Chômage, retraites, Urssaf : le modèle français vanté par Macron est un cliché

En France, contrairement à des pays comme les États-Unis, quand vous êtes entrepreneur, il vaut mieux ne jamais être malade, ne jamais se retrouver au chômage et réussir à vendre votre boîte un bon prix car il ne faut pas compter sur la retraite.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
LEWEB 2014 - CONFERENCE - LEWEB TRENDS - IN CONVERSATION WITH EMMANUEL MACRON (FRENCH MINISTER FOR ECONOMY INDUSTRY AND DIGITAL AFFAIRS) - PULLMAN STAGE By: OFFICIAL LEWEB PHOTOS - CC BY 2.0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Chômage, retraites, Urssaf : le modèle français vanté par Macron est un cliché

Publié le 25 octobre 2018
- A +

Par Olivier Maurice.

Prenant la parole devant un parterre d’entrepreneurs de la nouvelle économie au début du mois d’octobre, Emmanuel Macron a répliqué par un tonitruant « votre amie c’est l’URSSAF » à un jeune entrepreneur qui critiquait vertement les méthodes de l’organisme de recouvrement des cotisations sociales.

« En France contrairement aux États-Unis, à l’Inde ou à beaucoup d’autre pays qui peuvent être fascinants de prime abord quand on parle de levée de fonds ou autre, le jour où vous êtes malade, le jour où vous êtes au chômage, le jour où vous êtes vieux … c’est grâce à l’URSSAF que l’on peut vous payer et que vous payez parfois zéro dans beaucoup de ces situations. »

Je m’étais un peu arrêté avec fatalisme sur l’apologie étatique du chef de l’État, constatant une fois de plus que celui-ci n’était décidément pas le libéral que la gauche aime à nous dépeindre, mais en y repensant un peu…

Sur quoi reposait l’affirmation du chef de l’État ? Sur une vérité bien ancrée dans l’imaginaire des Français : les États-Unis sont l’antichambre de l’enfer de la protection sociale, un pays où les rues sont remplies de miséreux, où il faut être milliardaire pour consulter un médecin, où votre retraite peut disparaître du jour au lendemain dans les spéculations boursières…

Son apologie de l’URSSAF se résumerait donc bien au dicton populaire « On ne peut pas à la fois avoir le beurre et l’argent du beurre » : on ne peut pas à la fois cracher sur l’État-providence et profiter des avantages qu’il propose et qu’un jeune entrepreneur de la nouvelle économie ne retrouvera pas de l’autre côté de l’Atlantique.

Mais alors pourquoi tant de jeunes Français, une fois leurs études d’informaticien terminées prennent l’avion pour s’expatrier au pays de la malbouffe et de l’utra-turbo-néo-libéralisme et prendre de tels risques ?

Maladie

Car clairement, il n’existe pas de sécurité sociale aux États-Unis… euh… sauf… sauf si vous êtes handicapé, sauf si vous êtes âgé de plus de 65 ans, sauf si vous êtes une famille pauvre avec enfants, etc. Bref il n’existe pas de sécurité sociale aux États-Unis pour les actifs en plein forme mais il en existe une pour les autres (un quart de la population)

C’est un peu l’inverse du système français d’il y a quelques années, quand la Sécurité sociale n’existait que pour les salariés et les fonctionnaires. D’ailleurs, la sécu ne prend pas en charge tous les frais mais environ trois quarts des dépenses de santé, contrairement aux assurances privées avec lesquelles les entreprises américaines négocient les couvertures les plus complètes possibles pour attirer chez eux les talents.

D’où vient la légende du mauvais système de santé américain ? En grande partie de données macro-économiques sur lesquelles pèse lourdement toute une partie de la population qui vit en marge de la société américaine : clandestins, jeunes adultes qui vivent de petits boulots dans des petites entreprises ne proposant pas de couverture santé, délinquants, etc.

