Deux mythes politiques français à démolir

Trois nouvelles études scientifiques apportent un démenti cinglant à deux mythes politiques qui ont cours actuellement et qu’il est important de pulvériser.

Par Claude Robert.

Abandonnons toute langue de bois et observons ce qui se passe concernant la réputation des deux derniers présidents français, Hollande et Macron. Tous deux sont taxés d’être ultra-libéraux par les électeurs de gauche et d’extrême gauche, tandis qu’ils sont accusés de poursuivre une politique socialiste (étatique) par les électeurs de sensibilité libérale. La situation est même encore un peu plus floue pour l’actuel locataire de l’Élysée dans la mesure où, bien que se disant du centre, une majorité de Français le classifie plutôt à droite.

De tels quiproquos ne sont-ils pas révélateurs d’un véritable embrouillamini politique si ce n’est moral ? Ne sont-ils pas la signature de messages volontairement flous de la part de nos gouvernants ? Ne trahissent-ils pas aussi et surtout une ignorance qui confine à la naïveté chez de nombreux citoyens ? Et d’ailleurs, qui est dans l’erreur ? Les gens de gauche ? Les centristes ? Les libéraux ?

Qui a raison, qui a tort ? Que disent les faits économiques ?

Tels qu’ils sont mesurés par la science économique, hélas tant décriée, les faits disent ceci :

  • Avec plus de 57% du PIB redistribué par l’État, non, la France ne peut pas être un pays libéral. Objectivement, positivement, concrètement, sans aucune hésitation possible et de manière indiscutable, l’hexagone est un pays étatisé, et visiblement le plus étatisé des pays riches de la planète. Et tant qu’un gouvernement se satisfait, voire aggrave cet état de fait, il ne peut être taxé de libéralisme, bien au contraire !
  • Justement, avec un taux de prélèvements obligatoires1 qui continue d’augmenter (chiffres INSEE 2017 récemment publiés), ni Hollande ni Macron ne se sont attaqués à la baisse de la pression fiscale2. Les gouvernements Hollande et Macron se comportent donc objectivement en gouvernements socialistes.

Après le double discours de Hollande, très axé sur les réformes sans les entreprendre (mais inévitablement liées au paradigme libéral dans l’inconscient collectif de la gauche), et très porté sur le social, en augmentant les dépenses keynésiennes (travers typiquement socialiste) ce qui permet de se draper dans le rôle si facile d’homme d’État généreux et social, le positionnement soi-disant centriste de Macron s’est avéré tout aussi trompeur.

À ce sujet, Luc Ferry répète à l’envi combien le centre constitue un danger, celui d’ensevelir les grands débats que la France devrait au contraire lancer en toute transparence sur :

  • d’une part le comportement à adopter dans un monde économique devenu ouvertement libéral,
  • d’autre part en matière de société face à des flux migratoires, une vague terroriste et une sorte d’idéologie d’autoflagellation vis-à-vis de cette chose honteuse qu’est devenue la culture et la nation judéo-chrétienne françaises…

Ainsi, pour résumer, d’un côté, les gens de gauche ostracisent tout ce qui ressemble à des réformes libérales, sous couvert que celles-ci sont violentes et inhumaines. De l’autre, les gens du centre se laissent manœuvrer dans une sorte de déni des problèmes économiques et sociétaux : ni libéralisme, ni conservatisme sociétal semble être leur devise par défaut.

Heureusement, dans ce concert de mystifications et de diabolisations, dans ce tintamarre de postures condamnatrices, dans cette course à la moraline et au déni qui caractérise le climat politique français actuel, certaines études scientifiques apportent un éclairage tout à fait salvateur.

À l’instar du sondage sorti des urnes en 2012 qui avait démontré noir sur blanc le tropisme politique des journalistes français, ce qui avait immédiatement stoppé les accusations de paranoïa vis-à-vis de ceux qui l’affirmaient depuis longtemps sans en avoir encore la preuve, ces études objectives sont une aubaine pour les personnes qui appréhendaient ce phénomène sans pouvoir l’étayer de façon tangible. Voilà qui est fait. Au passage, il est même permis de se délecter avec de telles analyses car elles remettent deux mythes puissants à leur juste place.

