Le « Hard brexit » comme opportunité

Banksy does Brexit (detail) By: Duncan Hull 🐝 - CC BY 2.0

À court terme, le Hard brexit représente une menace économique et financière. In the long run, comme disait Keynes, il représente l’opportunité, pour les Britanniques comme pour les Européens, de dépasser une organisation à bout de souffle.

Par Drieu Godefridi.

Deux scénarios se dessinent pour actualiser ce Brexit dont le principe est désormais coulé en forme de loi : soit l’accord négocié par Madame May. Soit le « Hard brexit », c’est-à-dire une sortie sans accord. (Ceux qui à l’instar de M. Verhofstadt rêvent d’un nouveau référendum montrent leur mépris de la démocratie et se nourrissent d’illusions.)

À court terme, les « marchés » selon l’expression consacrée ont une préférence nette pour l’accord May. Leur verdict est clair : tandis que la livre valait 1.55 euro quand l’accord se fit jour, elle tombait en 48 heures à 1.23 euro quand l’échec de cet accord devint envisageable. Les marchés — les opérateurs économiques — n’aiment rien tant que la prévisibilité et la continuité normative. Arrimant le Royaume-Uni à l’union douanière européenne, l’accord May est, à cet égard, le moins « disruptif » et le plus market-friendly qui se pouvait concevoir.

Ceux qui soutiennent que l’autre option, le Hard brexit, se ferait sans heurt, se trompent. Une sortie sans accord le 29 mars 2019 se situerait quelque part entre le désordre et le chaos. Des mouvements de marchandises et de personnes tenus pour acquis seraient interrompus, du moins fortement entravés. Sur le continent, plusieurs pays et régions verraient leurs chiffres économiques s’assombrir. Le Royaume-Uni retrouverait dans l’instant une manière d’insularité de mauvais aloi sur le plan économique, surtout pour un pays traditionnellement ouvert.

Mieux que l’accord May

Pourtant, et je le soutiens, cet Hard brexit est mieux conforme à l’intérêt des Britanniques et des Européens « continentaux » que l’accord May.

Pour les Britanniques, le Hard brexit implique de retrouver la pleine maîtrise de leur droit, et la possibilité de négocier des accords de libre-échange. Deux manifestations de liberté et de souveraineté réduites à néant par l’accord May, qui vassalise le Royaume-Uni à l’UE, sans lui permettre ne serait-ce qu’un droit de regard sur les normes qui en sont issues.

Pour les continentaux, la question n’est plus de savoir si l’UE a vécu dans sa forme actuelle, mais quand aura lieu l’affaissement. Vrai succès et valeur ajoutée quand elle n’était qu’un marché commun, l’UE s’est progressivement muée en machinerie anti-démocratique, sécrétant en flux continu un torrent de normes anti-économiques et liberticides, caisse de résonance des idéologies les moins rationnelles, jetant de l’huile sur le feu des crises qu’elle était sensée résoudre (ainsi de la « crise migratoire »).

Par quelque biais qu’on la prenne, l’UE est un échec. Elle doit être démontée — probablement pour en revenir à une sorte de marché commun, ce qui suppose l’abrogation de 80% du « droit européen ».

C’est de cette réduction de l’UE à sa valeur ajoutée que le Hard brexit offre l’opportunité. Car, retrouvant leur liberté, certes les Britanniques vont souffrir, mais ils ne resteront pas coi. Ils se réinventeront et offriront aux Européens fatigués des excès socialisants du continent une alternative. C’est de concurrence qu’il s’agira à nouveau, sur tous les plans, dans le plus noble et stimulant sens de cette expression.

À court terme, le Hard brexit représente une menace économique et financière. In the long run, comme disait Keynes, il représente l’opportunité, pour les Britanniques comme pour les Européens, de dépasser une organisation à bout de souffle.

Drieu Godefridi est l’auteur de « 10 mesures pour reconquérir l’Europe — Programme pour la droite européenne », Texquis, novembre 2018.