Gilets jaunes : le réveil du citoyen

Gilets jaunes-4 by NightFlightToVenus (CC BY-NC-ND 2.0) — NightFlightToVenus, CC-BY

Le mouvement des Gilets jaunes incarne la démocratie bottom up, qui replace le citoyen au centre de l’attention politique.

Par Jean-Pierre Schaeken Willemaers.

La démocratie au sein de l’UE est secouée par des tendances et mouvements politiques divergents voire antagonistes.

Le numérique apparaît comme un facteur disruptif qui vient s’ajouter au populisme et aux extrémismes de gauche et de droite. Contestations et oppositions de tous genres aux pouvoirs publics et, d’une manière générale, à toute Autorité, peuvent gagner instantanément une très large audience à tous les niveaux : régional, national, voire international, grâce aux réseaux sociaux. Des masses importantes de citoyens peuvent ainsi être mobilisées pour manifester leurs désaccords sinon leur colère, sans recours à une organisation centrale structurée aux fins d’organisation et de coordination.

Pas de leader, mais une vraie volonté d’en découdre

Les Gilets jaunes, en France, sont une démonstration, à la fois spectaculaire et relativement novatrice, de revendications populaires rassemblant des foules de partisans grâce à des initiatives individuelles relayées par les réseaux sociaux, sans l’intervention de syndicats ou d’autres organisations semblables.

D’ailleurs, leurs revendications ont largement débordé le cadre de la rage « taxatoire » (taxe diesel, taxe carbone, taxe sur les revenus du capital, taxe sur l’épargne en actions qui n’ont d’autres justifications que de remplir les caisses de l’État malgré la vaine tentative de ce dernier de leur donner une coloration éthique) pour exprimer une profonde frustration vis-à-vis de l’absence de concertation et l’ignorance du bien-être des gens. Cela, au profit de la sacro-sainte — et parfaitement illusoiretransition énergétique vers le tout renouvelable en 2050 et la défiance à l’égard d’un État de plus en plus envahissant et imposant toujours davantage de règlements, de resserrement des libertés, même la liberté d’expression.

Cette démocratie du bas vers le haut (bottom up) est appelée à évoluer, à se structurer, à se développer.

Ne pas la prendre en compte n’est pas la solution. Mais alors comment y répondre ?

Un mouvement libératoire

Compter cyniquement sur l’essoufflement de tels mouvements d’expression d’un « ras-le-bol », d’une fraction significative, voire majoritaire, de la population, et sur l’impact délétère des débordements organisés par des casseurs professionnels et autres truands étrangers à la cause, serait un signe d’impuissance de la part des politiques qui donneraient l’impression de vouloir imposer à défaut d’être en mesure d’entendre, de dialoguer et de convaincre.

En matière d’autoritarisme, certains partis politiques ne sont pas en reste, qui s’efforcent de museler toute opposition, sous le prétexte fallacieux de considérations éthiques ou morales, pour faire passer leurs objectifs sans devoir les justifier par des arguments rationnels.

Dans un tel contexte, l’initiative populaire de faire entendre son mécontentement et ses revendications de manière spontanée, en dehors de toutes structures organisées pour garder le contrôle de son action, n’est-elle pas compréhensible sinon nécessaire ?

Et si nous assistions tout simplement au retour de la démocratie ?