Pour les autres, surtout pour les startupers et les grandes entreprises du numérique qui sont les homologues de ceux auxquels Emmanuel Macron s’adressait, le système de santé américain, c’est l’assurance d’une totale prise en charge, d’installations dernier cri et d’un personnel bien payé (le salaire moyen d’une infirmière au États-Unis tourne autour de 65 000 $ par an, celui d’un médecin dépasse les 200 000 $).

Chômage

L’affirmation est également totalement fausse en ce qui concerne le chômage : en France, un dirigeant d’entreprise n’est jamais payé quand il se retrouve au chômage, et ce même s’il a un contrat de travail salarié et qu’il paie des cotisations. Pour la simple raison que pour percevoir le chômage il faut être subordonné juridiquement à l’employeur.

Un créateur d’entreprise (le public auquel s’adressait Emmanuel Macron) n’a donc droit à rien le jour où il est au chômage, pas même au RSA auquel il ne pourra prétendre que si son patrimoine a été réduit à néant, ce qu’il ne pourra souvent prouver qu’une fois la liquidation judicaire prononcée (le RSA n’est d’ailleurs pas financé par les cotisations recueillies par l’URSSAF, mais par l’impôt).

Aux États-Unis, contrairement à la légende urbaine française, il y a une protection chômage valable pour tous. Certes les modalités de calcul varient selon les États et sont totalement différentes de celle du système français (la garantie couvre à peu près 50 % du salaire dans les limites d’un minimum et d’un maximum et cette allocation cesse au bout de 26 semaines) mais le chômage est quasi inexistant aux États-Unis (4 % en juin 2018). Un créateur de startup a rarement des problèmes pour rebondir dans un pays où l’échec est considéré comme une expérience plutôt que comme une tare.

De plus, contrairement à la France où le créateur d’entreprise reste personnellement responsable des dettes sociales et aura de grands risques de se retrouvé fiché un peu partout, la procédure de chapter 7 le protégera de toutes poursuites une fois la liquidation prononcée, à part pour les dettes graves comme les dédommagements faisant suite à des dommages causés aux personnes si celles-ci n’ont pas pu être réglées lors de la liquidation.

Il pourra aussi à son choix, souscrire en plus à l’une des nombreuses assurances privées de couverture chômage dont certaines proposent une prime versée à la perte de l’emploi, prime qui permet aux serials entrepreneurs de rebondir de suite en disposant d’un capital de départ.

Retraite

Avec 1 389 € bruts par mois en moyenne, la retraite promise aux Français est bien maigre, très coûteuse en frais de gestion, éclatée entre des organismes publics et parapublics ayant chacun leurs spécificités, ce qui aboutit à des pensions très différente d’un régime à l’autre.

Tout le contraire des États-Unis où le système de retraite est public, universel et par répartition, où le taux de remplacement est au minimum de 68 % et peut même atteindre 90 % du salaire, un système dont le coût de gestion est 3 à 6 fois moins important qu’en France. Et c’est sans parler des retraites complémentaires, ces fameux fonds de pension privés qui s’ajoutent au système public.

L’urssaf n’est l’amie de personne

À l’heure d’Internet, soutenir des légendes urbaines aussi mensongères frise l’exploit en termes de mauvaise foi, à moins que ce soit tout simplement une totale méconnaissance de la réalité.

L’affirmation d’Emmanuel Macron relève bien de cette triple méconnaissance : celle du système social américain, celle des lacunes du système de protection sociale français, et celle des problèmes et des risques qui inondent les entrepreneurs.

Affirmation un peu étrange devant un parterre de professionnels du numérique, dont un très grand nombre connaît très bien les États-Unis et qui n’ont certainement pas décidé de rester en France pour leur amitié avec l’URSSAF ou pour le système de protection sociale.

Car en France, contrairement à des pays comme les États-Unis, quand vous êtes entrepreneur, il vaut mieux ne jamais être malade, ne jamais se retrouver au chômage et il vous faut impérativement réussir à vendre votre boîte un bon prix car vous ne pourrez clairement pas compter sur une retraite.

