Le système de santé américain tue, l’européen encore plus

On justifie généralement l’adoption d’un système de santé collectivisé de type européen par les décès qu’il permet d’éviter, mais les chiffres ne le confirment pas.

Par Mahdi Barakat.
Un article de la Foundation For Economic Education

L’argument moral en faveur d’un système de santé universel est simple : si davantage de personnes reçoivent des soins médicaux, on aura moins de décès évitables à déplorer.

Si un tel système, avec payeur unique notamment, débouche sur une mortalité en baisse, alors il devient à l’évidence le choix moral qui s’impose. Des hommes politiques comme Bernie Sanders vont encore plus loin en affirmant que la réduction de la couverture santé gouvernementale lancée par le parti Républicain tue effectivement des gens.

Et si la gauche se trompait lourdement ?

Et pourtant, que dirait-on si l’on disposait de preuves montrant que davantage de gens mourraient dans le cadre d’un système de santé universel que dans celui qui prévaut aujourd’hui aux États-Unis ? Que dirait-on si, selon les standards de la gauche, le système américain se révélait moins tueur que le système européen moyen ?

Considérons le nombre de personnes décédées par manque de soins médicaux aux États-Unis. Le sujet est fortement polémique et les estimations varient de 0 à 45 000 décès par an.

Le dernier chiffre est évidemment celui que les progressistes aiment citer. Bien qu’il soit plus que douteux, admettons pour les besoins de la discussion que les décès annuels aux États-Unis soient inférieurs d’environ 45 000 si tous les Américains ont une assurance-santé décente.

Et maintenant, retournons la question : combien de personnes meurent dans les autres pays en raison des déficiences de leur système de santé ? Et combien mourraient aux États-Unis si nous avions des résultats de traitement similaires à ceux des autres pays ?

Les systèmes de santé collectivisés coûtent des vies

Une étude du Fraser Institute intitulée L’effet des temps d’attente sur la mortalité au Canada estime que

entre 1993 et 2009 au Canada, l’augmentation des temps d’attente pour les soins médicaux nécessaires a pu provoquer entre 25 456 et 63 090 décès supplémentaires chez les femmes, la valeur moyenne étant de 44 273.

Si l’on procède à des ajustements pour tenir compte du nombre d’habitants (les États-Unis en ont environ 9 fois plus) cette moyenne monte à 400 000 décès supplémentaires estimés chez les femmes sur une période de 16 ans.

En d’autres termes, si les États-Unis souffraient de la même hausse de mortalité que le Canada en raison de l’augmentation des temps d’attente, on y observerait 25 000 décès féminins supplémentaires par an. Un système qui affecte les femmes de façon aussi disproportionnée ? Très progressiste.

Le cas des AVC

Examinons maintenant le résultat des traitements. Selon le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), les accidents vasculaires cérébraux (AVC) sont la cause de plus de 130 000 décès par an aux États-Unis.

Cependant, le taux de mortalité à 30 jours d’un AVC y est significativement plus bas que dans tous les autres pays de l’OCDE à l’exception du Japon et de la Corée. Les données de l’OCDE suggèrent que les taux européens ajustés par l’âge et le sexe se traduiraient par des dizaines de milliers de décès additionnels aux États-Unis.

Si l’Amérique avait le taux de mortalité à 30 jours du Royaume-Uni, par exemple, nous pourrions nous attendre à 38 000 décès de plus chaque année. Pour le Canada, ce nombre serait de l’ordre de 43 500. Et ceci ne vaut que pour les décès se produisant dans le mois qui suit l’attaque, lesquels ne représentent que 10 % des décès liés à un AVC.

On retrouve ce résultat dans les données sur la mortalité globale des AVC : aux États-Unis, pour 1000 AVC qui se produisent chaque année, on compte environ 170 décès liés à un AVC.

Ce dernier nombre monte à 250 au Royaume-Uni et 280 au Canada. Étant donné qu’aux États-Unis, le nombre annuel d’AVC est de 795 000, l’écart de mortalité lié à un AVC est faramineux. Mais ne vous attendez pas à ce que NPR (audio-visuel public des États-Unis) vous propose une émission bien larmoyante sur un Canadien victime d’un AVC qui aurait pu survivre dans un hôpital américain.

Les taux de survie au cancer

De la même façon, les taux de survie au cancer sont considérablement plus élevés aux États-Unis que dans d’autres pays. Examinez ces données citées par le CDC. Elles viennent de l’étude CONCORD qui fait autorité sur les taux internationaux de survie au cancer. On constate que les États-Unis dominent tous les autres pays pour les formes de cancer les plus mortelles.

Si l’on ramène les taux de survie donnés par le CDC pour chaque forme de cancer à leur contribution dans la mortalité globale du cancer, on déduit que le taux de survie du Royaume-Uni produirait 72 000 décès supplémentaires par an aux États-Unis. Ce nombre serait de 21 000, 23 000 et 31 000 en se basant sur les taux de survie du Canada, de la France et de l’Allemagne.

Comment sauve-t-on des vies ? D’abord, bien sûr, grâce aux excellents résultats des différents types de traitements médicaux qui sont souvent l’apanage des États-Unis. Ensuite, il ne faut pas oublier toutes les vies sauvées chaque année dans le monde grâce aux innovations médicales que le dynamisme des marchés américains rend possibles.

Selon la logique « Le système de santé américain tue », toute augmentation des impôts, en pesant sur la productivité et donc en ralentissant le rythme de l’innovation, équivaut à tuer – une conclusion à l’évidence absurde.

Le débat sur la santé a été mal cadré par des démagogues

Je suis le premier à le reconnaître, notre système de santé est loin d’être optimal. Entre autres préoccupations, l’augmentation des coûts de santé a certainement besoin d’être contrôlée et l’assurance contre le désastre de la maladie devrait être beaucoup plus abordable.

Mais les mesures exigées par Sanders et consorts ignorent complètement les déficiences massives qui sont la marque des systèmes de santé universels collectivisés.

Ils entonnent en permanence la complainte des 45 000 vies enlevées chaque année par l’avidité des dirigeants des compagnies d’assurance et leurs amis du Congrès américain, mais restent totalement ignorants du fait que les systèmes européens qu’ils fétichisent sont moins humains selon leurs propres termes.

Si nous devons qualifier Paul Ryan de tueur pour avoir coupé dans les dépenses de Medicaid, nous devons logiquement recourir à la même expression pour tous les politiciens qui se font les avocats des systèmes de santé européens – vous savez, ces systèmes dont les résultats signifient des dizaines de milliers de morts en plus aux États-Unis chaque année. Paul Ryan est peut-être champion olympique de l’homicide involontaire, mais Bernie Sanders n’est pas loin de battre le record du monde.

Une traduction de « If American Healthcare Kills, European Healthcare Kills More » par Nathalie MP pour Contrepoints.