Les autorités seraient-elles… giletjaunophobes ?

Mouvement des gilets jaunes, Belfort, 01 Dec 2018 By: Thomas Bresson - CC BY 2.0

Pour les élites du monde occidental les citoyens n’ont que trois droits : obéir, payer, et se taire. OPINION

Par Erik Svane.

De toutes les tyrannies, une tyrannie exercée pour le bien
de ses victimes est sans doute la plus opprimante. Il est
préférable de vivre sous des requins de la finance que sous
des corps moraux omnipotents. La cruauté du magnat de
l’industrie peut parfois dormir, sa cupidité peut être rassasiée
à un moment donné ; mais ceux qui nous tourmentent pour
notre propre bien nous tourmenteront sans fin, car ils le font
avec l’approbation de leur propre conscience.
— C.S. Lewis

 

Cherchez l’erreur ! Quand un attentat est perpétré par quelqu’un du nom de Mahomet ou Ali, avec moult morts et blessés, on nous dit (non sans raison, sans doute) qu’il ne faut pas faire d’amalgame et de généralisations, qu’il faut se demander si ce n’est pas le monde occidental, ces horribles colonisateurs, qui, quelque part, est coupable, sinon responsable, de la radicalisation des islamistes.

Si vous pensez le contraire, il n’y a qu’une conclusion à tirer : vous faites partie de ce groupe de citoyens méprisables qui ne sont rien d’autres que d’affreux islamophobes.

Mais alors, quand deux ou trois personnes sont tuées durant une manifestation de Gilets jaunes, et que l’on compte plus d’une centaine de blessés, y compris parmi les forces de l’ordre, sans oublier les victimes économiques pour cause de perte de temps et d’absence de revenus, là, soudain ministres et politiciens se manifestent (alors que contrairement aux attentats, aucune des victimes, parions-le, n’était visée) pour condamner le mouvement tout entier et pour regretter le manque de citoyenneté, de sérieux, de tact et de lucidité des protestataires.

Alors, s’agit-il d’hypocrisie, d’un exemple de plus du « deux poids deux mesures » ?

En fait, la réponse — surprenante — est : non, pas du tout.

Dans les deux cas (dans tous les cas), il s’agit pour les politiciens de diaboliser leur propre population, de la traiter comme s’il s’agissait d’affreux jojos irresponsables, comme des enfants  qui ont besoin de politiciens et de fonctionnaires (d’une armée de fonctionnaires), sans oublier une pléthore de règles ainsi qu’une masse d’impôts, pour survivre et pour bien se tenir.

En fait, ils placent les citoyens à la même enseigne que les terroristes : des palabres, peut-être, mais aucune concession — c’est la même attitude officielle qu’envers un terroriste : pas de faiblesse.

La conclusion est limpide. Pour les élites du monde occidental les citoyens n’ont que trois droits : obéir, payer, et se taire.

Le 14 juillet 1789, il y a eu une révolte à Paris. Combien sont morts ce jour-là ? On parle de 98 personnes tuées. Qui est responsable ? D’un côté, la réponse est limpide : c’est la foule, ou une partie de la foule, qui est indéniablement la cause de la mort de cette centaine de personnes.  Il fallait se tenir tranquille et ne pas se conduire de la sorte.

Mais ne faut-il pas blâmer au moins en partie Louis XVI et/ou de son gouvernement ?

Quelques 230 ans plus tard, on débat encore et toujours, bien que l’on notera que l’histoire officielle de la République met tout sur le dos de la monarchie et considère les révolutionnaires de la prise de la Bastille comme des héros.

Il ne s’agit pas de juger, ou trancher, d’une manière ou d’une autre.

Parmi ces morts, par ailleurs, on compte sept soldats ou hommes du gouvernement royal à la Bastille. De façon systématique, quand un début de révolte éclate, les autocrates vont toujours essayer de mettre en avant l’éventuel malheureux fantassin de 19 ans victime des insurgés enragés. Pour prendre un exemple non français et moderne, c’est ce qui s’est produit en Europe de l’Est 200 ans plus tard, lors des révolutions anti-communistes de 1989. Rien n’aurait rendu un Honecker ou un Ceaușescu plus heureux que de voir des jeunes appelés tués par la foule de contre-révolutionnaires.

Mais revenons au présent : concernant les manifestations bien moins sanglantes de Gilets jaunes de 2018, les autorités n’y sont pour rien ! Vous entendez ? Rien de rien ! Il n’y a rien à débattre ! Elles n’y sont pour rien !

Tous les débordements sont à mettre sur le dos des manifestants, des révolutionnaires.

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