Intolérance et égoïsme à gauche !

Anne Muxel, directrice de recherche en sociologie au CNRS résume ainsi ce qui, à sa grande surprise, est ressorti de ses travaux publiés dans son livre : Toi, moi et la politique, amour et conviction :

Il y a une plus grande difficulté pour les personnes qui se classent à gauche d’accepter la divergence politique dans leur sphère privée, dans leur sphère intime, dans les échanges affectifs qu’ils ont avec les autres. (France Inter, 2/10/08)

L’auteure d’ajouter :

La culture de la droite suppose la liberté, la liberté de l’autre, la liberté à chacun de penser, de vivre et d’être comme il veut, davantage sans doute, et cela effectivement suppose une certaine, peut-être une plus grande ouverture.

À l’issue de ses travaux qu’il relate dans son livre Who really care, le spécialiste des sciences sociales Arthur Brooks a décelé quant à lui trois dimensions importantes qui déterminent le niveau de générosité des individus (en l’occurrence des Américains) : la fidélité à la religion, le nombre d’enfants, et la croyance en la suprématie du rôle de l’État en tant que re-distributeur de richesses. Cette phrase résume cette troisième dimension de façon très claire :

Ceux qui pensent que le gouvernement doit distribuer une plus grande part du revenu sont moins enclins à donner à des œuvres caritatives, et ceux qui pensent que le gouvernement a un rôle moindre en matière de revenu sont plus portés à la générosité. (Arthur Brooks – Who really care)

Là aussi, il s’agit d’une étude sociologique, chiffrée, basée sur des faits…

Désintérêt politique et autoritarisme au centre !

Plus récemment, les travaux de David Adler, chercheur en sciences politiques (cités par l’universitaire Vincent Tournier dans Atlantico 05/18), travaux basés sur une quinzaine de pays (dont la France) indiquent que les personnes qui se disent du centre sont nettement plus en faveur des régimes autoritaires que celles se disant des autres courants politiques3. La notion de démocratie se trouve beaucoup plus incontournable chez les électeurs appartenant aux partis de gauche et de droite qu’auprès des centristes, telle est la conclusion de ces travaux.

Parmi les causes détaillées par Vincent Tournier dans l’article de Atlantico, le désintérêt pour la chose politique n’explique pas tout. Il n’est certes pas surprenant qu’une part non négligeable des électeurs qui se disent du centre se caractérise par un faible niveau d’intérêt et d’information pour la chose politique. Mais même parmi les centristes qui ont développé un niveau de connaissance plus élevé dans ce domaine, la propension à souhaiter un régime autoritaire apparaît tout aussi clairement.

Ces trois études scientifiques apportent donc un démenti cinglant à deux mythes politiques qui ont cours actuellement et qu’il est important de pulvériser. Non, la gauche n’est pas moralement supérieure, et cache au contraire des sentiments parfois diamétralement opposés. Non, en se désintéressant des grands débats et en négligeant la démocratie, le centre n’est pas sans danger pour notre pays.

Sur le web

  1. « Les prélèvements obligatoires correspondent à l’ensemble des « versements effectifs opérés par tous les agents économiques au secteur des administrations publiques (…) dès lors que ces versements résultent, non d’une décision de l’agent économique qui les acquitte, mais d’un processus collectif (…) et que ces versements sont sans contrepartie directe » (Vie-publique, administration française).
  2. Même si une partie de cette hausse du taux de prélèvement obligatoire provient de la reprise de la croissance, il est évident qu’un gouvernement qui aurait fait de la baisse de la pression fiscale sa priorité n’aurait pas laissé ce chiffre s’aggraver neuf mois après sa prise de fonction.
  3. À la seule exception de l’ultra-droite.