 

Voir les commentaires (23)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (23)
  • enfin un article qui démonte les mensonges idéologiques distillés pat les différentes administrations totalitaires qui régissent ce pays.
    Non le systeme de protection sociale français n’est pas le meilleur du monde, c’est juste le plus cher.
    La retraite est une pyramide de Ponzi , c’est indéniable
    La couverture maladie déficiente , s’appuie sur des mutuelles sans concurrence..
    a quand le choix de la couverture sociale qu’offre le marché?
    il va falloir attendre l’implosion sans doute

  • Macron poursuit sa « campagne d’enfumage » : le mensonge ne semble pas le déranger, à moins qu’il soit lui-même « un dérangé » !
    Combien de temps va-t-on encore le subir ? car j’en viens désormais à regretter Hollande , c’est grave non ?

    • Je me souviens d’a oir dit l’an dernier à des amis médusés, que Macron serait pire que Hollande, et en particulier poyr nos libertés, ou ce qu’il en reste…

      • Une constante depuis de Gaulle:
        « Chaque président est pire que celui avant lui ».
        Naïvement, pendant un instant de flottement*, j’avais envisagé que cette suite logique pourrait prendre fin.
        Je suis rassuré…
        * pas au point de le soutenir, y a des limites !

  • s’il est si bien que ça le modèle Français que tout le monde nous envie , pourquoi tout le monde se barre de ce pays ? that is the question ……

  • Du vrai dans cet article concernant le système français, je n’ai jamais rien lu de tel quant au système américain. Certains lecteurs pourraient confirmer ou infirmer ?
    A noter que j’ai lu quelque part que des fonds de pension jouent aussi à la pyramide de Ponzi…

    • Pour atteindre le caractère Ponzi de la répartition, il faudrait vraiment qu’un fonds fasse de gros efforts. Mais surtout, les éléments permettant de distinguer un fonds sérieux d’un fonds crapuleux ne peuvent échapper qu’aux handicapés mentaux légers ou lourds. Enfin, en principe, parce que quand on voit l’étude sur l’enseignement économique et social en seconde publiée par l’Institut Sapiens, on se dit que finalement l’URSS (sans AF) a de beaux jours devant elle en France…

      • @ MichelO
        Je ne comprends pas qu’on puisse comparer la France et les U.S.A. Ces 2 pays sont totalement différents et divergents, même si quelques Français sont devenus libéraux et que les Américains se sont mis à une certaine protection sociale centralisée. Le constat s’arrête là!

        • Encore une fois, il n’y a pas en cette matière une France et des USA, il y a des individus, dont certains ont plutôt des caractéristiques voisines de celles communes en France, et d’autres des caractéristiques qu’on trouve plus fréquemment aux USA. Ces individus, quels qu’ils soient, n’ont pratiquement aucune influence sur les évolutions globales de la France ou des USA, et souvent ils n’imaginent même pas quelle est la situation dans l’autre pays. Des articles comme celui-ci permettent de les rendre moins ignorants, ce qui ne peut être mauvais.

    • Une de mes fille, médecin, vit en Floride, a épousé un américain, elle est chirurgien pédiatrique et n’a absolument pas envie de revenir en France.
      Son mari,médecin, spécialiste des accidents de plongée travaille à mi temps quasiment gratuitement pour les coast guard , mais vit très bien de son activité privée…Chose impossible en France.

    • Les fonds de pension épargnent vraiment. La SS française n’épargne pas un rond, tout est dépensé immédiatement, si possible avec un déficit à la clé. Le principe d’une pyramide de Ponzi est de faire croire qu’on épargne alors qu’il n’en est rien. C’est le cas de la SS qui utilise la dénomination de « caisse » (primaire, régionale ou nationale), comme s’il y avait le moindre centime dans la caisse, comme s’il y avait seulement une caisse… En réalité, pas un centime n’est mis en caisse. Il n’y a pas plus d’épargne dans les caisses de SS qu’il y a de martiens sur Mars.

      • La preuve que la fameuse caisse n’existe pas, c’est le vote annuel du budget de la retraite des fonx par les députés.

