailler pour un producteur solide.