Emmanuel Macron s’en prend à l’Europe devenue « ultra-libérale »

PANIC and ANXIEY

Au cours de l’entretien accordé à Europe 1 mardi dernier, le Président s’en prenait à « l’Europe devenue ultra-libérale ».

Par Johan Rivalland.

Je n’ai pas l’habitude de me mêler de politique politicienne. Je préfère habituellement présenter des réflexions de fond de natures diverses issues d’auteurs à travers des ouvrages, ou réagir spontanément sur des questions de société fondamentales (liberté d’expression, éducation, culture, philosophie libérale, raison d’être du politique, etc.). Il m’arrive aussi de réagir sur des questions sociétales plus ponctuelles (intermittents du spectacle, squatteurs, etc.) ou même de présenter de temps à autres quelque œuvre littéraire.

Mais sur environ 250 articles présentés ici à ce jour, je ne crois pas m’être mêlé une seule fois de politique. Ce sera brièvement le cas aujourd’hui, en réaction à une formulation malheureuse, que je trouve infondée et purement démagogique. Si elle est malheureusement courante, le fait qu’elle vienne du chef de l’État me désole encore un peu plus.

Une Europe devenue ultra-libérale

Car si la formulation « ultra-libérale » est hélas chose courante et qu’il n’échappe à personne qu’elle revêt un sens forcément fortement péjoratif, il n’en reste pas moins que notre chef de l’État ne la définit aucunement. Il se comporte ainsi comme n’importe quel démagogue, politique ou non.

Ainsi, dans son entretien de mardi dernier avec Nikos Aliagas, voici ce qu’il évoque tout à coup (écouter à 8’30) :

[… ] la colère (des peuples exprimée lors des élections) contre une Europe qui est devenue sans doute trop ultra-libérale, qui ne permet plus aux classes moyennes de bien vivre.

Le recours à cette formulation relève-t-il du fantasme ? du mythe ? ou de je ne sais quoi d’autre encore ?

Plus simplement — et notre président n’est pas le premier (ni le dernier) qui s’empare d’une telle formule pour tenter de redorer son blason —, je pense qu’il s’agit à la fois d’un moyen bien commode de s’en remettre à de mystérieuses forces occultes pour tenter d’apporter des explications aux Français mécontents sur ce qui ne va pas, mais aussi (faisant ainsi coup double) de bien montrer, lui que l’on a déjà « accusé » d’être un (méchant) « libéral », qu’il ne se reconnait nullement dans cette « idéologie » frelatée dont il ne saurait être un adepte.

Sauf que… comme à l’habitude de ceux qui agitent cet épouvantail, il ne définit à aucun moment de quoi il parle. Et voilà qui me dérange.

Taxer les gens du numérique

Que propose-t-il donc aussitôt, en réponse à cet état de fait ? Eh bien, il y oppose tout simplement une « Europe de l’ambition » (le genre de formule tout aussi vague dont nos politiques ont le secret), « où on taxe les gens du numérique, qui créent de la concurrence déloyale » : il est vrai que c’est là également quelque chose de très à la mode que d’incriminer les gens du numérique, sous entendu les GAFA. Comme il est toujours autant à la mode d’y répondre par l’outil préféré des politiques, en tous les cas français : la taxation.

Outre que cela ne fait pas un projet, il en résulte, en définitive, qu’alors que l’Europe se trouve probablement à un tournant économique mondial, on ne trouve d’autre moyen pour tenter de calmer les mécontentements et prétendre avoir une vision, que d’être dans l’abstraction, quand ce n’est pas dans des projets abstraits à forte dimension dérivative.

Triste politique…