      • J’aime bien le concept de ‘caisse’ qui n’existe pas; même si je sais que la sécu n’a pas un rond.
        Toute la mesure de l’escroquerie en quelques lignes.
        Sauf que Ponzi ou Madoff, les investisseurs devenus suspicieux, ont été dévoilés et condamnés, alors que la sécu peut continuer sans vergogne à extorquer de l’argent aux citoyens par la force…

        • @ Leipreachan
          Ben, oui, le système sécu, ça fonctionne tant que ça tourne: c’est le principe! Et c’est idem pour les mutuelles et assurances: même quand il y a un trésor tampon en caisse, sans nouveau membre, la faillite est assurée!

  • Macron ……..cliché . Tout est dit !

  • pfff dans 20 ou 40 ans quand le système implosera .
    tous le.monde criera au loup.
    sérieusement l article est parfait un peu partisan mais pas plus.
    Dans tous les cas pas de retraite pas de sécu pas e chômage pour moi juste bon à être plumé.

    • @ M’enfin
      Oui, sauf que quand vous allez à la sécu, l’employé fait semblant que c’est lui qui vous donne de l’argent en chicanant, alors que vous cotisez et que lui prélève son salaire chaque mois!

  • Peut-être aussi, plus simplement, Macron ne s’adressait pas au public qui était devant lui et qui était bien conscient de son niveau de pipeautage, mais… aux autres, à l’ensemble des salariés à qui ces propos allaient forcément être rapportés.

  • Mon Prefet m’a ecrit : que l URSSAF+CGSS+RSI n’existaient pas dans les documents de la prefecture.
    Le Tribunal Administratif à condamné le Prefet à me communiquer les statuts approuvés du RSI qui n’ont jamais été annexés à l arrete lui meme meme pas publié … J attends tjrs les statuts approuvés du RSI …

  • qu’attendre d’un mec complètement déconnecté de la réalité qui n’a jamais travaillé de sa vie..mis à part dire des conneries.

  • Je suis marié à une américaine, j’ai moi même vécu aux US très longtemps, je ne suis pas un fan du système socialiste français mais alors l’article est clairement aveuglé biaisé sur le système américain que ça frise le ridicule

  • oui j ai des doutes aussi sur la protection sociale aux usa décrite dans l article….

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Élisabeth Borne devient Premier ministre. Certains attendaient une révolution, ce fut surtout un jeu de chaises musicales.

Merci à @EmmanuelMacron de sa confiance et de l’honneur qu’il me fait en me nommant Première ministre.

Merci aussi à @JeanCASTEX pour son action ces deux dernières années.

Les défis devant nous sont grands. Je mesure pleinement cette responsabilité. pic.twitter.com/fZ9zxu5S5f

— Élisabeth BORNE (@Elisabeth_Borne) May 16, 2022

Ce lundi 16 mai, Emmanuel Macron a... Poursuivre la lecture

L’investiture des candidats macronistes est conditionnée au rattachement en préfecture à la case politique « Ensemble ». Les futurs députés s’engagent également à siéger dans l’un des groupes de la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale : MoDem (François Bayrou), Horizons (Édouard Philippe) ou Renaissance (ex-LREM).

La manœuvre vise à éviter la création de nouveaux groupes comme lors de la précédente mandature avec le lancement d’Écologie dém... Poursuivre la lecture

Les éditorialistes commencent à s’impatienter : Emmanuel Macron n’a toujours pas nommé son Premier ministre. Jean Castex est déjà dans les cartons, plusieurs personnalités ont déjà été approchées. Les rumeurs se font et se défont au gré de l’actualité, des fuites élyséennes et des fantasmes médiatico-journalistiques. Seulement en régime hyperprésidentiel, le nom du Premier ministre a-t-il vraiment de l’importance ? Si tout est piloté de l’Élysée, qu’il soit homme, femme, ex-socialiste ou ex-LR, l’importance n’est que d’ordre communicationnel.... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles