Attaquer l’État pour une « justice climatique » ?

Nicolas Hulot by OEA-OAS (CC BY-NC-ND 2.0) — OEA-OAS, CC-BY

Au nom de l’intérêt général, quatre ONG viennent d’assigner l’État en justice pour inaction climatique.

Par Peter Libtank.

Au nom de l’intérêt général, quatre ONG viennent d’assigner l’État en justice pour inaction climatique. C’est très sérieux, c’est même « l’affaire du siècle », bien franco-française au demeurant.

Pour que l’État français prenne en charge le climat de la planète, en sus de tous les autres domaines dans lesquels il excelle et multiplie les réussites (croissance, chômage, déficit, dette, éducation, sécurité…), nos quatre ONG appellent à signer une pétition.

Soutenue par plusieurs artistes (dont l’ineffable Marion Cotillard et l’opiniâtre  Nicolas Hulot), cette pétition aurait recueilli 1,34 million de signatures en seulement quatre jours.

Un succès sans précédent pour faire opportunément oublier celui des Gilets jaunes, autrement plus motivé, plus visible, plus partagé et plus tangible.

Dans son dernier tweet, l’ancien ministre de la Transition écologique s’en réjouit et espère une convergence des luttes.

Nicolas Hulot rappelle le lien évident et direct qui unit, dans notre pays, les deux sujets « lutter contre le dérèglement climatique, c’est lutter pour la justice sociale ». Plus personne ne peut rester indifférent.

Suite à son court passage aux responsabilités, Nicolas Hulot souhaite ainsi faire oublier l’échec retentissant de la taxe carbone sur les carburants : une taxe pigouvienne inefficace (non réinvestie dans l’écologie), inutile (puisqu’aucune alternative n’existe), excessive (compte tenu de la fiscalité existante sur les carburants dans le pays), injuste (pour les plus modestes et les territoires), punitive, contreproductive et rejetée par 80 % des Français au travers du mouvement des Gilets jaunes.

Afin de séduire un maximum de signataires en un minimum de temps et de démontrer ainsi la puissance de la vague verte face à la colère jaune, nos artistes militants ont concocté pour leur pétition un texte très abouti, particulièrement fédérateur.

Sous le titre emblématique « l’État a l’obligation d’agir », la pétition s’appuie sur une collection sans pareil d’évidences et de platitudes pour exposer des revendications peu concrètes mais constructives, peu utiles mais consensuelles.

La méthode donne ainsi toute sa valeur, et toute sa saveur, au succès de la pétition. Morceaux choisis…

« L’État doit prendre les mesures politiques qui s’imposent, tout en garantissant la justice sociale. »

Au centre des intervenants, toujours l’État. L’État-providence, incapable de gérer son propre budget année après année, doit en plus sauver la planète en multipliant les interventions, les lois, les normes, les règlements, les interdictions, les limitations, les taxes, les impôts (et les fonctionnaires concernés)…  puisqu’il ne peut pas compter sur le citoyen, adulte et responsable, pour changer de comportement quand il le peut.

« Il doit réduire notre dépendance au pétrole et nous fournir des alternatives en matière de transport. »

Clairement, l’État a besoin de cette judicieuse injonction pour prendre pleinement conscience des enjeux, en particulier économiques, et pour avancer vers des solutions concrètes.

« Il doit investir dans la rénovation des logements et promouvoir l’usage des énergies renouvelables, en abandonnant le recours aux énergies fossiles et nucléaire. »

Nul ne saurait rejeter une telle requête,  frappée du sceau de la raison bien pensante, sauf à en connaitre le coût et les modalités de financement.

Sauf à s’interroger, en toute bonne foi, sur les raisons et les conséquences de l’abandon du nucléaire. En effet, cette source inespérée d’énergie non intermittente permet à la France de réduire ses émissions de CO2 pour produire de l’électricité, plus que la quasi totalité des autres pays (48 grammes par kilowattheure contre 300 à 500 pour l’Allemagne selon les jours, et 700 pour la Pologne).

Ainsi, dans son dernier rapport (octobre 2018), le GIEC confirme la contribution du nucléaire dans son mix énergétique pour combattre le réchauffement climatique.

« Il doit instaurer l’accès de tous à une alimentation suffisante, saine et de qualité, garantir un revenu décent pour les agriculteurs et lutter contre la déforestation. »

Dans un pays où l’espérance de vie est une des meilleures du monde grâce, en partie, à l’excellence de son agriculture, nos artistes écologistes, entre deux vols Paris-New York, rappellent à l’ordre les agriculteurs qui travaillent nuit et jour à les nourrir, ainsi qu’une partie de la planète, et à préserver leurs villages et à entretenir les paysages de leurs vacances.

« Il doit aussi mettre en place les dispositifs indispensables à l’adaptation de nos territoires et à la protection de nos côtes. »

Nos territoires sont inadaptés et nos côtes mal protégées. Mais de quels dispositifs « indispensables » peut-il bien s’agir ?…

« Toutes ces mesures auront un impact positif sur nos vies. Pourtant, ce qui est sur la table aujourd’hui est largement insuffisant. »

Dernière vérité de ce texte ambitieux.

Cette pétition masque habilement les chimères, les incohérences et les mesures liberticides de l’utopie écologiste derrière une liste à la Prévert de banalités sans grand intérêt.

Elle ne devrait donc pas tarder à mobiliser un maximum de signatures,  peut être même autant que la liste PS-EELV à la Présidentielle de 2017 (soit 4,92 % des inscrits).

Une bonne ou une bien mauvaise affaire pour ce siècle qui débute ?

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