L’URSSAF, cet « ami » que l’on fuit

Prisoner by Mr.Kitsadakron Pongha (CC BY-NC-ND 2.0) — Mr.Kitsadakron Pongha, CC-BY

Le président de la République considère que l’URSSAF est l’« ami » des chefs d’entreprise, et toute opinion contraire résulte selon lui d’un problème de « perception ». Deuxième partie.

Par Nicolas Perrin.

Le président de la République considère que l’URSSAF est l’« ami » des chefs d’entreprise, et toute opinion contraire résulte selon lui d’un problème de « perception ».

Poursuivons notre analyse commencée la semaine dernière.

À ce stade, peut-être avez-vous envie de me rétorquer : « Certes, comme souvent des dérives existent, mais en voulant assurer un niveau de couverture sociale minimum à l’ensemble de la population, l’État a une intention louable ».

Le cas échéant, je vous répondrais deux choses.

Je vous rappellerais tout d’abord que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Lorsqu’il s’agit de la gouvernance d’un pays, on en revient toujours à cette question centrale : « le politique doit-il vouloir votre bien ? »

De nombreuses personnes pensent que oui, d’autres estiment au contraire que, comme l’expliquait Frédéric Bastiat,

« l’État doit assurer avec détermination ses fonctions fondamentales. Sa vocation première est de faire en sorte  que chacun […] travaille en liberté le jour et dorme en paix la nuit, c’est-à-dire qu’il assure le maintien de l’ordre et la distribution de la justice.  »

Au fur et à mesure que l’État s’éloigne de cette mission centrale, il est de moins en moins à même de remplir ses fonctions primaires et ses citoyens subissent de plus en plus les dérives propres à tout système communiste.

Rappelons-nous ce que disait Milton Friedman :

« La pire des erreurs est de juger une politique par ses intentions et non par ses résultats ».

La législation en vigueur en France est loin d’aboutir au système social universel et solidaire que l’on ne cesse de nous vanter ; ce serait même plutôt le contraire.

J’invite les lecteurs qui en douteraient à se reporter au blog de Laurent C., qui a décrit les scandaleuses injustices du système social français en long, en large et en travers.

Voici comment il résumait la situation :

« Lorsque quelque chose présente un avantage certain, [d’autres pays] finissent par l’adopter, le copier et même l’améliorer. Notre Sécurité sociale coûte très cher à la collectivité et c’est pourquoi les autres pays ont décidé de ne pas s’en doter. »

Contrôles-inquisition des URSSAF : de regrettables dérives ou un problème de fond ?

Ce qui m’amène à ma deuxième remarque. Les dérives des URSSAF évoquées plus haut en sont-elles vraiment ? Certes, le processus de contrôle URSSAF devrait être réformé, comme le préconise le Cercle Lafay, mais cela n’est pas le fond du problème.

De leur propre aveu, les URSSAF et les TASS n’ont fait qu’appliquer le droit. La racine du mal n’est donc pas à chercher dans le comportement des individus qui composent ces organismes, mais dans la législation, c’est-à-dire in fine au niveau des causes juridiques (réglementaires, sociales et fiscales) qui font qu’il est impossible pour certaines entreprises de rémunérer officiellement de la main d’œuvre.

C’est donc le modèle social français dans son ensemble qui doit être remis en cause. L’enjeu est de mettre tout le monde sur un pied d’égalité, soit en uniformisant le droit de la protection sociale pour supprimer tout privilège en restant dans un système étatique, soit en rendant à chacun sa liberté en ouvrant le monopole étatique à la concurrence.

Les propos d’Emmanuel Macron montrent son ignorance du monde de l’entreprise

Emmanuel Macron n’a jamais créé ni dirigé d’entreprise. Il est issu du traditionnel parcours ENA, Inspection des Finances, banque d’affaires. Il n’est donc pas étonnant que le président tienne des propos typiques d’un haut fonctionnaire qui n’a jamais été confronté aux préoccupations quotidiennes d’un patron de PME.

Plutôt que de faire comme à son habitude dans la semi-provocation, Emmanuel Macron ferait sans doute mieux de se demander pourquoi tant de jeunes s’expatrient, et de regarder comment les choses se passent dans les pays qui se sont fait une spécialité d’importer de la main d’œuvre qualifiée, plutôt que « d’exporter des Bac +7 et d’importer des Bac -7 », comme le résume Charles Gave à propos de la France.

Dans quels pays l’herbe est-elle plus verte qu’en France pour travailler ?

Le graphique ci-dessous fait apparaître l’augmentation de plus en plus rapide du nombre de Français qui ont choisi de s’établir en dehors des frontières nationales – sans commune mesure avec l’augmentation de la population française –, en particulier depuis le début des années 2000 et à nouveau depuis 2015.

 « Au 31 décembre 2017, 1 821 519 de nos compatriotes étaient inscrits au registre mondial des Français établis hors de France, soit une hausse de 2,21 % par rapport à l’année précédente », explique le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères dans son rapport 2018 sur « la situation des Français établis hors de France ».

Et encore ne s’agit-il que des individus inscrits sur ces listes. L’étude annuelle Expat Insider estimait début 2018 qu’au total, entre 2 et 2,5 millions de Français travaillent hors de nos frontières.

Vous noterez que la courbe rouge est beaucoup plus pentue que la courbe bleue, ce qui signifie que c’est de plus en plus en dehors des frontières de l’UE que les Français s’expatrient !

Sur le graphique suivant, on constate que l’Amérique du Nord a le vent en poupe, suivie par l’Europe hors UE et l’Asie-Océanie.

Voici le détail des 25 premières destinations depuis 2005 :

Apparemment, les Français aiment beaucoup les États-Unis, en dépit du fait qu’ils ne peuvent plus y compter sur l’aide des inspecteurs de l’URSSAF pour « les payer » en cas d’accident de la vie. Pour plus de détails au sujet du système social américain, je vous renvoie à cet article dans lequel Olivier Maurice s’est attaqué à quelques idées reçues.

Si ces illustrations ne sont pas assez éloquentes pour le président, je l’invite à regarder cette vidéo de Charles Gave.

Cet entrepreneur y explique pourquoi tant de Français « enterrent leur talent », et comment il a vu le nombre de Français à Hong-Kong exploser depuis qu’il s’y est installé en 2001 — avec aujourd’hui plus de 30 000 Français qui « se dépatouillent tout seuls », c’est-à-dire qui ont curieusement fait le choix de mettre toutes les chances de leur côté pour créer de la richesse, quitte à devoir se passer de « leur ami » français pour ce qui est de leur protection sociale.

Un ami  qui vous donne envie de vous éloigner de lui est-il vraiment un ami ?

Pour plus d’informations, c’est ici.